Ephésiens 4-6 fiche 8

Exhortations éthiques et conclusion

Fiche de lecture. Lettre aux Ephésiens 

 

Exhortations éthiques et conclusion

Zoom : 4, 4-16. Unité de l’assemblée et construction de l’Eglise corps du Christ

 

Section 8  Ephésiens 4-6  Fiche de lecture.

 

 

Rappel section précédente

Paul a rappelé tout ce que Dieu a voulu et fait pour nous : se souvenir de tous les verbes du ch. 1 : choisis, prédestinés, comblés, délivrés, pardonnés, grâce prodiguée, etc. Dieu a réalisé son projet en envoyant Jésus et chacun a été marqué du sceau de l’Esprit Saint. Paul avait mission de faire connaître ce don de Dieu. Parmi les enseignements transmis, Paul insiste sur le fait que, Juifs comme païens, ils ont tout reçu de Dieu par Jésus (ch. 2,11-20) “Vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu”. Tout a été soumis en Christ (sous le Christ)…  “J’ai reçu cette grâce d’annoncer aux païens l’impénétrable richesse du Christ…” En lisant le ch. 3, on peut supposer qu’un certain temps s’est écoulé entre la première annonce par Paul et la rédaction de la lettre aux Ephésiens par un très proche de Paul.

 

Présentation de la section

Voici maintenant la seconde partie de la lettre aux Ephésiens. Comme pour Colossiens, Paul y développe des exhortations : “Je vous exhorte…” ! 4, 1. Paul écrit selon un modèle préétabli de lettre. En Ephésiens, les exhortations sont d’ordre plus général que dans la lettre aux Corinthiens. Pour Ephésiens, Paul n’entre pas dans les détails concrets de l’existence chrétienne de baptisés venus du paganisme. On le verra même souhaiter de la part des baptisés une certaine distance d’avec le monde païen. Pour les Corinthiens, Paul ne trouvait pas anormal que les chrétiens fréquentent les temples, cérémonies et lieux des païens (Cf. 1 Co, 8). Une partie des exhortations aux Ephésiens concerne l’unité, avec le sentiment développé d’appartenance à l’Eglise-corps du Christ. Le ch. 2 avait insisté sur le rôle du Christ-tête dans la construction de l’édifice (voir 2, 11-22). La seconde partie de la lettre exhorte donc à vivre l’unité, à cause de ce même Seigneur. En 4, 4-6, sept fois revient l’expression “un seul…” Pourquoi cette insistance, sinon parce qu’il y avait un risque ?

 

Les dons reçus du Christ. La diversité des dons évoqués en 1 Co 12 n’apparait pas ici, où la lettre insiste sur les dons du ministère de la Parole annoncée et proclamée, ainsi que le ministère d’enseignement (apôtres, pasteurs, prophètes, évangélistes…). Sans doute parce que c’est à partir de l’enseignement qu’est garantie l’unité de l’Eglise après que la première génération des apôtres ait disparu. Y avait-il une faiblesse de type doctrinal ou nécessité de resserrer les liens ? Peut-être aussi tout le monde se croyait investi de dire “sa” parole sur le Christ et son Eglise. Or tout le monde n’a pas mission de tout. Se souvenir de 1 Corinthiens avec la série “premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, etc.” 1 Co 12, 28. Penser aussi à l’image des membres du corps et, en particulier, 12, 4-11 puis 12-20 et enfin 27-28 où Paul avait rappelé une organisation hiérarchisée. Ainsi tout le monde ne pouvait pas tout faire… hier comme aujourd’hui. L’objectif final est bien l’édification de l’unique corps du Christ, dans le même Esprit.

 

Monde païen et communauté Eglise. Beaucoup plus que dans les précédentes lettres, Ephésiens insiste sur une certaine distance à maintenir et à développer entre l’Eglise et le monde païen d’où sont originaires la plupart des baptisés (4, 17-21). Cette mise à distance ou mise en garde, mérite attention. La vie des païens est dépeinte de manière très sombre, aucune médiation ne semble possible entre les deux sphères, païenne et baptisée. Cela veut-il signifier une cloison étanche entre monde païen et monde des croyants ? On pourrait le penser et c’est ce qui a prévalu jusqu’au concile Vatican II. Cette mise à distance permettra à la sphère chrétienne de renforcer son unité, sans doute, mais c’est au détriment du souci d’appeler les païens à la conversion ; ou tout simplement d’être présent aux monde (cf. la lettre à Diognète*). Peut-être aussi l’acculturation selon Paul était-elle mal perçue et rejetée par d’autres croyants. Le conseil du début ch. 5 :“Vivez dans l’amour comme le Christ nous a aimés” concerne-t-il uniquement l’amour envers les gens de l’Eglise ou laisse-t-il place à l’amour du prochain, fut-il étranger à la communauté des baptisés, des sauvés ? Le dessein de Dieu n’est-il pas de récapituler tout l’univers en Christ ? Aussi sommes-nous invités à comprendre qu’il ne peut pas y avoir de compromissions avec les mœurs païennes, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille fuir le monde. A Vatican II, on a vu grandir la réflexion théologique de “l’Eglise dans le monde”, toute différente de celle d’une “Eglise à côté du monde”. (Etudier en particulier Gaudium et Spes : “Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur”, document qui fut à l’origine jusqu’à aujourd’hui, de tensions et de divisions au sein de l’Eglise).

 

*Extrait de la lettre à Diognète : "Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine. 

Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire”. Vers 190-200.

 

Le zoom. Exhortation à l’unité.
Le Christ cosmique, principe d’unification. 4, 4-16

Les paragraphes ci-dessus ont déjà abordé l’appel à vivre l’unité. L’exhortation commence par : “Appliquez-vous à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix”, et la justification qui en est donnée : “Un seul corps et un seul esprit, une seule espérance, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père” 4, 4-6. Par sept fois est rappelée la base de la foi : un seul Seigneur… La justification est confirmée en rappelant l’itinéraire du Christ du Ciel jusqu’à nous et le don que Dieu nous a fait, comme cela était affirmé dans l’hymne en 1, 3-14, (à relire). Le principe d’unité est le Christ et l’œuvre qu’il accomplit, œuvre de délivrance et de pardon. “Vous qui étiez loin de Dieu, vous avez été rendus proches par le sang du Christ… vous avez été intégrés à la construction”.

Entre cette affirmation de salut et la réalité vécue à Ephèse, il devait y avoir plus que des nuances. ll devait y avoir du flottement, pas seulement de petites disputes. Ces divisions devaient concerner en particulier la compréhension du rôle du Christ et sa mission de salut, au point que certains voulaient rajouter quelques “pratiques complémentaires” pour obtenir le salut : rituels, calendriers d’observances particulières hérités du monde juif ou des religions de leurs origines ou du Proche-Orient, qui exigeaient certains sacrifices. Cela aurait laissé entendre que Christ ne nous aurait pas totalement délivrés ! Paul avait déjà laissé entendre aux Colossiens que nous n’avions rien à rajouter pour compléter l’œuvre du Christ pour nous. Dans l’histoire de l’Eglise, il a existé des périodes où les chrétiens ont pensé devoir donner un complément à l’œuvre de Dieu en Christ… Est-ce pensable ? Il n’y a qu’un seul rédempteur et sauveur, Jésus, qui nous a totalement réconciliés avec son Père. C’est parce que Dieu nous a appelés et choisis que nous sommes proches de lui… L’Eglise ne se constitue pas avec des croyants qui se cooptent, mais avec ceux qui répondent à l’appel de Celui qui les a délivrés. Ainsi se constitue l’Ecclésia, assemblée convoquée.  

 

Pour aller plus loin

4, 17 à 5,20  Les consignes visent une orientation éthique générale, axée notamment sur l’amour, le pardon, ancrée dans la vie communautaire, (plutôt que des consignes individuelles comme la modération ou la maitrise de soi). Elles font appel à la responsabilité et à la capacité de discernement de chacun. “Discernez ce qui plaît au Seigneur” L’expression discerner/discernement, rare dans le Nouveau Testament, est utilisé par Paul dans le rapport avec Dieu : une consigne qui invite à discerner… discerner le corps du Christ en 1 Co 11, 29. Il ne s’agit donc pas d’une simple exécution de prescriptions !

 

L’opposition entre existence païenne et existence chrétienne est peut-être la trace d’une évolution dans la réflexion chrétienne entre les années 50 et 70. La lettre semble inviter à prendre de la distance par rapport à la vie du monde païen, par rapport au monde ambiant (Eph 4, 17-22). Est-ce une réaction aux premiers enseignements de Paul et à une tendance ambiante à l’acculturation ? Proximité ou distance avec l’étranger sont en tension permanente dans l’Eglise. Tendance que l’on retrouve jusqu’à Vatican II : dans le monde, hors du monde. Acculturation ou opposition ? Or, c’est dans les structures de ce monde que l’existence de fils de Dieu doit être menée, afin de devenir une existence de témoins.

 

Ethique domestique. 5,21 à 6,9. Si l’écriture de Paul fait référence aux codes domestiques de l’Antiquité (trois pôles, épouse/époux, 5, 21-33 ; enfants/parents 6, 1-4 , esclave/maître 6, 5-9), Paul amène une certaine originalité, en particulier sur la réciprocité. Mais plus encore, il compare les relations intrafamiliales et le mystère de l’Eglise. L’interprétation est délicate : l’amour homme/femme à l’image de l’amour Christ/Eglise.

Certaines traductions ont traduit le mot képhalé, qui signifie tête, par chef, entraînant un contre-sens entre chef et autorité ! (De même, mystère sera traduit par sacrement, modifiant la compréhension de la présence du Christ !)

Paul parle du mari qui est tête de son épouse et non chef de son épouse. Cette comparaison implique de la part du mari qu’il imite par son amour l’agir salvifique du Christ ; de même l’épouse se soumet à son époux de la même manière que l’Eglise se soumet au Christ. Or, dans la société antique, le mariage est un simple accord comportant acquisition d’une femme qui passe de l’autorité du père à celle du mari. Mais Paul, outre la réciprocité, introduit autre chose que le contrat : un élan d’amour à l’image du Christ pour son Eglise. Evitons de simplifier un raisonnement compliqué !

 

Notez plusieurs références au baptême : vieil homme/homme nouveau ; l’image du sceau ; ténèbres/lumières ; évocation de la résurrection : réveille-toi, ô toi qui dors 5, 14.

 

L’armure… le combat… La comparaison avec l’armure est forte (trop ?) pour préciser le rapport communauté/monde. Paul s’inspire d’Isaïe 11, 52 et 59. Etre chrétien n’est pas une sinécure. Ce langage d’une autre époque n’a-t-il rien à dire à notre temps où l’on est tenté de baisser les bras sur les questions d’annonce de la Bonne nouvelle, sur les exigences de vivre en Eglise du Ressuscité ? La vie de chrétien dans le monde reste précaire. Il faut donc s’équiper, avec les moyens d’aujourd’hui et la prière. Le combat est axé non seulement sur les valeurs sociales et spirituelles, mais avant tout sur l’annonce de l’Evangile de la paix (2, 13-18).

 

Prier la parole : Un seul Seigneur, une seule foi…

Refrain :

Un seul Seigneur, une seule foi,

un seul baptême, un seul Dieu et Père.

 

Appelés à garder l’unité de l’Esprit

par le lien de la paix,

Nous chantons et nous proclamons :

 

Appelés à former un seul Corps

dans un seul Esprit,

Nous chantons et nous proclamons :

 

Appelés à partager une seule espérance

dans le Christ,

Nous chantons et nous proclamons :

Lucien Deiss.

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 369 visites