Edito 9-2015 : Schizophrènes ?

Edito Eglise d'Arras

Schizophrènes

L’émoi devant les morts noyés en Méditerranée laisse entendre que l’être humain est encore capable de sentiments d’humanité, et c’est heureux. Si l’on rapproche cette nouvelle, positive, de la progression des votes (en région et au niveau national) de donner sa voix à des courants plutôt hostiles à la présence de l’étranger en France, apparaît alors l’incompatibilité entre l’émoi et la défiance devant l’étranger. Il faut en prendre acte. Le mot schizophrénie sied bien pour évoquer un phénomène où les réactions et comportements apparaissent inadaptés ou sans rapport avec la réalité évoquée. Lorsque les Hébreux instituèrent leur loi mosaïque, ils inscrivent le souci de l’étranger parmi les règles d’un savoir vivre comme “peuple choisi par Dieu”. Qui peut dire que cette règle n’est plus d’actualité ?

 

Le récent communiqué des associations d’aide aux immigrés interroge l’indifférence croissante devant les drames vécus par les migrants. Mais qui parle des réalités qu’ils fuient, en Erythrée, ou au Nigeria ou à Mossoul ? Lorsque l’actualité française est moins prégnante, alors les médias évoquent un peu les souffrances subies par ces hommes, femmes et enfants, évitant cependant de préciser leur religion, (pour ne pas déplaire aux censeurs de la RATP ?). Or, c’est leur foi chrétienne qui les transforme en victimes innocentes. Il aura aussi fallu 100 ans pour que soit évoqué le drame des Arméniens : un génocide, c’est-à-dire une destruction organisée par un Etat ou un groupe humain conséquent.

 

Cent ans qui ont vu se multiplier les horreurs commis par des peuples entiers. La guerre de 14-18 était-elle plus propre que celle de 39-45, et que dire de celle d’Algérie dont on vient de rappeler les prémices à Sétif. Depuis, il y a eu l’Afghanistan, la Yougoslavie et la Tchétchénie, l’Irak, la Syrie, etc.  La mémoire de chacun est sélective, sélectivité entretenue par les tendances et manipulations des journaux que nous choisissons de lire ou de ne pas lire, ou par des récits historiques aussi fiables que des miroirs déformants.

 

Le pape vient d’annoncer une année jubilaire de la Miséricorde : il ne s’agit ni d’oublier, ni d’effacer le passé, mais d’apprendre à mettre ses pas à la suite de Jésus-Christ, “qui est le visage de la miséricorde divine”. Le document du pape (bulle) rappelle quelques attitudes concrètes du Christ quand il marchait sur les routes de Palestine, tout comme Benoit XVI qui, en novembre 2012, avait rappelé l’Evangile du Christ à propos de la Samaritaine : “l’Église aussi ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps, pour rendre présent le Seigneur dans leur vie, afin qu’ils puissent le rencontrer”.

 

Ce numéro est daté du vendredi 1er mai. Autrefois fête de St Philippe et St Jacques, la date est devenue chez les catholiques fête de saint Joseph artisan ; pour quelques-uns, fête de Jeanne d’Arc, pour d’autres fête du Travail. Chacun aura l’embarras du choix, puisant dans sa mémoire pour justifier son choix. Au-delà de cette diversité d’attributions des éphémérides, on peut s’interroger sur la place que prennent les chrétiens dans la recherche et l’établissement de lois et de contrats sociaux où tout homme sera un peu mieux traité dans sa dignité d’homme et de fils de Dieu. Est-ce un langage dépassé, est-ce une utopie de feu le XXème siècle, est-ce notre espérance ?

 

Nous devrions méditer l’expression de Jean-François Colosimo :“Les métamorphoses de Dieu en politique”, puisqu’au nom de notre civilisation, nous sommes allés à Jérusalem au temps de Godefroy de Bouillon ; nous sommes allés en Algérie et avons fouetté le Bey d’Alger. Nous avons laissé nos traces en Afrique équatoriale et occidentale française.

 

Ces derniers mois, jamais on aura autant parlé de consternations des grands de ce monde. De quelles réalisations sommes-nous témoins et acteurs ? Souhaitons que le mot frère vienne remplacer le mot schizophrène.

Abbé Emile Hennart

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