Edito: l'intelligence de la foi. Se former

Eglise d'Arras 6-2016

L’intelligence de la foi

Plusieurs doyennés ont consacré un temps de formation et de prière avec les membres des EAP. Il importe en effet de voir quelles suites peuvent être données au synode provincial de Merville. Les quatre mots : mission, proximité communion et participation appellent notre attention pour les mois et les années qui viennent. Notre évêque insiste sur la nécessité de la formation, pas seulement une initiation aux pratiques et rites, mais une réelle connaissance de l’objet de notre foi.

Dans les différents conseils (doyens, presbyterium, conseil épiscopal) à plusieurs reprises, il a redit son étonnement devant la faiblesse de la formation des chrétiens, précisant que, pour certains, le concile n’est même pas passé, et cela malgré les efforts qui ont pu être fait ici et là. Mais des vents contraires ont aussi soufflé, les réseaux sociaux n’étant pas innocents de certaines transmissions ou calomnies. Chacun fait sa petite salade et compose son propre menu.

 

Parmi les commentaires de Vatican II, je relisais récemment une recommandation sur la hiérarchie des vérités, invitant à l’honorer. Chacun organise-t-il ses propres vérités ou reconnaît-il dans la théologie des différences de degré ; par exemple, entre croire en Dieu créateur et Père et les apparitions de Marie sur tel ou tel site privé et très prisé lieu de pèlerinage ? Jésus-Christ mort et ressuscité pour notre salut, est-ce à mettre au même niveau que l’existence des anges ? En maison d’Evangile, on constatait que Paul insiste sur le Christ crucifié pour notre salut, qui lave, sanctifie, justifie. La formation a, entre autres, la responsabilité de proposer des règles de classification.

 

A propos du baptême des enfants, des propositions évoluent ; de même pour favoriser la prière en assemblée : que ce soit ‘Dimanche, Parole en fête’ ou les célébrations liturgiques… De même pour l’éveil à la foi ou pour les chemins de catéchèse. Le 5 juin prochain sera validé l’ensemble du parcours diocésain proposé aux équipes et paroisses depuis cinq ans.

 

L’enseignement de la foi et sa transmission remontent au temps des apôtres qui ont eux-mêmes hérité du peuple de l’alliance, les synagogues étant des lieux de prière et de lecture des Ecritures. Les bibliothèques des monastères et des cathédrales ont gardé les enseignements des pères de l’Eglise et des théologiens au fil des siècles. Il est parfois utile de regarder les cheminements de la pensée des croyants, les évolutions et les modifications. L’invention des catéchismes est un fruit de la Réforme et de la Contre-réforme. Il y eut même un “petit catéchisme à l’usage des pasteurs peu instruits”. Trois auteurs aussi différents que Luther, Canisius ou Bellarmin polarisaient l’attention sur le salut apporté en Jésus-Christ. Par la suite, après Bossuet l’effort pastoral se transforme en appel aux connaissances, aux dogmes. Le catéchisme impérial se divise en trois parties : l’enseignement du dogme, de la morale, du culte. Le catéchisme de Paris de 1852 témoigne d’un nouveau glissement où l’on passe du mystère de Dieu dans son dessein rédempteur, à une Église hiérarchique dont on détaille les pouvoirs, du pape aux évêques et aux curés, les pasteurs ayant pouvoir d’enseigner et de commander, les fidèles d’être soumis aux autorités.

 

Entre les deux guerres, sous l’influence du renouveau biblique, les évêques de France décident de publier un catéchisme national. Il sera refondu en 1947, mais qu’est devenue la rencontre de Jésus-Christ ? Beaucoup d’entre nous ont connu Pierres Vivantes qui développait un retour aux textes de l’Ecriture, aux sacrements, qui voulait développer l’annonce du salut et l’expérience de Dieu. Mais est-il possible aux enfants de 8-12 ans d’accéder à 3.000 ans d’histoire et d’expressions croyantes ? Tel est le défi d’une formation à tous les âges de la vie.

 

Aînés dans la foi et néophytes (nouveaux chrétiens) sont appelés à développer le goût de Dieu et l’intelligence de la foi. De nombreux outils existent : formations locales ou spécifiques, revues et bibliothèques diocésaines sont à notre service.

 

Abbé Emile Hennart

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