Un engagement plus que des vœux

Édito de Monseigneur Jaeger - Eglise d'Arras n°1

Monseigneur Jaeger Monseigneur Jaeger  Notre pays en a vu d’autres ! Il est arrivé à plusieurs reprises que la tradition des vœux de début d’année semble totalement inappropriée au regard des événements et des circonstances. Il n’a pas été facile, par exemple, de se souhaiter mutuellement une bonne année dans les périodes de guerre quand les époux et pères étaient prisonniers, retenus sur le front ou avaient plus cruellement perdu la vie.

            Fort heureusement, nous n’en sommes pas là, mais nous n’avons pas tout-à-fait le cœur à la fête en ce début de l’an 2019. L’attrait de la consommation et des réunions conviviales n’a pas disparu, mais il n’a pas fait taire les mouvements de contestation et d’insatisfaction qui agitent la vie sociale depuis plusieurs semaines. L’inquiétude demeure. Le doute persiste. Dans cet état d’esprit collectif, nous n’avons pas le sentiment de tourner une page du calendrier.

            Depuis quelques semaines, des groupes divers fondus dans le symbole commun des gilets jaunes égrènent leurs revendications. Elles s’expriment dans un vaste inventaire qui traduit un mal-être plus qu’il établit une stratégie dotée d’une méthode, de priorités et de moyens. Il est relativement simple de clamer ce que l’on ne veut plus, de crier des désirs. Il est temps de dire et d’écrire, ce que l’on va faire, avec qui et comment.

            Dans ce remue-ménage, il est vital de redonner la première place aux plus démunis. Les personnes qui vivent dans des conditions indignes ne se manifestent guère. Elles restent enfermées dans le silence et l’ignorance auxquels elles se sont habituées. Leur résignation ne doit pas laisser le champ libre aux autres attentes.

            L’heure du dialogue est revenue. Le débat doit s’instaurer au plus près des personnes. Il n’est pas la solution au moment des crises. Il appartient au quotidien. Nos voisins brocardent souvent la France, pays aux innombrables structures. Cette organisation pèse parfois, mais elle offre des lieux de rencontre, d’écoute, de parole, d’échange. Il n’est pas nécessaire de chercher de nouvelles formes de concertation. Les Français doivent peut-être réapprendre à ouvrir leurs portes et leurs fenêtres, à s’informer ailleurs que sur les écrans d’ordinateurs et de téléphones.

            Nous avons besoin de la confiance, celle que l’on donne, celle que l’on reçoit. La mémoire collective retient, entretient et amplifie les égarements. Les responsables politiques, sociaux, économiques, syndicaux, associatifs, religieux ne sont pas des saints et des héros. Ils ne sont pas à l’abri des erreurs et des déviances. Ils courent toujours le risque d’être happés par des systèmes qui les éloignent insensiblement des champs de leurs compétences et de leur service. Ils ne peuvent pas éviter les remises en question permanente. 

            Les hommes et les femmes choisis, élus, délégués sont indispensables à la gestion d’une nation. La démocratie directe permanente est un leurre, même si tout un peuple est invité à prendre part au développement du bien commun et aux respects des personnes. Des citoyens attendent légitimement beaucoup de la part des gouvernants. Cette exigence n’a d’égale que la réalité de l’engagement de chacun.

            Faire de la politique, c’est autre chose que savoir où était le Président de la République le lendemain de Noël. L’humour, la dérision, l’amusement, l’anecdote ont trop souvent pris le relais de la raideur, de la solennité et de la distance qui accompagnaient naguère l’exercice de tout mandat électif. La simplicité et la proximité ne sauraient occulter la sagesse, le discernement, le désintéressement qui conviennent aux élus qui reçoivent l’honneur de servir un peuple et leurs concitoyens.

            Les futures élections européennes rappelleront que le repliement de chaque pays à l’intérieur de ses frontières est aussi impossible que chimérique. Les murs et les coups de menton ne changeront pas les réalités. Qui pourra mettre fin aux déplacements des individus, des biens, des productions ? La planète est un tout dont il convient de prendre soin ensemble. Ce qui est vrai de la nature l’est aussi de l’humanité. Les barricades ne résisteront jamais aux désastres climatiques, à la détresse de celles et de ceux qui en seront les premières victimes, au fanatisme des terroristes.

            L’existence humaine à l’échelle du monde demande des régulations, des avancées communes, des renoncements choisis et équilibrés, une ouverture extraordinaire aux histoires et aux cultures. Nous sommes trop habitués à évaluer ce que nous pouvons prendre dans le monde, à tirer le meilleur profit d’inégalités qui finalement nous arrangent. Notre communauté nationale ne forgera pas son avenir dans l’isolement et le déni. Elle avancera en tendant la main et en saisissant celle qui s’offre à elle.

            2019 ne résoudra pas tout ! Le mouvement des gilets jaunes ne sera pas la solution ultime. Le regard fraternel, la rencontre de l’autre, la volonté commune ne se délèguent pas, ne se remplacent pas, ne se ternissent pas.

            Le Fils de Dieu a épousé cette humanité. Qu’il en soit le guide et la lumière au long de cette année que je vous souhaite belle et féconde.

 

 

 

                                                                       + Jean-Paul JAEGER

                        

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