Ephésiens 1-3 fiche 7

faire mémoire de la miséricorde de Dieu.

 

 

Adresse et salutation.
Enseignement : faire mémoire de la miséricorde de Dieu.

 

Fiche de lecture. Lettre aux Ephésiens Fiche 07

 

Au moment d’ouvrir la lettre aux Ephésiens

Un commentateur récent écrivait en introduction à Ephésiens : “Paul après Paul” ! Comme pour Colossiens, la plupart des exégètes pensent que la lettre aux Ephésiens a été écrite par un proche de Paul, dans les années 80, sur le même style et avec les mêmes objectifs. L’intitulé “Aux Ephésiens” a été donné seulement au 4ème siècle. Certains supposent que la lettre était adressée à l’Eglise de Laodicée. La lecture fera découvrir une très grande proximité de pensée entre le rédacteur et Colossiens. Dans cette lettre, nous ne trouverons pas de liste de collaborateurs, ni d’évocation des liens entre Paul et les destinataires, ce qui s’explique si Paul n’est pas l’auteur réel de la lettre.

Par rapport aux précédentes lettres, la théologie a évolué. Par exemple : Christ cosmique ; tête et corps, plus grande distance d’avec le monde païen, etc. Cela donne à penser aux exégètes que cette lettre est de seconde génération, qu’elle a aussi subi des influences de la littérature sapientielle (Le livre de la Sagesse date environ de -100, ce qui est quasi contemporain du Christ !). Des influences de Qumran (entre -100 et +70) ont pu aussi infléchir certains thèmes. Pour notre projet de lecture, on n’entrera pas davantage dans ces détails, mais il nous faut avoir en mémoire la présence de différents courants de pensée dans les Eglises d’Asie mineure, autour d’Ephèse, et cela a influencé la mise en place des premiers écrits chrétiens. N’en soyons pas étonnés ! N’oublions pas que Pierre, Jean et Paul ont passé un certain temps de ministère à Ephèse.

 

Présentation générale

Outre l’introduction en forme d’action de grâces, et la conclusion, la lettre se divise en deux parties, la première davantage dogmatique (ou enseignement), ch. 2-3 ; la seconde en forme d’exhortation, ch.4-5. A la différence de 1 Corinthiens, cette lettre n’est pas écrite en réponse aux questions des Ephésiens. Pour notre 7ème section, Ephésiens, nous pourrons découvrir que c’est plutôt un effort de synthèse sur le Christ et l’Eglise et, en particulier, la présentation du dessein de Dieu de toute éternité, exécuté en Jésus, révélé à l’apôtre et déployé dans l’Eglise (passer du vieil homme à l’homme nouveau). Israël et les nations païennes sont réunis en un seul corps. C’est, en quelque sorte, le noyau de la réunification de l’univers.

 

Pour le ch. 1, notez les personnages et d’abord le triangle des relations établies dans la prière de bénédiction (1, 3-13) : Dieu/Jésus/nous, puis l’Esprit-saint. Ces relations expriment ce qu’est notre foi, ce que nous recevons du Christ en particulier : qui fait quoi ? Que fait le Christ, et nous ? Le choix des verbes qui relient ces personnes n’est pas innocent : il nous a bénis, il nous a choisis, il nous a prédestinés à être des fils adoptifs, sa bienveillance l’a voulu…, nous sommes délivrés, les fautes pardonnées, il nous a fait connaître le mystère de sa volonté. En fait, nous sommes héritiers, nous recevons... A cette époque, il n’y a pas de manuels de théologie. C’est une théologie qui s’élabore sous nos yeux, où se précisent les relations de Dieu avec l’humanité. Ce serait à comparer avec les mythologies et religions païennes. On trouvera l’influence des affirmations théologiques jusque dans les textes de Vatican II (Lumen Gentium ou Dei Verbum) : “le Père nous a choisis…, prédestinés à être ses fils adoptifs”. Donc, notre filiation est antérieure à la rédemption (délivrés, pardonnés au v.7).

 

La bénédiction du ch.1 ressemble au début des bénédictions juives, ou à 2 Co 1, 3-11. Elle est action de grâce pour l’amour sans limite de Dieu… par Jésus-Christ (il est important, pour Paul, de dissocier Dieu et Jésus ; à nous d’y être attentifs aujourd’hui, au lieu de tout mélanger : Dieu, le Père, Jésus, le Fils, l’Esprit, etc.)  L’attitude première d’un chrétien, c’est l’action de grâce. Cf. 1,3 : Béni soit Dieu, le Père de N-S-J-C. L’action de grâce est christologique et nous sommes héritiers de ce que Dieu nous donne par le Christ. Aux v. 15-16, Paul - ou plutôt le rédacteur - rend grâce pour la foi des Ephésiens.

 

L’expression ‘Autorité, Pouvoir, Puissance Souveraineté’ revient ici, en 1, 21 comme en Colossiens 1, 16-17. Il n’y a pas à s’en étonner, car cela fait partie des “idéologies ou mythologies” qui imprègnent les mentalités du Moyen-Orient ancien : il y a une hiérarchie entre Dieu et les humains. Paul en profite, une fois de plus, pour signifier que le Christ est au-dessus de tout, au-dessus de toutes les représentations intermédiaires entre Dieu et nous, inculquées par les mythologies. Cela ne l’intéresse pas, il ne cherche même pas à en débattre ! Les v. 22-23 sont comme un point final à qui voudrait discuter : il y a le Christ-tête et son corps qu’est l’Eglise. Dieu a tout mis sous ses pieds. La métaphore du corps et des membres était déjà utilisée dans l’Antiquité pour évoquer une institution, comme l’Etat. Paul l’a déjà utilisée en 1 Co 12, mais ici il précise le Christ-tête et l’Eglise-corps. C’était déjà exprimé en Colossiens 1, 18

 

Les ch. 2-3 forment la partie enseignement, approfondissement.

Sur la gratuité du don de Dieu, il faudrait relire 2, 4-9 en repérant l’insistance : “c’est par grâce… et cela ne vient pas des œuvres…” Dans une précédente lettre, nous avons pu voir Paul insister sur la foi et non les œuvres ; ici c’est la dimension gratuité que Paul met en avant. C’est une autre dimension, complémentaire de l’acte de foi. Paul rappelle aux Ephésiens le contraste entre leur situation passée et leur situation actuelle, contraste qui sera évoqué par monde ancien et monde nouveau, par mort et vie c’est-à-dire ressuscités dès à présent, ou encore par vieil homme et homme nouveau (cf. 4, 22-24). L’auteur utilise le langage de salut, de sauvé, alors que Paul aurait parlé de justification, de réconciliation…

Une Eglise une et universelle. Enracinée dans l’œuvre de réconciliation du Christ, l’Eglise est l’œuvre du Christ. Ce n’est pas seulement réconciliation avec Dieu, cela commence par une réconciliation entre Juifs et nations païennes, qui fait naître l’Eglise. Le contraste entre le passé païen et le présent chrétien, ce n’est pas une simple intégration à Israël, c’est un monde nouveau appelé à naître, à partir du Juif et du païen. La réconciliation des deux parties de l’humanité (païenne et juive) se fait par la destruction du mur de séparation. Ainsi naît l’homme nouveau qu’est l’Eglise/Corps du Christ : “C’est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l’accès auprès du Père” (2, 18). On peut bien sûr s’interroger sur ce que devient Israël dans ce contexte, et ce que deviennent les relations Israël-Eglise, mais ce n’est pas le sujet évoqué par Paul. Pour lui, c’est la naissance d’un monde nouveau.

 

Zoom : La mission du Christ à notre égard : Ep. 1, 3-12

La réflexion sur le zoom a déjà commencé en regardant le vocabulaire de ces versets (ci-dessus, ch. 1). Paul entraîne ses lecteurs dans un mouvement de louange et de prière pour l’œuvre de Dieu à leur égard. Les chrétiens, nouveaux baptisés, sont élus de toute éternité. Le langage du pardon arrive ensuite au v.7. Détailler les motifs de l’action de grâce n’est pas inutile. Cet exercice peut se continuer en méditant ensemble sur la foi que nous proposons aux catéchisés, aux catéchumènes et… à nous-mêmes. Quelles relations de Dieu à nous avons-nous abordées ? Peut-être avons-nous à purifier ce que nous disons du rapport de Dieu à nous et à l’Eglise ? La conviction, la foi première, c’est de reconnaître la bienveillance première de Dieu envers nous (Dei Verbum 2). Les v. 13-14, non retenus dans le zoom, viennent compléter les motifs d’action de grâce, en précisant le don de l’Evangile et de l’Esprit saint.

 

Pour aller plus loin

Le mystère, 3,4-5. Paul lui donne un autre sens que nous aujourd’hui, exception faite de l’affirmation eucharistique : “il est grand le mystère de la foi…” c’est-à-dire le secret désir de Dieu de se rendre proche de nous (relire la Lettre aux catholiques de France p.44). Pour Paul, le mystère (présence  à nous) s’accomplit en Jésus, c’est-à-dire l’union conjugale du Christ et de son Eglise (voir Ep. 5, 21-32, surtout 32).

 

Les anges (Autorité, Pouvoir, Puissance, Souveraineté). Nous sommes parfois coincés, selon les générations, par la question des anges. A l’origine, les anges sont une importation juive à partir des théologies mésopotamiennes. Sur les murs de Babylone en briques émaillées bleues, étaient représentés des êtres ailés. C’était la cour du roi divin, et ces êtres étaient comme des messagers entre les dieux et nous. A l’époque de l’Exil, les Juifs déportés fréquentent ces conceptions d’une cour céleste qui rehausse la grandeur de Dieu et l’éloigne des humains. Dans les rencontres de Dieu avec Abraham, selon la Bible, il n’est pas question d’ange intermédiaire. A Sodome et Gomorrhe, Abraham dialogue en direct avec Dieu. L’expression l’ange de Yahvé est à comprendre comme manière de dire la présence de Dieu (à Agar, par exemple) et non un être en plus. De même, au début du récit avec Moïse, Ex 3. Les anges, héritage venu de Mésopotamie, demeurent présents dans quelques textes du NT, souvent comme intermédiaires de Dieu avec les hommes. Certaines époques chrétiennes (13ème et 19ème) ont vénéré plus que d’autres les anges et leur présence. L’histoire des anges ou angélologie, devrait être mieux étudiée plutôt que de vouloir “en rajouter” au gré des bons sentiments. Faisons comme Paul : alors que se développent les conceptions d’êtres intermédiaires dans les religions d’Asie, et que les païens baptisés en raffolent, Paul règle la question en Ep. 1, 20-22. La Révélation, ce n’est pas qu’il y ait des anges, mais que nous soyons devenus fils de Dieu (relire 1 Jean 3, 1-2).

La mission confiée à Paul. S’il vous reste du temps, repérez comment Paul conçoit sa mission, sa responsabilité dans l’annonce de l’Evangile.

La référence à “Paul prisonnier de Jésus-Christ” est peut-être une manière délicate de dire que Paul n’est plus là, prisonnier… ou décédé. C’est le même principe que pour la disparition de Pierre au milieu des Actes, ch. 12.

Rappel du sens à donner au mot chair : Cf. fiche 4 et, dans la TOB, note Romains 3, 1). Ce n’est pas l’opposition matériel/spirituel mais penser humain/penser divin qui est à comprendre.

 

Prier la Parole

T 146-1.

 

Refrain : Viennent les cieux nouveaux et la nouvelle terre que ta bonté nous donnera !

Viennent les cieux nouveaux et la nouvelle terre où la justice habitera !

 

1. À ce monde que tu fais chaque jour avec tendresse, 

Donne un cœur de chair, donne un cœur nouveau !

À ce monde où tu voudrais plus de joie, moins de détresse, 

Donne un cœur de chair, donne un cœur nouveau !

À ce monde qui renaît s’il a foi en ta promesse, 

Donne un cœur de chair, donne un cœur nouveau !

 

2. Sur les hommes qu’il t’a plu de créer à ton image, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

Sur les hommes que l’on tue pour leur peau ou leur visage,

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

Sur les hommes qui n’ont plus qu’à se taire sous l’outrage, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

 

3. À ce monde traversé par la haine et la violence, 

Donne un cœur de chair, donne un cœur nouveau !

À ce monde ravagé par la guerre et la souffrance, 

Donne un cœur de chair, donne un cœur nouveau !

À ce monde séparé de ses sources d’espérance, 

Donne un cœur de chair, donne un cœur nouveau !

 

4. Sur les hommes de ce temps que révolte la misère, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

Sur les hommes que tu prends dans le feu de la prière, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

Sur les hommes que tu rends fraternels et solidaires, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

 

6. Sur le peuple des croyants dérouté par son histoire, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau ! 

Sur le peuple des souffrants qui occupe ta mémoire, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

Sur le peuple qui attend que paraisse enfin ta gloire, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

 

12. Sur tous ceux que tu choisis pour répandre l’Evangile, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau ! 

Sur tous ceux qui ont repris l’aventure des disciples, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

Sur tous ceux qui ont appris la grandeur de ton service, 

Envoie ton Esprit, un Esprit nouveau !

D. Rimaud – J. Berthier

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 324 visites