Fiche 7 1Corinthiens 13-14

Pour vivre l'Eglise assemblée

Ch 13-14. L’assemblée ; les dons de l’Esprit

Zoom : 14, 1-12, parler pour l’édification de l’assemblée !

 

Section précédente.

A partir du ch. 10, Paul aborde des questions concernant les règles de vie des assemblées. Nous n’avons que peu de renseignements concernant la manière dont les premières communautés dSur les pas de saint Paul P1020387  e chrétiens se sont organisées et ont vécu les premiers temps de l’Eglise. Les récits des Actes sont déjà l’élaboration de le seconde génération (année 80-85). Les premières lettres de Paul témoignent de la manière dont il a été confronté à l’organisation des premières communautés. Les mises en gardes et les critères qu’il offre à ses chrétiens signalent des tentations de déviation et soulèvent un coin du voile des origines. . Ainsi le partage du pain et de la coupe prenait une place importante au sein d’un repas “convivial”, mais les habitudes avait dévié du sens originel, et les clivages sociaux avaient repris le dessus. L’accueil mutuel devait être, selon Paul, la condition sine qua non du repas eucharistique, du repas du Seigneur… “que chacun s’éprouve soi-même avant de manger le pain et de boire la coupe afin d’éviter sa propre condamnation”. D’autres mises au point sont faites, concernant la place des femmes, les dons de l’Esprit, en particulier le “parler en langues”. Dans l’appel à l’unité dans la diversité des dons reçus, Paul intègre une méditation : nous sommes appelés à former un seul corps dans un seul Esprit.  

 

Lecture d’ensemble

Diversité des dons et unicité de l’Esprit. Que cherchent les Corinthiens et pourquoi Paul est-il allergique à leur recherche de supériorité ? Avant de communier au corps et au sang du Christ, Paul avait invité chacun à s’éprouver, pour éviter la condamnation. Paul encourage alors à obtenir parmi les dons ce qu’il y a de meilleur. On intitule habituellement ce chapitre 13 : éloge de l’amour. Il est construit en forme de poème avec un caractère très rythmé.

. Première partie, 1-3 : Avant de détailler chaque affirmation, il faut se rappeler la recherche des Corinthiens pour ce qu’il y a de meilleur (fin ch.12, 31), ce qui les place au-dessus des autres (cf. section précédente). “Vous cherchez à obtenir ce qu’il y a de meilleur…” Ensuite, le même refrain vient condamner ces tendances à être supérieur : si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis rien…

 

. Sur les pas de saint Paul Sur les pas de saint Paul 5  
Delphes, trace de présence chrétienne
Delphes, trace de présence chrétienne
La deuxième partie (4-7) est une description de ce qu’est l’agir de charité (agapè). Les affirmations se succèdent les unes après les autres, tantôt positives, tantôt négatives, mais elles expriment une manière d’être en relation à l’autre : prend patience, rend service ; ne jalouse pas, ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil. A lire ces lignes, il n’est pas difficile de deviner les reproches de Paul à cette communauté où chacun ne vivrait que pour soi, que pour se montrer supérieur à l’autre.

. La troisième partie (8-13) situe la charité au sommet des charismes, au-delà même de la foi et de l’espérance. Alors que les Corinthiens cherchent à acquérir l’une ou l’autre de ces supériorités qui les distinguerait des autres, Paul les renvoie à l’agapè, à la charité. Plus tard, saint Jean écrira : “Dieu est amour, celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu”.

 

Zoom 14, 1-12

Pourquoi ce texte comme zoom, pluSur les pas de saint Paul P1020347  tôt que le ch. 13 ? Parce que le ch.13 est fort connu et se comprend aisément, tandis que le ch. 14 manifeste le souci de Paul de s’expliquer, en particulier sur le don de parler en langue, tendance que Paul déplore parce qu’il dévie de ce qui est essentiel pour lui : tous les dons devraient servir à l’édification de la communauté, ce qui ne semble pas l’objectif des Corinthiens charismatique. L’insistance de Paul à donner des justifications dans tout le chapitre montre qu’il se bat contre des pratiques fort ancrées chez les Corinthiens et les habitudes acquises dans les religions païennes perdurent dans la communauté chrétienne, en particulier le “parler en langues”. Les membres de la communauté sont tellement préoccupés à montrer leur relation à Dieu sous forme de discours inaudibles, qu’ils en ont oublié la relation aux autres frères présents et qui pourraient être éclairés par leur prière ou méditation, à condition qu’ils parlent le langage de tout le monde. Sinon, qu’ils se taisent !

 

Etre prophète ou parler en langues ? Etre prophète, dans le Nouveau Testament, comme dans l’Ancien, ne consiste que secondairement à prédire l’avenir. Le prophète est essentiellement quelqu’un, homme ou femme, qui parle au nom de Dieu sous l’inspiration de l’esprit, qui révèle le mystère du dessein divin et non qui l’embrouille dans des paroles mystérieuses. Le prophète édifie, exhorte, encourage, ouvre aux secrets de Dieu. Il instruit, il construit, il édifie le corps du Christ. C’est un critère de discernement que Paul rappelle v.17 ou 26 “Que tout se fasse pour l’édification commune”.

 

Nous sommes fort heureusement sortis d’une religion intimiste où seule comptait la relation à Dieu (cf. des chants comme ‘je suis chrétien’). On insiste sur la place de la communauté dans notre vie croyante et notre place dans cette communauté. La multiplicité des services que nous pouvons rendre aujourd’hui témoigne du souci de construire, d’édifier le corps du Christ. Cela rejoint d’une certaine manière les insistances de Paul dans les règles qu’il propose à la jeune communauté : le souci de l’autre, construire, édifier, vivre l’agapé dans les relations aux autres. Comment peut-on communier si rien de tout cela n’est pastagé ? Parmi les exemples que Paul propose, il y a l’harmonie musicale… pourquoi pas ! Aujourd’hui, beaucoup de couples choisissent 1 Co. 13 comme lecture pour leur mariage et c’est heureux… Comment pouvons-nous faire découvrir le souci de Paul d’aider à construire la communauté ?

 

 

Pour aller plus loin

Le don de prophétie : nous avons en tête l’image des prophètes qui parlent au nom de Dieu, qui annonceraient l’avenir… Chez les premiers chrétiens il faut entendre le mot prophète au sens de l’Ancien Testament c’est-à-dire celui qui explicite la Parole de Dieu. Dans la formule traditionnelle, la loi et les prophètes, les deux sont associés les prophètes ayant mission d’expliciter le corpus appelé pentateuque. Dans le NT il est souvent question de chrétiens comme prophètes, c’est-à-dire chargés d’expliciter, de faire comprendre le contenu de l’enseignement donné par d’autres (en général les apôtres, ou lors des assemblées le commentaire de l’AT. Par ex. v. 3 “le don de prophétie construit, réconforte, encourage”. Le v. 12 est très clair : “puisque vous recherchez les phénomènes spirituels, recherchez-les en vue de construire l’Eglise”. On ne saurait être plus clair ! Supériorité de la prophétie sur le parler en langue, c’est-à-dire sur le rôle d’expliquer les Ecritures, comme supérieur à l’art de dire des paroles mystérieuses. Il faudrait aussi relire le v. 32 : “le prophète est maître de l’esprit prophétique qui l’anime” (et non l’inverse, à savoir : l’esprit maître du prophète !). C’est encore une invitation de Paul pour que chacun soit maître de ce qu’il dit et non pour laisser à l’esprit (aux esprits), le soin de diriger sa langue.

 

Que les femmes se taisent ! Est-ce un trait d’humour de Paul : Vous pouvez tous prophétiser, mais chacun son tour (14, 31). Y aurait-il donc de la cacophonie dans les assemblées d’alors ? Plus on progresse vers la fin du ch. 14, plus il semble que Paul s’enferre dans ses justifications, au point de demander aux femmes de se taire, ce qui n’avait pas été dit au début du ch. 11, 5. Le texte entre 33 et 38 étonne beaucoup et nombre de commentateurs se demandent si c’est encore Paul qui parle où s’il n’y aurait pas là, en complément aux exhortations émises par Paul, quelques lignes ajoutées après lui, par un disciple, scribe de tendance judaïsante et dont le souci et de restaurer les habitudes des synagogues, où la femme n’avait pas droit à la parole. Ni Lydie à Philippes, ni Phoebé à Corinthe, ni Priscille à Corinthe ou Ephèse n’ont été réduites au silence par Paul. Mais, à la fin du premier siècle et au début du deuxième siècle, des tendances conservatrices ont cherché à réduire la place des femmes dans les Eglises. Ne rejetons pas sur Paul ce qui lui est postérieur ! Dans sa lettre, à plusieurs reprises Paul fait allusion aux contestations qu’il subit. Ces quelques lignes font partie des exemples où les paroles de Paul sont dénaturées, au sein de l’Eglise, par un courant qui lui est opposé.

 

Parler en langues à condition d’être compris. Paul semble de pas arriver à se faire comprendre puisqu’il utilise plusieurs images autour du même sujet, l’objectif étant de favoriser la compréhension par tous. Fallait-il donc que les chrétiens soient ainsi entichés du désir de parler de manière incompréhensible ? Voulaient–ils imiter les transes extatiques à la mode des païens (prophétesses et Pythies) pour montrer que l’esprit de leur dieu les habite ? Utiliser un langage indéchiffrable ne correspond pas à ce que Paul souhaite pour l’Eglise qui est à Corinthe. Paul invite même les Corinthiens à imaginer le spectacle qu’ils donnent, si un non croyant arrive chez eux : il ne pourrait comprendre. Leur attitude n’a donc rien de missionnaire. Or le but de Paul est d’honorer sa mission d’apôtre, comme il l’a signifié dès la première ligne de la lettre : “Paul, apôtre de par la volonté de Dieu…”.

 

Dans l’Eglise de Dieu, l’exercice des dons est ordonné au bien commun. L’exercice de ces dons est soumis au discernement selon les directives émises par Paul., pour le bien de tous. Paul a-t-il réussi à mettre bon ordre dans la profusion des activités spirituelles, on ne sait pas. Son langage n’a pas dû plaire à tout le monde, ce n’était pas son but ! En lisant la lettre en entier, nous découvrons des situations conflictuelles, et Paul veut y mettre bon ordre, non par autorité, mais par souci de faire grandir le corps du Christ, la communauté à laquelle il écrit.

 

Nous devrions avoir une semblable réflexion pour nous-mêmes. Ce que nous disons à propos de la foi, de l’agir chrétien, de Dieu ou de Jésus est-il compréhensible par tous ? Il nous arrive d’avoir un langage obscur ou peu compréhensible de ceux qui sont loin de nous. Souvenons-nous des évangiles qui insistent sur Jésus dont la parole et les gestes sont compris de tous, pas comme les pharisiens et maitres de la Loi (Marc 1,22). Reprenons pour nos propres interventions les critères énoncés par Paul : en quoi ce que nous disons édifie la communauté rassemblée ou à rassembler ?

Si l’on voulait prolonger la méditation de ces ch. 13-14, nous pourrions rechercher des chants et des prières sur le thème de “Faire Eglise”.

 

Prier la Parole.

 

Nous aimons notre Eglise, avec ses limites et ses richesses,

c'est notre Mère.

C'est pourquoi nous la respectons, tout en rêvant qu'elle soit

toujours plus belle:

 

Une Eglise où il fait bon vivre, où l’on peut respirer, dire ce que l'on pense.

Une Eglise de liberté.

 

Une Eglise qui écoute avant de parler, qui accueille au lieu de juger,

qui pardonne sans vouloir condamner, qui annonce plutôt que de dénoncer.

Une Eglise de miséricorde

 

Une Eglise où le plus simple des frères comprendra ce que l'autre dira,

où le plus savant des chefs saura qu'il ne sait pas

où tout le peuple se manifestera.

Une Eglise de sagesse.

 

Une Eglise où l'Esprit-Saint pourra s'inviter parce que tout n'aura pas été prévu,

réglé et décidé à l'avance.

Une Eglise ouverte.

 

Une Eglise où l'audace de faire du neuf

sera plus forte que l'habitude

de faire comme avant.

 

Une Eglise où chacun pourra prier dans sa langue,

s'exprimer dans sa culture, et exister avec son histoire.

 

Une Eglise dont le peuple dira

non pas "voyez comme ils sont organisés", mais “voyez comme ils s'aiment”…

 

Mgr Guy Deroubaix évêque de Saint-Denis

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 503 visites