Fiche Abraham 01

De l’appel d’Abram à la sortie d’Egypte Genèse 12-13

 Abraham fiche 01

Genèse, 11,26 à 12,20

Abraham Abraham  
Les fils d'Abraham, Bourges
Les fils d'Abraham, Bourges

Zoom : Gn 12,1-5. Vocation d’Abram

 

Le livret que vous avez reçu rapporte en première partie les onze premiers chapitres de la Genèse. Nous ne les étudions pas cette année. Les ch. 1 à 11 de la Genèse constituent comme un premier regard des croyants concernant les relations du Seigneur avec l’humanité : Adam et Eve, Caïn et Abel, Noé, la tour de Babel. Dans ces récits, non historiques, on peut deviner le projet des auteurs sacrés d’exprimer comment ils comprennent les relations du Seigneur à l’humain, du Seigneur à la Création. Le refrain qui préside à la création du monde, ch.1 : “Et Dieu vit que cela était bon”… ou l’affirmation “Dieu les bénit et leur dit : croissez, multipliez…” inaugure la compréhension d’un type de relation où Dieu et l’humain ne sont ni étrangers, ni adversaires, mais positivement proches. Cette “préhistoire” se termine par une alliance nouée entre Dieu et Noé : “Voici que j'établis mon alliance avec vous et avec vos descendants après vous, et avec tous les êtres animés qui sont avec vous…” Gn 9,9-10. La relation entre Dieu et l’humanité est présentée positivement. On pourrait dire une relation d’amitié, au point que, bien plus tard, Isaïe résumera cette pensée en faisant dire à Dieu : “Abraham, mon ami” Is 41,8.

 

Le prologue, Gn 11, 27-32 précède un appel à la vie dans un contexte mortifère.Abraham 2 Abraham 2  

L’histoire d’Abraham que nos bibles font commencer au ch. 12 ne tombe pas du ciel, hors contexte. A la fin du ch.11, en quelques mots, sont évoqués la famille et le pays d’où est issu Abraham. De Our au sud de la Chaldée, à Harran au Nord, Térah traverse le pays, sans aucune précision. Le chapitre précédent avait évoqué la tour dite de Babel (ou Babylone) et la dispersion des peuples. Voici un nouveau chapitre où l’homme désigné, Abram, deviendra de la part de Dieu, bénédiction pour les multitudes dispersées (Gn 11,9). Il y a donc une continuité positive dans la présentation de Dieu, entre le tout début (ch.1 : croissez, multipliez, emplissez), la promesse à Noé et sa bénédiction en Gn 9, et maintenant, dans l’histoire qui va être racontée.

 

Le clan de Térah semble marqué par des signes de mort : un des fils, Haran, meurt prématurément, laissant Lot orphelin. L’autre fils, Abram, épouse Sara qui s’avère stérile ou, plus exactement, qui le devient à son entrée dans la famille de Térah. Térah prend l’initiative de quitter Our avec ceux que la mort semble toucher de près : Abram et Saraï, couple sans fils ; Lot, fils sans père… Le terme du projet de Térah est Canaan, mais il n’y parvient pas, puisqu’il meurt à son tour en chemin.

C’est à Abram, plongé dans ce contexte de mort, que résonne un appel : “Va-t’en, quitte ton pays et ta parenté vers le pays que je te montrerai.”

La saga d’Abraham constitue une nouvelle étape dans l’Ecriture du livre de la Genèse. En quelques lignes, le rédacteur a établi une transition entre les récits des origines et la saga d’Abraham, Gn 11, 10-32 : c’est une notice généalogique. La saga d’Abraham comme telle commence au ch.12.

 

Explication de mot : bénir.

Dès ses premiers usages en Gn 1, le verbe bénir désigne une parole efficace du Créateur pour que la vie se développe dans toutes ses dimensions : la qualité (fructifiez), la quantité (multipliez), et l’extension dans l’espace (emplissez). Puisque la bénédiction est une affaire de vie, le seul sujet logique du verbe est Dieu, l’auteur de la vie, le seul à pouvoir la donner et à lui permettre de s’épanouir. Quand un être humain “bénit” Dieu, c’est cette réalité qu’il reconnait.

Mais il arrive fréquemment qu’un être humain en bénisse un autre. Deux cas de figure sont possibles. Le plus souvent  celui qui bénit appelle sur autrui la bénédiction de Dieu. Mais bénir un autre peut aussi signifier reconnaître que la bénédiction de Dieu est à l’œuvre en lui, comme le fera Melchisédek en Gn 14,19 ou Elisabeth pour Marie en Luc 1,42. L’expression “avoir la baraka” est héritée de l’arabe mais c’est la même racine sémite, brk.

 

Zoom : Genèse 12, 1-5. L’appel et la bénédiction

Ce texte est sans doute le plus connu et commenté, concernant Abram. Le seul intervenant est Le Seigneur. Le titre, souvent attribué à tort à ces quelques lignes, est : “L’appel d’Abraham”. C’est davantage une bénédiction.

 

Les personnages : Dieu, Abraham, Saraï, Loth. Il y a aussi un personnage jamais nommé, le rédacteur. Il donne l’impression de connaître la pensée de chacun, qu’il se nomme Yahvé, Abram, ou Sara… Si nous n’y prenons pas garde, nous nous laissons conduire par ce personnage invisible comme s’il survolait l’histoire racontée : la mise en route d’Abram, la séparation entre Abram et Loth, Sodome et Gomorrhe…

 

Les noms : Abram : Dieu lui donnera un nouveau nom, Abraham, au ch. 17,5, lors du renouvellement de l’alliance. De même pour Saraï : Sara, 17,17 . Pour Dieu, plusieurs noms sont donnés selon les traductions : Dieu, le Seigneur, l’Eternel, Yhwh (Yahvé).

 

Les années de vie : pour les patriarches, pour Abraham, les chiffres donnés sont étonnants. Retenons comme première conviction que la vie est un don de Dieu et que la longue durée est à entendre au sens de grande bénédiction, grande faveur de Dieu envers son serviteur. (Mathusalem est célèbre pour être la personne la plus âgée mentionnée dans l’Ancien Testament. Selon la Bible, il aurait vécu 969 ans, ce qui explique pourquoi son nom est devenu synonyme de longévité.) Ne mélangeons pas symbolique et vérité historique ! Abraham est un homme droit, qui accueille Loth, qui évite les conflits entre ses serviteurs et ceux de Loth ; c’est un homme qui manifeste le lien avec Dieu en élevant un autel là où il fait une halte.

Le nom d’Abraham : du chapitre 12 au chapitre 16 de la Genèse, il est question d’Abram et de Saraï. A partir du chapitre 17, ils seront appelés Abraham et Sara. Il semble bien qu'il s'agisse là de variantes dialectales des mêmes noms : Abram ou Abraham signifierait quelque chose comme “père élevé”, Sara ou Saraï voudrait dire “la princesse”.

Le rédacteur du cycle d’Abraham a utilisé, semble-t-il, ces différences pour manifester la décision divine de “donner un nom nouveau” aux deux personnages, au moment où commence une histoire nouvelle avec le début de l’Alliance au ch.17.

 

Les lieux. A l’aide de la carte, vous pourrez découvrir que les lieux attribués à Abraham au début de la saga, seront les mêmes que traversera le peuple hébreu au cours de son histoire. Our, Babel ou Harran concerne le pays de Mésopotamie au temps de l’Exil aux 7ème-6ème siècles. La traversée de Canaan vers le désert du Néguev et l’Egypte, puis le retour d’Egypte, peuvent évoquer le temps de l’Exode, la sortie d’Egypte et l’entrée en Canaan ou “Terre promise”. L’importance accordée à Béthel et environs est sans doute une manière d’évoquer ce qui deviendra, plus tard, le pays de Juda et de Jérusalem. Ainsi la manière dont l’auteur inconnu fait le récit des origines, les premières étapes du déplacement de l’ancêtre, la description du pays donné à Abraham et à ses descendants (Hébreux, Juifs exilés), tout cela provoque le lecteur actuel à relier le présent de son histoire à l’histoire des ancêtres sur qui est accordée la bénédiction de Yahvé.

 

On peut donc se demander si la Terre promise est la terre foulée par Abram ou si elle n’est pas aussi celle foulée, des siècles plus tard par les Juifs au temps et au retour d’exil, une manière de dire que la promesse et la bénédiction de Yahvé tiennent toujours, même lorsqu’on est déporté à Ninive ou Babylone.

Le prophète Isaïe évoque le retour et l’assemblée de toutes les nations sur “la montagne du Seigneur”, c’est-à-dire Jérusalem. Penser à Isaïe 25,6-12 : “Le Seigneur préparera pour tous les peuples un festin sur cette montagne”. Saint Jean, l’auteur de l’Apocalypse, ch. 21, n’oubliera pas cette annonce pour décrire la Jérusalem céleste. L’originalité de notre lecture est de découvrir que le rédacteur (probablement aux 7ème-6ème siècles) fait une relecture d’Abraham à partir de l’histoire récente qu’il connait et il annonce un avenir à un peuple humilié, alors qu’à son époque, il n’y en avait probablement pas. La bénédiction se maintient de génération en génération, affirmera Marie dans le Magnificat. Au début de la saga, il n’y a alors que Abraham et Sara, sans descendance, qui préfigurent ce que deviendra le peuple de l’Alliance.

 

Remarque : les géographes expliquent l’itinéraire par Harran, au Nord, comme passage entre la Mésopotamie, Canaan et l’Egypte, en suivant la route des caravanes le long des rivières (les sources du Tigre, de l’Euphrate et du Jourdain) pour gagner l’Ouest. Ce sera aussi l’itinéraire des armées au cours des siècles : le Croissant fertile.

 

 

Pour aller plus loin

Le geste d’Abraham : “Il éleva un autel pour le Seigneur” est associé à une prière de bénédiction (12,7 ; 13,4 ; 13,18). Il y a là une volonté d’exprimer la relation entre Dieu et Abram par un geste concret. N’y a-t-il pas là pour nous, lecteurs d’aujourd’hui, à y voir une invitation à poser des lieux, des gestes, des espaces pour nous tourner vers le Seigneur dans la prière d’action de grâce ? Nous avons besoin de concrétiser notre relation à Dieu. Savons-nous poser des gestes, des signes de l’alliance entre Dieu et nous ? En ouvrant nos maisons d’Evangile, nous avons posé un signe pour témoigner de la relation que nous voulons établir entre Dieu et nous. C’est du même ordre.

 

Abram en Egypte, Sara et le pharaon.

Dans cet épisode, on peut toujours laisser libre cours à son imagination pour l’interprétation… On peut aussi relire les premières lignes 12,1-5 où Dieu affirme à Abraham qu’il sera source de bénédiction pour les nations… Or, Abram présuppose le mal chez pharaon. Son attitude envers cet étranger n’est pas bénédiction ; première rencontre avec une nation étrangère, première source de malédiction. L’Egypte subit des épreuves. En effet, Abram qui craint pour sa vie, échafaude un stratagème. Pourtant, rien ne permet à Abram de supposer de mauvaises intentions chez l’Egyptien. C’est le regard négatif d’Abram qui sera source d’une situation néfaste. Abram a ignoré les promesses divines de bénédiction pour toutes les nations. Il n’a aucune confiance ni en Pharaon, ni en Yahvé, malgré les promesses de bénédiction. Les désordres et plaies dans la maison du pharaon seront interprétés comme signes négatifs envoyés par Dieu contre Abram, celui qui a oublié de faire confiance en Yahvé. Au lieu d’apporter bénédiction pour le clan égyptien, Abram a apporté le mauvais œil et la malédiction. Le projet de Dieu, 12,2-3 : “En toi seront bénies toutes les familles de la terre” est mis en péril par Abram lui-même ! La bénédiction dont il est porteur dépend de la manière dont lui-même se comporte envers les étrangers. Ne disons pas que c’est de la faute du Pharaon : Abraham a supposé que Pharaon lui serait hostile. Par la suite, Abram et Sara quittent le pays et ils ne s’en sortent pas trop mal ! Ils regagnent le Néguev.

(A partir de cette histoire ancienne, nous pouvons aussi méditer sur notre relation à l’étranger à l’image de ce que fut la relation d’Abram envers Pharaon, sur qui il projette à tort bien des défauts...)

 

Prier la Parole

A 40  https://www.youtube.com/watch?v=k-f9MD4NO18

Chantez, priez, célébrez le Seigneur,

Dieu nous accueille, peuples du monde.

Chantez, priez, célébrez son nom,

Dieu nous accueille dans sa maison.

 

1 - Il a fait le ciel et la terre

Eternel est son amour

Façonné l’homme à son image

Eternel est son amour

 

2 - Il sauva Noé du déluge

Eternel est son amour

L’arc en ciel en signe d’alliance

Eternel est son amour

 

3 - D’Abraham, il fit un grand peuple

Eternel est son amour

Par milliers fut sa descendance

Eternel est son amour

 

4 - Il perçut le cri de son peuple

Eternel est son amour

Le mena en terre promise

Eternel est son amour

 

5 - Aux exilés de Babylone

Eternel est son amour

Il donna la foi qui libère

Eternel est son amour

 

6 - Il a parlé par les prophètes

Eternel est son amour

Sa parole est une promesse

Eternel est son amour

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 169 visites