Fiche 3. 1 Corinthiens 1-4

Lettre aux Corinthiens

Carte Athenes Delphes Carte Athenes Delphes  1 Co 1 à 4. Introduction, sagesse et folie ; divisions

Zoom : ch 1, 18-25

 

Préambule

La lettre aux Thessaloniciens que nous venons de lire avait été écrite depuis Corinthe. Corinthe est la première ville de l’empire romain, avec plus de 500.000 hab. dont les 2/3 sont des esclaves chargés du transport des marchandises d’une mer à l’autre dans l’isthme de Corinthe. Corinthe était une ville neuve reconstruite et peuplée par César. C’est une ville aux multiples races et religions. Paul y est resté prés de deux années, puis il repart à Jérusalem. Durant son absence, il entretient des liens avec les chrétiens de Corinthe grâce aux disciples et relais qu’il a gardés. Quand il écrit 1 Corinthiens, c’est depuis Ephèse au printemps 54. Par bateau, ce n’est pas très éloigné, d’autant plus que Corinthe est passage obligé, port de transit entre l’Asie et la capitale, Rome.

 

Paul était arrivé à Corinthe après un demi-échec à Athènes ou, plus exactement, une incompréhension entre lui et les philosophes grecs, en particulier à propos de la résurrection. Le début de la lettre garde des traces de ces différends : Je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus crucifié (sous-entendu :“Voilà ce à quoi je tiens”…). Le paragraphe sagesse et folie fait allusion à la sagesse (philosophie) opposée à Paul par les Grecs. Dans le même temps, les Juifs traitent de folie l’annonce d’un messie crucifié. Bref l’enseignement de Paul est rejeté par les Juifs comme par les païens.

 

Paul a reçu des nouvelles inquiétantes : des divisions, des déviations morales, des comportements inappropriés dans les assemblées, mais aussi une appropriation injustifiée des dons de l’Esprit. Il lui faut réagir. Ainsi seront abordées les questions de mœurs, le rôle et la place des différents ministères, la place de l’Esprit-saint, la résurrection du Christ et de tous. Un certain nombre de frictions, de tensions évoquées sont les traces d’une confrontation de la pensée judéo-chrétienne avec le monde hellénistique et païen comme les mœurs, les rites et liturgies du monde païen, l’inspiration débridée. Epidaure, Olympie, Delphes et sa pythie, Ephèse avec son Artémis, proches de Corinthe, sont des hauts lieux du sacré et du paganisme. C’est dans cet univers cosmopolite que Paul implante une communauté de croyants en Jésus-Christ.

 

Lecture d’ensemble ch 1-4

Dans l’adresse de la lettre, Paul se définit sous le qualificatif de “appelé à être apôtre”, et ses destinataires, de “appelés à la sainteté”. Ce qui signifie la haute conscience de la relation des uns et des autres avec Dieu. Aujourd’hui nous parlerions de vocation à…  “de par la volonté de Dieu”. Paul écrit à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe. Cette Eglise est essentiellement composée de païens de basse condition (1,26-31), mais il y a aussi quelques Juifs d’origine et des gens aisés. Comme toute lettre, Paul commence par la prière d’action de grâce. Regardons ce dont Paul rend grâce : le vécu de l’Eglise de Corinthe avec son tissu de relations : Sosthène le frère, Dieu, Jésus Christ, les croyants, Paul.

 

Premier sujet abordé : les divisions. Hier comme aujourd’hui, chacun aime avoir ses références, ses référents. Paul rappelle que tout cela ne prend sens qu’en référence à l’unique Christ. Deuxième sujet abordé, c’est autour de la sagesse et de la folie (voir le Zoom). Cela continue jusque fin ch. 2. Le troisième sujet, au ch. 3, ressemble à une autojustification de Paul. En effet, pendant son absence, d’autres ont pu prendre sa place de prédicateur de l’Evangile. Paul désigne nommément Apollos, et surtout son enseignement qui a pu sembler dévier. Paul rappelle alors une double conviction : vous êtes temples de l’Esprit et Dieu habite en vous. Cela servira comme arguments lorsqu’il devra, au fil de la lettre, remettre en place certaines déviations : la place de chacun dans le corps du Christ, la place des derniers de la société au sein de ce corps ; ou encore ‘être habité par l’Esprit’, ce n’est pas réservé à quelques charismatiques ; ou encore le rôle d’apôtre et des ministères dans la gouvernance et le service de l’Eglise.

Cette première section se termine par le rappel des liens de Paul avec les chrétiens. Sans doute cela n’est pas inutile avant qu’il n’aborde les griefs et remises en cause de certaines pratiques (voir section 2, 3 ou 4). Lui faudra-t-il venir avec une verge (4,21) ? Il y a une réelle stratégie de communication dans la manière dont Paul pose, dès le début, les arguments dont il aura besoin dans le cours de sa lettre.

 

Zoom. La folie de la croix, 1, 18-25.

Le thème de la croix est introduit dès le v.18 ; il se continuera jusqu’en 2,16. Le zoom ne reprend que le début de la réflexion sur ‘sagesse et folie de la croix’. A quoi, à qui Paul fait-il allusion ? Les Juifs d’une part, les Grecs de l’autre, c’est-à-dire le monde entier et, au-dessus de tout, Dieu et sa sagesse. Prêcher un messie crucifié est folie pour les uns et les autres, excepté ceux, Juifs comme Grecs, qui sont appelés… Paul éprouve le besoin de signaler qu’il n’y a pas parmi eux, croyants de Corinthe, beaucoup de puissants ou de gens de bonne famille.

 

La manière dont Paul écrit peut nous embarquer vers des réflexions philosophiques sans fin. Choisissons comme chemin de lecture, de repérer les différentes catégories de gens que Paul décrit. A commencer par lui : que dit-il de lui-même ? Que dit-il des Grecs, des Juifs, des croyants, de Dieu/Jésus-Messie ? Qu’est-ce qui les caractérise, quels adjectifs utilise-t-il ?

 

Paul a eu bien des difficultés à rendre compte de la foi en Christ, que ce soit auprès des Juifs, que ce soit auprès des “philosophes”. Paul développe une longue méditation. A l’attente d’un messie puissant, il oppose un messie crucifié. Ce ne sont pas les forts et les puissants qui peuvent le reconnaître, mais les petits, les moins-que-rien, et, pour preuve, ces moins-que-rien que sont les croyants de Corinthe ! C’est aussi pourquoi, selon Paul, la croix ne peut être annoncée que dans la faiblesse, pour ne pas prendre le risque de la vider de son sens. En refusant la splendeur d’un beau discours (cf. la rhétorique grecque), Paul refuse de faire de l’Evangile un système de sagesse.

 

La proclamation chrétienne est l’annonce de la personne et de l’œuvre du Christ crucifié. Comment comprendre que le langage de la croix est puissance de Dieu ? Dire que le Christ crucifié est puissance de Dieu ne correspond pas à notre logique humaine. Les chrétiens interpréteront les chants du serviteur d’Isaïe comme annonce d’un messie souffrant. Mais même avec cette citation, pour les Juifs d’aujourd’hui, il est impossible de penser un messie souffrant. Scandale et folie.

 

On a l’impression que Paul jongle avec les mots, il oppose deux catégories d’individus : ceux qui se perdent et ceux qui se sauvent… Il y a les forts et les faibles, les sages du monde, les docteurs de la loi et les raisonneurs qui se perdent, tandis que sont sauvés ceux qui croient en Christ, les appelés. La certitude de Paul c’est que seule l’adhésion au Christ sauve, situe dans un état nouveau.

 

Dire avec Paul que Dieu est fou, qu’il est vulnérable, c’est le contraire des affirmations habituelles sur Dieu, celles qui disent que Dieu est le grand horloger, le grand ordonnateur, le tout-puissant… Or, pour Paul, la sagesse de Dieu c’est Jésus-Christ crucifié, mais le monde ne peut (ne veut) pas le comprendre. Telle est pourtant la foi de ‘ceux qui sont appelés’, juifs ou païens : au cœur de leur vie ils mettent Jésus-Christ, celui des Evangiles. Nous le redisons à notre manière aujourd’hui, quand nous disons que Dieu est fou de s’intéresser aux hommes !

 

Pour aller plus loin,

 

Ta méonta : ‘ceux qui n’existent pas’ 1,28, mot grec intraduisible en français. Ce sont des “rien” que Dieu a choisis. On trouvera à l’inverse, à Corinthe, des gens qui cherchent à se valoriser, cf. 1 Co 13 : des gens qui cherchent à manifester leur supériorité sur les autres… Or, Dieu a choisi les ‘rien’ ! Ce n’est pas que Paul enseigne l’humilité, mais tout simplement, il invite à se méfier de tous ceux qui se prennent pour quelqu’un, même au nom de la religion et de l’Esprit ! C’est à rapprocher de la réflexion sur “le salut par la foi ou par les œuvres”. Pour Paul ce ne sont pas les œuvres qui communiquent le salut ; ce ne sont pas non plus nos actions valorisantes. Ce que nous sommes, c’est par appel de Dieu (appelé) et non par nos propres qualités. Cette pensée de Paul est sans doute le fruit de sa méditation sur son histoire personnelle et sur sa prédication : que ce soit auprès des juifs, dans leurs synagogues, que ce soit auprès des philosophes d’Athènes, le message du messie crucifié ne passe pas.

 

Les religions à mystères et les religions de salut. L’extension de l’empire romain correspond à une période de mutation et de brassages de populations. De nouvelles villes naissent qu’il faut peupler. Il a fallu des ouvriers pour les construire, souvent des prisonniers et des esclaves. Ce peuple de petites gens cherche son salut, son bonheur dans les paroles des prédicateurs itinérants. Multiplicité des cultes : outre la religion officielle de l’empire, il y a Cybèle, Mythra, Artémis, Zeus et Athéna. Or voici Paul qui prêche un Dieu qui sauve, aux choix étranges, qui choisit les “sans naissance”.

 

Apollos. Juif d’Alexandrie, disciple de Jean-Baptiste, versé dans les Ecritures, éduqué dans la voie chrétienne par Priscille et Aquila, c’est un prédicateur brillant. Il y aura des conflits (à distance) entre Paul et Apollos. Paul a été le fondateur de la communauté de Corinthe. Or, il semble que Apollos se soit accaparé un certain nombre de chrétiens, sans doute bien nés… et il enseignerait un Evangile plus approximatif sur la référence au Christ. Il ne semble pas que Paul et Apollos se soient rencontrés : ils étaient sur le même terrain, mais pas en même temps.

 

Les partis à Corinthe (1, 10-17 et 3, 3-10). Chacun s’attache au prédicateur qu’il a rencontré et à qui il fait confiance, surtout s’il a de l’aisance dans ses discours ; alors il en devient partisan. C’est le coup de colère de Paul de voir les Corinthiens s’attacher davantage chacun à son prédicateur, alors que c’est le Christ et le Christ crucifié qui doit être au centre de la vie chrétienne. Est-ce valorisant d’appartenir à un crucifié ?

Faut-il faire un rapprochement avec certaines des habitudes aujourd’hui de ne jurer que par X, Y ou Z, concernant les pratiques de piété et l’annonce de l’Evangile ? En terme sportif, on dirait “porter les couleurs de…” C’est le principe de la ‘clientèle’ en monde romain, l’appartenance à un maître réputé, dont on porte les couleurs. J’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, affirme Paul (2,2). A vous d’en faire autant !

 

Plantation et construction ch.3 et 4. Deux images (champ et construction) sont utilisées par Paul pour décrire les débuts de la communauté. L’une et l’autre images mettent le messie crucifié au cœur de l’annonce. Cela introduit une nouvelle image : vous êtes le Temple de Dieu et l’Esprit de Dieu habite en vous. Est-ce l’individu ou la communauté qui est temple de l’Esprit ? C’est probablement la communauté… Il semble bien que les ch. 3 et 4 font allusion à des attitudes de prestance, d’honneur, de mise en valeur de certains membres de la communauté. D’où la réaction de Paul qui précise ce qu’il est : nous sommes les ordures, les déchets du monde, c’est-à-dire nous ne sommes rien… Or c’est moi Paul qui vous ai fait naître à Christ.

Au sein des courants religieux d’alors, les adeptes essaient de trouver ce qui peut les valoriser… Les Corinthiens pensent qu’ils sont valorisés en appartenant à quelqu’un d’important (Apollos, Pierre, etc.) et Paul appelle à faire tout le contraire, au point de reprocher à certains de s’être enflés d’orgueil ! Faut-il donc que Paul vienne avec un bâton ?

 

 

Prier la Parole

Sagesse et folie : le centre est à la périphérie

 

Table dressée dans le désert,

Croix plantée en dehors de la cité.

C'est là que le Père convoque ses enfants dispersés,

Là-même où vivent les rejetés de nos cités.

Depuis ces jours-là,

Le centre s'est déplacé,

Le centre est à la périphérie.

 

Invités à la table des pauvres,

Loin du centre de nos cités.

Toi Jésus, tu viens planter dans la justice et le droit

Pour que tous aient leur part de pain.

 

Convoqués à l'arbre du Crucifié,

Loin du centre de nos cités,

Toi, Jésus, tu es au nombre des méprisés

Pour qu'ils aient leur part de dignité.

 

Depuis que le désert et la périphérie

Sont devenus « le centre »,

Depuis que le Crucifié

Est devenu, d'entre les vivants, le Premier,

Depuis ces jours-là, les derniers de l'humanité

Sont, dans le cœur de Dieu, les premiers.

 

Depuis ces jours-là, Toi, Esprit de Jésus, force du Père

Tu as commencé à remettre le monde sur ses pieds.

Si c'était çà, dites-moi, la grande folie du Royaume,

La grande Bonne Nouvelle de la Bible pour l'histoire des peuples !

 

Jacques Lancelot

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 1167 visites