Galates1-3

Maison d'Evangile section 3 fiche de lecture

Galates ch 1-3   Section 3

 

Etonnements de Paul ; conflit avec Pierre. La foi d’Abraham.

 

Césarée palais du gouverneur Césarée palais du gouverneur  
Césarée - Emplacement du palais où Paul fut conduit
Césarée - Emplacement du palais où Paul fut conduit
Section précédente.
La lettre aux Philippiens reflétait une profonde connivence entre Paul et la communauté de Philippes. Le commentaire de la fiche 2 attirait l’attention sur le Christ venu chez nous, mort et ressuscité. Mais des prédicateurs judaïsants devaient déjà prêcher un retour aux traditions des ancêtres, retour à la loi juive, à Moïse. Si les Philippiens sont restés fidèles à l’enseignement de Paul, il n’en était pas de même pour certaines communautés de Galatie. Toucher à Christ, c’était toucher au cœur de la foi de Paul, de son expérience sur le chemin de Damas qui avait été à l’origine de sa conversion. Paul est ulcéré, ce qui explique le ton particulièrement polémique de la lettre aux Galates. Sans être expert de la littérature de Paul, on devine dès les premières lignes qu’il y a de l’orage dans l’air : “J’admire avec quelle rapidité vous vous détournez… pour passer à un autre évangile.” 1,6.

 

Présentation générale

Les Eglises de Galatie. Nous sommes là aux limites de l’empire romain. La Galatie est un territoire au centre de la Turquie actuelle, conquis (annexé ?) au cours des deux derniers siècles avant l’ère chrétienne. La ville d’Antioche de Pisidie, visitée par Paul lors de son premier voyage, fait partie du Sud du pays des Galates. (Les cartes anciennes présentent la Galatie plus au Nord). Les progrès de l’histoire romaine affinent peu à peu les connaissances. Les populations de ces régions sont les descendants de migrations celtiques originaires de l’arc est-alpin. Elles sont donc proches de nos ancêtres gaulois d’ascendance celtique. Question : Paul a-t-il fréquenté et christianisé la partie hellénisée (le sud ?) ou se serait-il aussi aventuré dans la partie barbare de la région, vers le Nord ? On ne sait pas. Il existait de nombreux prédicateurs itinérants, de différentes religions, qui ont essaimé à partir du Moyen-Orient. Paul devait être l’un d’eux, aventureux et pugnace. Des nouvelles alarmistes parviennent à Paul sur le détournement de ses chrétiens par d’autres prédicateurs qui critiquaient son Evangile. A Philippes, Paul avait déjà entendu parler de ces adversaires. L’Evangile de Paul est menacé, mais aussi son autorité. Ceci explique le début de la lettre où Paul rappelle d’où vient son autorité : appelé par Jésus et Dieu le Père à être apôtre, entouré d’une foule de frères (v.2). Il peut développer son argumentation.

  • 1, 1-5 : Adresse et préface
  • 1,6-12 : L’Evangile proclamé par Paul
  • 1,13 à 2,21 : épisodes autobiographiques : conversion, apostolat, tension avec Pierre
  • 3,1 à 4,31 : L’argumentaire fondé sur l’histoire d’Abraham : justifié par la loi ou par la foi ?
  • 5, 1 à 6, 10 : Exhortation éthique. Aimer, faire le bien
  • 6, 11-18 : Postface

 

Après une attaque virulente et ironique contre les déviations des Galates (1,6-12), Paul développe ce qu’a été son histoire, avant et après sa conversion, et en particulier l’épisode tendu avec Céphas (Pierre), 1,13 à 2,21. Repérez ces éléments : le persécuteur ; le converti devenu évangélisateur ; le lien avec les piliers à Jérusalem ; en Syrie-Cilicie ; exposé de sa prédication à Jérusalem ; l’incident d’Antioche avec Pierre. Ceci exprimé, Paul développe son argumentation sur la foi en Jésus-Christ pour être justifié. Le cœur de la foi, c’est le Christ. Tout est dit dès 2, 15-16 ! Alors que le judaïsme repose sur Moïse et la loi, l’Evangile de Paul repose sur Christ mort pour nous. Dans sa polémique, Paul absolutise les deux positions.

 

Il ne suffit pas d’affirmer, il faut aussi prouver le raisonnement devant des judaïsants. Paul utilise la figure d’Abraham antérieure à Moïse. L’enseignement de Paul est construit de manière imparable en 3,6-14 (= zoom), puis jusque 4,31. Pour nous c’est aussi l’occasion de voir comment Paul tourne à son avantage des descriptions bibliques : Abraham, Sara et Agar, leurs fils, la promesse… Attention, l’exégèse de Paul n’est pas celle de notre temps.

Les binômes : selon la chair ou selon l’Esprit ; esclavage-liberté ; Alliance du Sinaï-nouvelle alliance (cf. 1 Co 12) ; Jérusalem actuelle, Jérusalem d’en-haut : ce sont autant d’éléments-clés de lecture pour signifier l’avant et le maintenant.

Vient ensuite l’exhortation 5,1 à 6,10 (fiche 4) : l’appel à la liberté, non à l’esclavage de la loi ; aimer et faire le bien. Le coup de massue final sera donné d’une phrase en 6,12 : “des gens désireux de se faire remarquer dans l’ordre de la chair”. Il est clair que Paul s‘en prend à ceux qui mettent en avant leur circoncision. Or le salut vient du Christ (de la croix) et non de leur propre circoncision : la circoncision n’est rien, ni l’incirconcision !

 

Zoom : Les arguments selon saint Paul, tirés de la Bible 3, 6-14,

Regardez d’abord le nombre de citations bibliques dans ce passage. Paul, en spécialiste des Ecritures, prend appui sur elles pour mettre en avant la foi d’Abraham d’une part, le salut en Jésus d’autre part (v. 7 et v.14). L’enseignement de Paul témoigne d’une visée universaliste et non restrictive : “Pour que la bénédiction d’Abraham parvienne aux païens” v.14. Le type de raisonnement est conforme à la manière de faire à cette époque. Mais cela peut ne pas nous convaincre aujourd’hui.

Au risque de simplifier : La religion juive prend appui sur les Ecritures, dont les cinq livres du Pentateuque sont la base. A partir de l’Exil, la circoncision est devenue le signe d’appartenance au peuple élu, avec obligation d’observer les prescriptions. Au premier siècle, la circoncision apparait comme un obstacle à l’extension du judaïsme au sein du monde gréco-romain. Cela explique qu’il y ait de plus en plus de “sympathisants”, appelés prosélytes, qui restent à la porte du judaïsme et rejoignent les chrétiens. (Cependant, elle peut servir de couverture juridique selon la loi romaine.)

Au moment de sa conversion, Paul a découvert que seul Jésus-Christ nous obtient le salut, la réconciliation avec Dieu, sans obligation de notre part, c’est-à-dire par grâce et non par circoncision et respect des commandements. Devant les conflits qui se multiplient, Paul est amené à se justifier, à partir de l’Ecriture. C’est le seul argument que juifs et judaïsants pourraient éventuellement comprendre. Paul “démonte” le particularisme des judaïsants.

Alors que tout reposait sur Moïse et les Ecritures, Paul considère Abraham comme celui qui a cru en la Promesse de Dieu, avant même la Loi de Moïse, avant même qu’il ait été circoncis : Abraham est la figure du croyant justifié sans la loi. Avec l’exégèse littérale de son temps, Paul utilise une phrase de la Genèse 15,6 : “Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice”. La foi qui justifie est donc antérieure à la circoncision (Gn 17-18). Quand Paul écrit aux Corinthiens : “La circoncision n’est rien, l’incirconcision n’est rien” (1 Co 7, 19 et Gal 5,6), c’est un blasphème, au grand dam des juifs, mais une joie pour les païens (cf. Actes 13, 44-48). Galates explicite le raisonnement de Paul sur la justification des païens par le Christ 3,14. Paul développera sa réflexion, avec plus de nuances, dans la lettre aux Romains.

 

Pour aller plus loin

Nous avons séparé les ch. 3 et 4, à cheval sur deux sections qui forment une unité. Le ch. 3 concerne la référence à Abraham, le ch.4 concerne la mise en œuvre pour les chrétiens de la démonstration de Paul.

 

Moïse et Abraham. Dans la tradition juive du 1er siècle, la figure d’Abraham est seconde par rapport à celle de Moïse. C’est ici que Paul absolutise son point de vue sur la foi d’Abraham et sa justification antérieure à Moïse. Il faudrait ici développer l’histoire compliquée du conflit entre chrétiens d’origine juive et chrétiens d’origine païenne. On en trouve des traces dès le passage à Corinthe, à Philippes, mais l’exaspération de Paul qui découvre le retournement des Galates, entraîne chez lui un durcissement : c’est “la circoncision ou le Christ”. L’édit de Jacques à Jérusalem admettait la tolérance entre juifs issus de la circoncision et juifs issus du paganisme. Ici, c’est oublié.

 

Particularisme et universalisme. L’ouverture du judaïsme aux nations païennes s’est fait partiellement après l’Exil (Isaïe 66, 18). Cependant, dans l’histoire universelle, le judaïsme reste petit et en marge des grandes civilisations (Mèdes, Perses, Grecs, Romains). Fallait-il ne prêcher qu’aux Juifs ou aller aux païens ? Seul Matthieu limite la première mission des apôtres aux seules brebis perdues d’Israël (Cf. Mt 10,5, comparé à Mc 6,7 ou Luc 9,2). On peut se demander si Luc, écrivant son Evangile, n’a pas été influencé par Paul quand il écrit dès le ch.2 :“Mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé face à tous les peuples : lumière pour la révélation aux nations païennes et gloire d’Israël…” Lc 2, 30-31. A cause de Jésus, une nouvelle conception du salut s’est développée, dont nous sommes les héritiers. Paul est celui qui a le plus développé l’annonce aux nations païennes.

 

La chair et l’esprit, 3,3. Ne tombons pas dans le piège de la philosophie grecque. Paul ne sépare pas ce qui est ‘de la matière’ de ce qui est ‘du spirituel’. Il ne met pas la même chose que nous sous le mot chair. Par chair il veut dire l’esprit humain, la pensée humaine, par opposition à l’esprit divin : penser comme homme ou penser selon la pensée de Dieu.

 

D’après Luc, d’après Paul. Relisez et comparez le récit rédigé par Paul de la tension avec Pierre (Gal.2) et celui raconté par Luc trente ans plus tard : Actes 15, 1-2. Luc ne nomme pas Pierre et Paul, il atténue le conflit. L’assemblée de Jérusalem apparaît plutôt conciliatrice, Ac. 15, 3-36. Luc n’a pas envie de ranimer de vieilles querelles de famille dépassées depuis la chute de Jérusalem. D’autre part, Pierre et Paul sont morts et Luc n’a aucune raison de ternir leur image posthume.

 

Prier la Parole  

Ton joug est léger

Tu n'es pas venu abolir la loi, Seigneur, tu es venu l'accomplir.

Tu n'as pas prétendu balayer d'un revers de manche

toutes les prescriptions religieuses qui avaient été édictées.

Tu as juste voulu inaugurer une nouvelle manière de vivre la Loi,

une manière qui ne soit pas écrasante pour les fidèles,

mais leur permettre de s'épanouir dans leur foi.

Tu savais, Seigneur, que les lois et les obligations religieuses peuvent vite aboutir

à des carcans qui forgent des personnalités frustrées à force de contraintes.

Tu as vu les dégâts que causaient dans ton peuple les pressions

qu'exerçaient sur lui autant les puritains réformateurs pharisiens que les prétentieux sadducéens.

Certains parmi eux prenaient parfois, pourtant,

beaucoup de liberté avec les prescriptions légales,

mais ils exigeaient du peuple qu'il se soumette à ces dernières avec rigueur.

À tous ces gens pieux et pleins de bonne volonté,

victimes de la dictature des clercs et des bien-pensants,

tu t'es écrié: «Venez à moi car je suis doux et humble de cœur.

Venez à moi car mon joug est facile à porter et mon fardeau léger.»

Ce disant, tu nous as mis en garde contre tous les abus de pouvoir

de ceux qui prétendent régenter la vie religieuse des autres.

Ce que tu proposes pourtant n'est jamais chemin de facilité:

l'amour des ennemis, la réponse non- violente aux agressions,

l'abandon des richesses et des positions de puissance...

Mais ce «programme» de ton Règne, tu nous l'offres

comme un joyeux chemin de vie en ta compagnie.

Tu n'attends pas de nous que nous devenions

des «athlètes» de la piété, des «champions» du légalisme.

Tu désires simplement que nous soyons tes amis

et que nous nous complaisions à vivre à ta façon.

Oui, Seigneur, je veux rester sous ton joug, joug protecteur et entraînant.

Christian Delorme

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 489 visites