L'imprévu de Dieu

Edito de Monseigneur Jaeger - Eglise d'Arras n°8

Mgr Jaeger5 Mgr Jaeger5  Nous savons, une fois pour toutes, que la traditionnelle coupure estivale appartient à la légende. L’été 2018 a été chaud, même très chaud, à bien des égards. Il nous laisse un peu sonnés en ces premiers jours du mois de septembre.

            A certains jours, il a fallu supporter un soleil soudain trop généreux. L’équipe de France de football nous a tenu en haleine pendant plusieurs semaines avant de permettre à celles et à ceux qui, comme vous et moi, n’étaient pour rien dans la victoire, de crier à s’en rompre les cordes vocales : « On a gagné ! » 

L’euphorie et l’enthousiasme furent de courte durée. Un salarié du palais présidentiel a soufflé bien maladroitement sur les braises de nos chères discordes politiques et en a ravivé instantanément la flamme. Bien au-delà de son désir, nous découvrions, - mais était-ce une surprise ? -  qu’il est bien difficile dans les dédales de la politique et de l’administration de savoir qui est responsable de quoi.

Le président de la communauté urbaine d’Arras goûtait enfin à un repos bien mérité. Un accident cardiaque l’a brusquement ravi à l’affection de son épouse et de ses enfants, à l’amitié de nombreux élus et de concitoyens soudain arrachés à l’insouciance qui accompagne la fin du mois de juillet et le début du mois d’août.

Monseigneur Dollmann ne s’attendait certainement pas à se réveiller, aux premières de la fête de l’Assomption, archevêque de Cambrai. Monseigneur Garnier s’en était allé vers la maison du Père, fermant les yeux sur ce monde dans la ville de sa naissance et de ses premières responsabilités sacerdotales. Bien que redoutée cette séparation a surpris par sa rapidité et fait encore mal. 

L’Eglise a traversé une tempête. D’étonnantes et douloureuses révélations, la persistance de blessures récentes ou anciennes, l’existence évidente d’intrigues peu glorieuses ont mis l’accent sur des travers qui, bien évidemment, ne disent pas tout de l’Eglise mais appellent à un examen de conscience et à de nécessaires conversions. 

Ces quelques considérations et bien d’autres nous invitent à reprendre la route avec humilité, simplicité et vérité. Quand l’Eglise se veut puissante, intouchable, la réalité la ramène à sa véritable identité. Elle naît du côté du Christ en croix.

Une partie de l’opinion a parfois reproché au pape François la rudesse de ses admonestations. Il n’échappe pas aux griefs formulés par les élèves d’une classe qui reçoivent collectivement la volée de bois vert que l’enseignant destine, en fait, aux fauteurs de troubles et aux turbulents.

Il serait injuste d’imputer à tous les inacceptables manquements de quelques-uns. L’ajustement de la mission de l’Eglise au Christ, à sa Parole, au don qu’il fait de lui-même rend, cependant, générale et permanente la nécessité de la conversion. Elle est inscrite dans les gênes de nos vies baptismales et ministérielles. Il n’y a que les Chrétiens pour faire l’apologie de la folie de la croix. Nous ne pouvons jamais la déserter au profit d’apparences qui donnent l’impression d’être quelqu’un et quelque chose dans les rivalités de ce monde.

Jésus n’a pas de mots assez sévères pour fustiger le pharisianisme qui gangrène l’univers religieux dans lequel il a lui-même grandi. Cette déformation qui a l’allure de la perfection nous guette toujours. Elle nous enferme dans nos propres limites. Elle cherche finalement à confisquer Dieu pour notre propre glorification.

La sainteté ne nous est pas donnée par notre miroir. Elle est reçue du Christ lorsqu’à chaque instant, malgré nos limites et nos faiblesses, nous sortons de nous-mêmes, de nos certitudes, de nos systèmes, de nos apparences pour nous laisser conduire là où Dieu parle à notre cœur et le trouve disponible pour le combler de son Amour et de sa Miséricorde. Sommes-nous prêts pour sortir et aller ? Où et comment ? Laissons Dieu nous le dire !

Bonne route !

 

 

+ Jean-Paul JAEGER

 

 

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