Jésus lui toucha l'oreille et la langue...

23ème dimanche ordinaire

Isaïe 35, 4-7 ; Jacques 2, 1-5 ; Marc 7, 31-37.

Dans la première lecture, Isaïe annonce la fin de l’Exil et la merveilleuse intervention de Dieu. A l’époque, il n’y avait ni facebook, ni twetter. Comment la parle a-t-elle pu être répercutée ?

Le ch. 37, est extrait du premier Isaïe. Cette première partie du livre rassemble des paroles écrites au temps d’Ezéchias au 7ème siècle. Le Royaume du Nord (Samarie) a été dévasté par Ninive, et le Royaume du Sud (Juda, Jérusalem) craint pour son propre avenir. Cela explique le début du texte : “Dites aux gens qui s’affolent : soyez forts, ne craignez pas… Voici votre Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver.” La promesse qui accompagne cette venue est la guérison des malades, l’eau qui irrigue les déserts. Ben Gourion reprendra cette image lors de la reconquête par Israël du territoire dont il avait été dépossédé.

 

La parole d’Isaïe est une parole insérée dans une histoire. Elle est invitation à croire en un avenir possible “avec Dieu” alors que bien d’autres pronostiquaient la fin du monde, de leur monde. Isaïe proclame la fidélité de Yahvé envers la maison d’Israël. Il est à l’origine d’une lignée de prophètes qui croient en l’avenir avec Dieu. Il n’aura pas toujours des mots tendres envers ceux qui s’éloignent de Yahvé mais, au cœur de la détresse il ose annoncer un avenir possible. Que les images viendront illustrer cette espérance en la fidélité de Dieu : la hutte branlante que Dieu relèvera, où les morceaux de chair que Dieu retire des dents du loup féroce etc. Notre méditation pourrait don être inspirée par ces paroles de confiance (non aveugles) mais dans la détresse, Dieu continue à nous accompagner, le croyons-nous ?

 

Le rapprochement avec l’Evangile où Jésus guérit un sourd-muet est sans doute ténu. On remarquera d’abord que Jésus se trouve en territoire étranger, tout comme lors de la rencontre avec la Syro-phénicienne. C’est donc une invitation à accueillir l’étranger qui frappe à la porte. Ici cet aveugle est amené, conduit à Jésus par des gens qui parlent à sa place. Parler au nom d’autres personnes… cela n’est-il pas aussi une nécessité aujourd’hui, quand tant de gens n’osent plus demander, l’écart entre riches et pauvres étant devenu tellement énorme, où quand des réfugiés qui ne parlent pas la langue (grecque, autrichien, allemand ou français) espèrent une parole. Ils sont davantage affrontés à la balayeuse ou le bulldozer municipal… Il n’y a donc pas de solution pour eux.

 

La seule parole qui traverse notre civilisation c’est l’affirmation de l’incarnation : Dieu s’est fait homme en Jésus, et Jésus a concrètement touché cette personne en mal de vivre. Jésus lui touche les oreilles et la langue, afin que ce sourd muet retrouve la parole et l’ouïe. Jésus a mis la main à la pate si l’on peut ainsi s’exprimer. Or le risque de notre civilisation est de ne plus mettre la main à la pâte, de s’éloigner de l’autre différent ou, plus souvent de l’éloigner de notre passage : barbelés, camps retranchés expulsion de leurs lieux de replis (lieux de vie).

 

Avec ce qu’un seul homme peut gagner (13-14 millions d’euros, affirment les médias cette semaine) on doit pouvoir nourrir quelques bouches, et si l’on remplaçait les obus par des miches de pains, le problème serait résolu. Mais Dieu a voulu avoir besoin des hommes pour que l’eau irrigue les déserts, déserts physiques et déserts spirituels des temps modernes. La guérison du sourd-muet de l’Evangile est une très belle illustration de ce que peut devenir l’humanité du 21ème siècle : Jésus ne s’est pas contenté de prier, il a aussi touché les membres blessés de l’homme afin qu’il retrouve la vie.

 

Plutôt que le long discours ci-dessus, peut-être suffisait-il de relire la lettre de saint Jacques. Elle aussi illustre parfaitement l’attente du Dieu de Jésus dans notre rapport aux hommes de ce temps. E.H.

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