Laisse les morts enterrer leurs morts

13° dimanche ordinaire

1er livre des Rois 19, 16-21 ; Galates 5, 1 et 13-18 ; Luc 9, 51-62

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Dans la première lecture comme dans l’Evangile il est question de l’appel de quelqu'un afin qu’il porte la mission que Dieu souhaite lui confier … Dans le texte d’Elie, comme dans l’Evangile, il y a le même type de première réponse à cet appel : "laisse-moi d’abord dire adieu… laisse-moi d’abord enterrer mon parents". Dans le dialogue commencé, pour Elie, Dieu lui demande d’oublier ce qu’il vient d’entendre… mais Elie va sacrifier tout ce qu’il a pour répondre positivement à la demande. Dans l’Evangile, la suite du dialogue devient brutale et entraîne bien souvent notre incompréhension : laisse les morts enterrer leurs morts. On ne comprend pas Jésus et pourtant sa réponse est d’une limpidité extrême. Pour Jésus il y a urgence à se donner entièrement derrière lui.

 

Il se fait que ces dernières semaines nous sommes confrontés à la pression de l’activisme mémoriel. IL s’agit d’honorer ceux de 14-18. Cet activisme a des justifications multiples, tout comme l’enfer est pavé de bonnes intentions. Vouloir la paix, honorer les gestes héroïques des anciens est fort noble. Les précédents papes ont rappelé plus d’une fois, lors de leur causerie du 1er janvier, qu’on ne pouvait pas séparer la paix du développement des peuples ni de la justice sociale. Que sont devenues ces incitations de nouvel an ?

 

N’aurions-nous pas tendance aujourd’hui à vouloir enterrer les morts déjà honorés et enterrés, plutôt qu’à œuvrer au développement des peuples, à la justice entre tous et à développer le travail pour tout ? Mais aux yeux des élites civiles et religieuses, il parait normal qu’il y ait d’énormes disparités de revenus comme celles évoquées par quelques journaux ou revues. Au cœur de ce monde qui se tourne vers le passé plutôt que vers l’avenir, nous sommes appelés à entendre l’appel du Christ comme l’appel du prophète Elie. Allons-nous continuer à regarder en arrière ou chercher comment faire avancer ce monde tordu ?

 

L’Evangile de ce jour invite aussi à méditer sur “Jésus doux envers les pécheurs mais exigeant envers ses disciples”. Nous sommes bien obligés de constater cette différence de langage au sein même des Evangiles. On peut se souvenir de l’épisode où Pierre se met en travers du chemin de Jésus vers Jérusalem; et alors il se fait traiter de démon, et Jésus l’oblige à passer à l’arrière du groupe : exigence… c’est amusant quand il s’agit de Pierre. Mais quand il s’agit de nous, que signifie donc l’appel à laisser nos morts pour nous tourner dans le sens de l’attente du Royaume à proclamer et à bâtir ? Bref, comme pour Elie, comme pour ce nouveau candidat à être apôtre, nous avons de bonnes raisons pour remettre à demain ce que nous devrions commencer dès aujourd’hui ! EH

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