L’Eglise d’Arras derrière les barreaux.

Témoignage d'un aumônier de prison

L’Eglise d’Arras derrière les barreaux. (Témoignage)

P1010755 maison d'arrêt  La commission diocésaine de la solidarité  regroupe ceux qui dans l’église, au sein des mouvements, aumôneries, pastorales, témoignent plus directement de la présence de la communauté chrétienne  auprès des périphéries humaines et sociales que composent les exclus.

 

Exclus de quoi ?  Du « centre » habituel de la communauté humaine et souvent de la communauté chrétienne : grandes pauvretés, chômeurs, familles éclatées, migrants, prisonniers etc..

 C’est au nom de ces derniers en tant qu’aumônier de prison que j’interviens aujourd’hui dans ces quelques lignes.

Notre département comporte deux maisons d’arrêt     ( Arras et Béthune) et trois centres de  détention (Bapaume, Longuenesse et Vendin le Vieil). La distinction entre ces deux types d’établissement est importante.

 

La maison d’arrêt est le lieu de détention de toute personne  prévenue, c’est à dire en attente de jugement ainsi que de personnes condamnées à de courtes peines. Elle possède des caractéristiques de détention particulières. La personne qui y est incarcérée une première fois subit la plupart du temps un traumatisme psychologique important communément dénommé choc carcéral. Du jour au lendemain, la Le_bus_jaune_a_Arras Le_bus_jaune_a_Arras  personne rentrant en maison d’arrêt est privé de tout ce qui faisait et portait sa vie quotidienne, familiale, professionnelle, sociale, bref une grande partie de son identité. S’y ajoutent rapidement la promiscuité, l’inactivité, les innombrables attentes, de courrier, de parloir, de jugement, de décision de justice. C’est dans ce contexte de recherche d’une reprise de confiance, d’une espérance, que sont sollicités enseignants, visiteurs et correspondants bénévoles et aumônerie. Chaque intervenant dans sa spécificité peut deviner cet appel : « Dîtes-moi que je suis au delà de mon délit ou de mon crime, que je suis encore un homme avec une intelligence, un cœur, une image indélébile de Dieu et un être de relation. »

La place de l’aumônier se situera dans la célébration eucharistique, le partage de la parole de Dieu (cercle biblique), les entretiens individuels.

 

Célébration de laé messe, maison d'arrêt  Dijon Célébration de laé messe, maison d'arrêt Dijon  Le centre de détention est le lieu où est purgée la peine quand celle ci prévoit l’incarcération. Il y a davantage d’activités, de possibilité de sortir de la cellule. Il n’y a plus d’attente et c’est la grande question que ces années à « tirer » 5, 10, 20, 30 ans. En attendant quoi ? Serai-je encore un homme, une femme, en sortant ? Pour qui ? Pour quoi ? … et pendant tout ce temps.. ? » . Chaque jour est un combat contre des ennemis redoutables et insidieux que sont entre autres l’infantilisation, la déresponsabilisation, la haine de soi et du monde entier. Importance des fenêtres ouvertes, l’enseignement et l’apprentissage, la lecture et l’écriture, les visites et la correspondance, l’aumônerie, avec cette découverte qu’au sein de ces déserts humains puissent surgir des oasis, un nouveau sens à la vie, une transformation de l’être. Nous sommes envoyés en ces lieux d’exclusion par l’église, pour que résonne en chacun la Bonne nouvelle : Dieu a créé l’homme bon, à son image et ressemblance. Cette ressemblance que nous avons perdue quand le mal a cheminé en nous, trouvant prise souvent dans une enfance dévastée et sans repères, sans ce sentiment fondateur d’être aimé et d’être aimable.

 

Mais demeure en nous l’image indélébile d’un dieu bon, créateur qui nous aime inconditionnellement. En la paume de sa main est gravé notre nom.

Il a envoyé Jésus son Fils pour que soit restaurée la ressemblance perdue, cette restauration qui s’opère et nous relève au sein même de nos enfers, par son esprit et par l’amour dont font preuve ses disciples envers tout homme à commencer par les pauvres et les exclus. Quelle étonnante découverte après quelques années de nous y découvrir nous mêmes évangélisés, de découvrir en certains des maîtres en humilité, en foi, en prière.

De découvrir que nous sommes de la même pâte, également pécheurs, également sauvés, également appelés à témoigner de la grâce du Seigneur. La prison surtout pour les très longues peines produit ou des fous ou des saints, les deux parfois « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour la confusion des sages », I Cor 1, 27.

 

Proches en prison Proches en prison  Cette découverte à l’aumônerie que nous sommes de la même humanité, que nous avons besoin les uns des autres est une grâce profonde. J’aime les détenus me demander « Et toi, Pierre, comment vas-tu ? »

Pour autant nous ne sommes pas des spécialistes de milieux difficiles, envoyés en mission dans des terres ingrates. Nous sommes de la même église du Christ, qu’elle soit hors ou dedans les barreaux. Et cela doit nous rendre tous responsables de ceux qui sont derrière ces barreaux. Comment ? Par l’information sur l’univers carcéral, par la présence auprès des familles, par l’aide à la réinsertion et pourquoi pas en devenant visiteur bénévole ou membre de l’aumônerie. Et ainsi pourrons-nous entendre auprès d’eux « Le Royaume de Dieu n’est pas loin de toi ».

 

Témoignage de Pierre Guisnet

Aumônier à la maison d’arrêt d’Arras et au centre pénitencier de Vendin le Vieil.

Article publié par Emile Hennart - Maison d'Evangile • Publié • 3749 visites

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