Moutons d’avril !

Clémence et Benjamin - Arras, église Saint Jean-Baptiste

Je ne sais pas si vous aimez les animaux, mais puisque nous sommes le premier avril, et th7B03VJZB th7B03VJZB  puisque vous avez de l’humour, je vais vous parler de... Moutons ! Ou plutôt, de berger. Avant tout, il faut expliquer à cette assemblée que, au cours de votre préparation au mariage, vous avez pris le temps de lire l’ensemble  l’Evangile selon Saint Jean. Et c’est à partir de cette lecture que vous avez choisi ce passage. Cet extrait d’évangile est assez inhabituel pour un mariage. Mais ce choix se comprend tout à fait quand vous affirmez que « Dans le mariage, nous devenons le berger l’un de l’autre ».

 

Regardons Jésus. Il déclare être « le bon berger » (Jn 10, 11). Il dit connaître chacune de ses brebis. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, quand je vois un troupeau, je suis incapable de dire le nom de chacun des moutons. Ils se ressemblent tous. Il faut être le berger pour nommer chacune des brebis. Lui les reconnaît au premier coup d’œil. Il sait leur caractère, leurs faiblesses, l’état de leur santé. Il en est de même avec Jésus. Jésus connaît parfaitement le cœur des gens. Il est le seul à les connaître aussi profondément. Il connaît les personnes mieux qu’elles ne se connaissent elles-mêmes. Pierre se croit invincible, et Jésus lui révèle qu’il sera faible, qu’il le reniera. De même, il sait ce qu’il y a dans le cœur de cette pauvre veuve qui met ses deux dernières piécettes dans le tronc du Temple.

 

Jésus a un regard clairvoyant sur les gens. Et à chacun il propose un chemin. A l’homme riche qui lui demande ce qu’il faut faire pour avoir la vie éternelle, il demande l’exigence et la radicalité : « Une seule chose te manque ; va ; ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi. » (Mc 10, 21) Jésus l’invite à la dépossession. Il l’invite à la liberté. Pas seulement matérielle. La liberté spirituelle aussi. Certes sa vie est encombrée de richesses, mais plus que l’argent, c’est son érudition qui l’empêche d’avancer. C’est ce qu’il croit savoir de Dieu qui devient un frein pour lui. Pour suivre Jésus, il faut s’appauvrir. Accepter de ne pas avoir, de pas savoir. Jésus propose une aventure qui va de dépossession en dépossession. Il invite à donner, mais plus encore, à se donner.

 

En marchant avec Jésus, les disciples vont découvrir un homme humble et généreux. Jamais Jésus n’essaie de tirer profit des prodiges dont il est l’auteur. Toujours, il parle de son Père. Et quand il donne, il donne sans compter. A Cana, le vin nouveau déborde des jarres. Il coule à profusion. (Jn 2, 7b) Car Jésus dépasse les besoins des personnes. Il donne plus que nécessaire. Il comble au-delà des attentes. C’est ainsi qu’il prend soin des siens. Il réconforte. Il est lui-même le bon Samaritain qu’il met en scène dans la parabole (Lc 10, 30-35). Jésus prend soin de l’homme blessé. Il panse ses plaies. Il le nourrit. Il lui redonne des forces. Comme le fait un berger pour ses agneaux blessés.

 

Jésus pardonne car il aime infiniment, jusqu’à l’extrême. « Jésus, sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême. Au cours d’un repas, alors que le diable avait jeté au cœur de Judas Iscacriote, fils de Simon, la pensée de le livrer, sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu, Jésus se lève de table, dépose son manteau et prend un linge dont il se ceint. Il verse ensuite de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. » (Jn 13, 1b-5) Jésus aime en servant ceux qu’il aime.

 

Et il leur donne sa vie. « Personne ne m’enlève ma vie, je m’en dessaisis moi-même. » (Jn 10, 18a) déclare-t-il. Il ne la donne pas uniquement pour les amis qui l’apprécient. Il la donne aussi pour celles et ceux qui l’injurient, qui le torturent et le tuent. Il donne sa vie pour ses amis et pour ses ennemis, parce qu’il veut que tous soient sauvés de la mesquinerie, de la violence, de l’orgueil, de toutes les formes que peut prendre le mal. Jésus donne sa vie pour toutes les brebis que son Père lui a confiées. Pour tous les hommes et pour toutes les femmes de tous les temps. Jésus porte sur ses épaules l’infini des erreurs, des failles, des perversions des hommes, toutes les blessures des cœurs, toutes les fêlures des âmes, toutes les traces de tous les péchés. Il porte tout. Et lui seul peut le faire, parce que lui seul est le Fils de Dieu. S’il n’était pas Dieu, cela lui serait impossible.

 

Jésus se charge de nos fautes, et dans l’offrande d’amour qu’il fait pour l’humanité, il convertit le mal. Il sauve parce qu’il pose l’amour devant la haine. Il répond au mal par la bonté. Jésus sauve parce qu’il donne la miséricorde du Père à chacun. La miséricorde, c’est-à-dire la bonté extrême. « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 17) Ou encore, comme nous venons de l’entendre dans ce passage d’évangile : « Moi, dit Jésus, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. » (Jn 10,10b) Voilà ce que fait Jésus, qui dit être le bon berger.

 

Clémence et Benjamin, vous avez choisi ce passage d’évangile parce que vous voulez suivre l’exemple du Christ. Vous voulez devenir, jour après jour, le berger de l’autre. Vous voulez vous mener mutuellement, vers les prés d’herbe verte. Là où il fait bon vivre. Cela ne veut pas dire vers les lieux sécurisés. Certes il y a des clôtures qui mettent à l’abri du loup. La fidélité, le dialogue, le pardon, la confiance, forment cette clôture qui vous permettra la sérénité. Mais il n’y a pas d’herbes fraîches dans la routine et le chacun pour soi. Si vous avez choisi l’évangile du bon berger, ce n’est pas pour devenir des moutons qui suivraient l’opinion générale sans discernement, des personnes qui se laisseraient formater par des avis plus ou moins fondés (plutôt moins que plus !), et qui souvent permettent à une société de se trouver un bouc-émissaire. (Je vous avais dit qu’en ce premier avril, je vous parlerai de moutons !). Vous chercherez toujours la vérité sur les évènements et sur les personnes. La vérité entre vous. Il n’y a pas d’amour sans vérité. Il n’y a pas de mariage sans l’exigence de la vérité. C’est un long travail de dépossession. Car la vérité est toujours plus grande que ce que l’on pense savoir de soi, de l’autre, de Dieu, du monde. Votre compagnon, votre berger, vous aidera à marcher vers les endroits scabreux, non sécurisés, les escarpements, les falaises de la liberté acquise par la recherche d’une plus grande vérité sur la vie.

 

Et demain, quand vous serez les bergers de vos enfants, ensemble, vous les emmènerez vers des espaces de vie joyeuse. Vous leur demanderez d’être courageux. De ne pas abandonner dans les montées pénibles de la sainteté. Ce chemin est rude. Mais vous en savez l’enjeu : le vrai bonheur. Non pas le bonheur matériel, le bonheur d’un jeune homme riche qui a tout, et qui fait un caprice pour avoir, en plus, la vie éternelle, mais le bonheur de la simplicité. Comme vous le dites vous-mêmes, le bonheur des : ‘mardis classiques du mois de mars.’ Ce que vous dites des mardis du mois de mars, on le comprend, s’applique aussi à tous les autres mois de l’année, à commencer par ce mois d’avril. Vous souhaitez ‘un bonheur qui ne soit pas parasité par des soucis extérieurs qui n’en valent pas la peine !’ Vous apprendrez donc à vos enfants à se satisfaire du pain quotidien, du juste nécessaire. Afin qu’ils goûtent pleinement la saveur de la vie, telle que vos propres parents vous l’ont fait découvrir.

 

Et puis, ensemble toujours, en famille, chacun selon ses talents, vous servirez le monde auquel Dieu ne cessera pas de vous envoyer. De par vos métiers, vos passions, vos talents, vous aiderez les personnes à trouver un peu plus de paix. Vous les aiderez à sortir de la peur et de la misère. De la misère de la peur. Vous les mettrez en confiance. Sans condescendance, vous montrerez combien le bonheur est à portée de main. Et quand il ne sera pas possible de le dire, ou de le montrer, parce que la misère est trop grande, vous vous ferez davantage serviteurs. Comme le Christ, comme le berger-Christ, vous vous déposséderez davantage. Vous vous agenouillerez devant les brebis blessées et vous leur laverez les pieds. Vous les soignerez avec une infinie tendresse afin qu’elles n’aient plus peur d’être emportées sur vos frêles épaules d’hommes et de femmes pêcheurs, vous-mêmes sauvés par Jésus-berger.

 

Benjamin et Clémence, en choisissant l’évangile du bon berger pour votre mariage, vous vous engagez à prendre soin du troupeau que Dieu vous confiera. Priez-le souvent pour qu’il vous inspire dans vos décisions. Pour qu'il mette dans votre bouche, la parole qui sauve ; dans vos mains, la chaleur de l’accueil ; dans votre cœur, la force de la tendresse. Priez-le et communiez à sa vie. Nourrissez-vous de l’eau fraîche de ses sacrements et de la beauté de sa Parole. Et n’hésitez surtout pas à trouver refuge auprès de l’Eglise en participant à une équipe de foyers. Faites confiance à l’Eglise et à ses pasteurs. Priez pour eux. Priez pour qu’il y ait des pasteurs pour l’Eglise de demain, et pourquoi pas au sein même de votre propre famille.

 

Je vais m’arrêter là car je vous avais promis que je ne serais pas trop long... Si la promesse que vous allez échanger dans quelques instants n’est certainement pas une blague, qu’elle se réalisera tous les jours et tous les mois de votre vie, je m’aperçois que ma promesse, elle, n’était qu’un piètre mouton d’avril !

 

Abbé Xavier

 

 

 

 

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