Non plus serviteurs, mais amis.

6ème dimanche de Pâques

Actes 10 25-48 (conversion de Corneille) 1 Jean 4, 7-10 , L’amour de Dieu pour nous ;  Jean 15, 9-17, aimer comme Jésus a aimé.

 

Le texte de l’Evangile de ce jour fait suite à la parable de la vigne lue la semaine dernière. Cet évangile en est le prolongement au sens où c’est une méditation de notre relation à Christ et aux autres, à l’image de la présentation que Jésus a faite de sa relation à nous et à son Père. Ce faisant, le Christ initie un nouveau modèle de relations entre lui et ceux qu’il a appelés à son service : “je ne vous appelle plus serviteurs mais amis”: c'est un autre modèle de religion qu'il propose. Il n'est pas sûr que tout le monde accepte ce noouveau modèle.

 

Nous pouvons constater qu’une certaine ecclésiologie actuelle aurait tendance à remettre en avant les valeurs de l’ancienne Eglise très hiérarchisée et très portée sur l’application -ou non application- des commandements, à l’image de ce qu’était devenue la religion juive au temps de Christ par rapport à l’enseignement des prophètes… Aussi est-il utile de méditer ces paroles du Christ : “je ne vous appelle plus serviteurs mais amis”.

 

Le prophète Jérémie signifiait ce changement de relation avec Dieu, où le peuple de Dieu n’était plus l’esclave de Dieu et de sa Loi extérieure : “Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l'écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple” (Jr 31, 33). Lui et les autres prophètes ont-ils été suivis? Après les prophètes, au retour de l’Exil, ce sont les hommes du sacerdoce qui ont recréé la Loi, une loi qui rend esclave, ce que le Christ a contesté !

 

L’ensemble de l’enseignement de Jésus porte sur la transformation de notre relation à Dieu. Matthieu 5-7 le faisait comprendre ; la parabole de bon samaritain le confirme : non pas ce que j’ai fait… (selon la loi), mais “de qui me suis-je rendu proche ?”. Le chrétien n’est pas d’abord celui qui a accompli toutes les œuvres prescrites par la loi, mais celui qui s’est rendu proche de l’autre dans le besoin, dans l’attente… ainsi les bénis du Père, selon Matthieu 25, ainsi les disciples du Christ désormais appelés amis parce qu’ils comprennent l’attente de Jésus leur ami. Ainsi chacun de nous est appelé par le baptême à vivre cette relation nouvelle, appelés à la liberté comme l’écrit l’apôtre Paul

 

L’épisode des Actes des apôtres rapporte une partie de la conversion et du baptême du centurion et de sa famille à Césarée… C’est en écho à cet évènement que Pierre interviendra lors de la discussion à l’assemblée de Jérusalem (Actes 15)  sur l’attitude d’ouverture demandée par Paul à l’égard des nouveaux convertis venus du paganisme. Cette liberté d’esprit en Christ sera une conviction permanente de Paul quand il écrit aux différentes communautés chrétiennes, en particulier Romains, Corinthiens, Galates. Ainsi écrit-il en Galates : “des faux frères se sont glissés pour espionner la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire en servitude !”. N’y aurait-il pas aujourd’hui de faux frères qui veulent réduire le peuple de Dieu (excepté les ministres ordonnés) en esclavage ?

 

Quand l’apôtre Jean doit préciser que c’est Dieu qui nous a aimés le premier, il est sans doute en train de ferrailler contre ceux qui cherchent à placer en premier lieu les œuvres humaines, avant l’amour de Dieu qui nous a libérés. Il y a donc dans ces lectures d’aujourd’hui, en apparence très simples, bien des questionnements sur la manière dont nous nous sentons proches de Dieu : c’est lui qui fait de nous ses enfants… cohéritiers avec le Christ.

 

Dans les lectures de ce dimanche, l’insistance sur la force d’aimer est une évidence qui surpasse de beaucoup l’insistance sur l’obéissance. Les deux ne sont pas à opposer, mais il serait regrettable que notre éducation fasse oublier l’enseignement du Christ. Abbé Emile Hennart

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