Lâcher-prise

la difficulté de s'embarquer ou de se laisser rejoindre

livre offrande livre offrande  

 

"Au petit matin un bruissement a dit que nous allions nous embarquer, toi seulement et moi, et qu'aucune âme au monde jamais ne saurait rien de notre pèlerinage sans fin ni but"

 

Il s'agit là d'un des fameux poèmes (le 42) de l'Offrande Lyrique de Tagore.

 

Je lis ce livre tellement souvent depuis plus de 40 ans que la reliure est toute déchirée, toutes les pages sont détachées, prêtes à s'envoler "là où l'esprtit est sans crainte,... là où la connaissance est libre" (35)

 

 

Petit-homme Petit-homme  Souvent je me dis : "qu'est-ce qui m'empêche, là, maintenant, de me libérer de mes entraves ? De m'embarquer avec celui qui déclare 9 fois "heureux êtes-vous..." ? [Matthieu 5, v.3-11]

En fait rien, ni personne. Aucun obstacle. Sauf peut-être moi-même. Personne n'est là, personne ne me demande rien - et pourtant je ne veux pas prier. Pourtant quelquefois il suffit d'un éclair, d'un seul instant, et tout peut basculer. Je peux devenir un autre que moi-même - puisque rien ni personne ne s'y oppose. Devenir sans pensée venant de moi, tout occupé à goûter le plaisir d'être dans les bras de Dieu. Peu importe qui il est, de toute façon je n'en saurai jamais rien. Et aucune âme au monde n'en saura jamais rien.

 

Tagore poursuit : "Que reste-t-il à faire ici ? N'est-il pas temps de lever l'ancre ? Que notre barque avec la dernière lueur du couchant s'évanouisse enfin dans la nuit"

 

C'est à chaque instant que cette aventure nous est proposée. C'est une invitation à nous libérer de nos angoisses, à nous enfoncer dans la nuit, là où plus rien n'est visible. Il n'y a plus d'obstacle à franchir, de toute façon. Plus aucun danger. Donc la vision, comme la raison, deviennent inutiles.

papillon papillon  

Plus je vis cette expérience qui m'est offerte, et plus j'arrive à me défaire rapidement des pensées inutiles, ou dangereuses : ainsi lorsque je suis tenté de juger les autres, ou de les jalouser ; lorque me reviennent en mémoire des conflits depuis longtemps terminés, des moments de grande dépression, où j'ai été humilié. Ou quand j'ai peur d'une rencontre (alors qu'elle n'a même pas encore eu lieu). Quand je n'ose pas m'engager, par crainte des réactions des autres, ou de n'être pas à la hauteur.

 

Très souvent dans la vie, il nous arrive ainsi d'ête troublés, alors qu'il n'y a aucune raison, si l'on réfléchit bien. Et surtout si l'on ne réfléchit pas. Si l'on se laisse enmener dans cette grande aventure sans objet, dans le silence et l'obscurité.

 

"Désormais c'est moi qui t'ouvrirai la voie, et je te montrerai des trésors secrets, des richesses cachées (...) Je fais le bonheur, et aussi le malheur. C'est moi, Yavé, qui fais tout cela "

[Isaïe 45,v. 2-3, et 7]

 

homme sur la colline homme sur la colline  

 

Jérôme van Langermeersch