A propos des conseils pastoraux.

Consultatifs, délibératifs, au service de la mission ?

Jean Rigal, théologien 

 

On a multiplié les conseils pastoraux au lendemain du concile Vatican II, et il est peu de chrétiens, laïcs ou ministres ordonnés, qui s'en plaindraient. Ils représentent une pratique particulièrement positive de la synodalité dans notre Église. Malheureusement, on assiste aujourd'hui à des tentatives de cléricalisation souterraines, aussi bien par rapport à leur objectif qu'à leur fonctionnement. On insiste, ici ou là, de manière obsédante, sur le fait qu'ils ont une voix seulement consultative, et on affecte de les définir comme les conseils de l'évêque ou du prêtre. 

 

Il est probable que ces accentuations récurrentes répondent à deux préoccupations: clarifier les données canoniques de nos pratiques pastorales, et mettre en relief l'identité propre des ministres ordonnés dans l'exercice concret de la synodalité. L'intention est sûrement louable, mais à une condition: que ces insistances ne se traduisent pas par une attitude restrictive à l'égard du Peuple de Dieu et de ses légitimes prérogatives en matière de coresponsabilité ecclésiale. Or, c'est ce qui arrive actuellement en certaines circonstances.

 

D'abord, le terme «consultatif», quelle que soit sa légitimité canonique, n'est pas sans ambiguïté. Au pire, il peut signifier que l’ président (évêque ou prêtre, en l'occurrence) est totalement affranchi des propositions du conseil, et que les chrétiens qui l'assistent sont quasiment préposés à entériner des décisions déjà prises. On oublie, dans ce cas, que tous les membres du conseil participent pour leur part à l'élaboration des décisions. Autrement dit, la consultation, surtout si un point de vue largement majoritaire s'exprime, ne peut pas et ne doit pas rester sans influence sur ceux qui ont  la responsabilité de prendre les décisions ultimes. 

 

Cela n'exclut pas, d'ailleurs, l'exercice d'un pouvoir délibératif sur certains points particuliers si le président en est d'accord, comme le précise Jean-Paul II à propos des conseils pastoraux diocésains (1). Ces questions de pouvoir, forcément présentes dans tous les lieux de débat (il est préférable d'en avoir conscience), n'ont de chance d'être résolues au mieux que si l'esprit qui anime le conseil est inspiré par le service de l'Évangile et la responsabilité de tous dans la mission. 

 

Un autre point demande à être clarifié. Déclarer - comme le font certains documents - que le conseil pastoral est conseil de l'évêque ou du prêtre ne manque pas, non plus d'ambiguïté. En effet, on risque de s'en tenir à la personne même - de l'évêque, du doyen ou du curé -, alors qu'il s'agit plus précisément de la fonction ministérielle de ces responsables de communautés. Cela veut dire que leur ministère ne peut être pleinement exercé sans le concours de ces conseils. Cela veut dire aussi que la finalité des conseils est missionnaire et déborde, de toutes parts, les membres qui les composent. Paul VI a indiqué clairement que le conseil pastoral diocésain a pour objectif de faire « que la vie et l'activité du Peuple de Dieu soient plus conformes à l'Évangile» (2). Tout conseil pastoral représente, en quelque sorte, la communauté elle-même, comme le précise un document déjà ancien de la Congrégation romaine du clergé (3). 

 

Or, cet élément communautaire est parfois oublié ou du moins sous estimé. On s'éloigne alors inexorablement de l'ecclésiologie de Vatican II. «Avec l'aide de l'expérience des laïcs, déclare le Concile, les pasteurs sont mis en état de juger plus distinctement et plus exactement en matière spirituelle aussi bien que temporelle, et c'est toute l'Église qui pourra ainsi, renforcée par tous ses membres, remplir plus efficacement sa mission dans le monde» (Lumen gentium, n. 37). 

 

Entre le conseil pastoral et son président existe une incontournable réciprocité. Leur dépendance mutuelle symbolise leur commune dépendance à l'égard du Christ et de la mission de l'Église.

 

Enfin, le conseil pastoral et celui qui le préside se voudront attentifs à ceux qui n'en font pas partie: les membres de la communauté catholique, les autres chrétiens et, plus largement, les femmes et les hommes, croyants ou non, qui constituent la communauté humaine dans laquelle ils se situent. Écoute, dialogue, consultation, information, présence à la vie collective, action commune sont autant de moyens de rejoindre cet objectif. La fécondité d'un conseil pastoral est largement liée à sa dimension communautaire et missionnaire. 

 

(1) Exhortation apostolique «-Les Fidèles laïcs du Christ», n. 25. 
(2) Motu proprio «Ecclesiae sanctae»(15 août 1966). 
(3) Lettre Omnes Christi fideles (DC du 9 septembre 1971). 

 

Texte paru  dans La Croix, 2 septembre 03

 

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