Dimanche 20 août : 20ème dimanche ordinaire

Proverbes 9, 1-6; Ephésiens 5, 15-20; Jean 6, 51-58

 

L'évangile de ce dimanche est la suite et la fin du  "discours sur le pain de vie" rédigé par Jean.

autel autel  Cela commence par un quiproquo, un malentendu comme en bien d'autres endroits du 4ème évangile (Le Temple et le corps de Jésus, ch. 2,20; naître et naitre d'en-haut, ch.3,4; la demande à boire auprès de la samaritaine, ch.4, 9; ou la nourriture proposée et l'autre nourriture, ch. 4,39). Il y a chez Jean comme un malin plaisir à brouiller les pistes, à jouer sur le double-sens... bref, à faire réfléchir! A nous d'accepter d'être dérouté. Une clé de lecture est de constater que la question posée est "comment...?" comme Nicodème demandait "comment est-ce possible?" et Jésus ne répond pas, il confirme son affirmation, insiste et affirme qu'on ne peut recevoir la Vie, celle qui vient de Dieu qu'à condition de le recevoir, Lui, Jésus. Cela les chefs religieux et même le peuple juif le refusera. Quelques individus accepteront de le suivre (plus ou moins). Ils deviendront par la suite les témoins du ressuscité et vivront eux-mêmes en ressuscités au milieu d'un monde qui court à sa perte. Ils ne quitteront pas le monde pour vivre en séparés, mais demeureront au milieu du monde pour devenir, à la suite de Jésus, Lumière sur la route des hommes. A nous il appartient de continuer. 

 L'insistance de ce texte sur la chair et le sang peut étonner et surprendre. Le mot chair n'a pas la même signification selon les cultures. Ainsi par chair, la culture biblique entend l'humain "tout entier". Il faudrait traduire "corps et âme" en culture occidentale. La philosophie occidentale (issue d'Aristote), la théologie thomiste et ses héritiers ont dissocié la chair (le corps), de l'âme (l'esprit). , Nous ne pouvons pas ignorer que Saint Jean est obligé de combattre certaines déviations chrétiennes en fin de premier siècle, où des chrétiens affirmaient que c'était le "connaissance" (la gnose, la dimension intellectuelle) qui accordait le salut. Cette déviation a pu entrainer la dureté de ce texte, son intransigeance. Pour Jean et les premières communautés, c'est la participation pleine et entière à la vie de Jésus qui s'est fait pleinement homme au milieu de nous. D'où cette insistance "boire le sang, manger la chair..." qui ne peut que rebuter les modernes. 

La spiritualité chrétienne est une spiritualité incarnée. La chair et le sang expriment l'intégralité de l'homme. Dissocier l'un de l'autre entraine la mort. L'insistance pour "assimiler en soi-même" le Christ invite à se rappeler une page d'Ezéchiel (ch.2) où le prophète est invité à manger, dans sa matérialité, le rouleau contenant le texte de l'Ecriture qu'il doit annoncer à tous: l'assimiler, se nourrir de la Parole, pour la redonner ensuite à la multitude. Les chrétiens n'ont ils pas aujourd'hui encore à se nourrir de la Parole de Jésus, à vivre de sa vie afin de pouvoir être levain dans la pâte? L'Eucharistie du dimanche est tout à la fois la table de la Parole et la table du Corps du Christ offertes pour que le monde ait la Vie.

Des théologiens emploient une autre expression: faire habiter Dieu en nous. Sœur Elisabeth de la  Trinité parle "d'inhabitation divine". langage lui aussi compliqué pour exprimer que Dieu vient habiter en nous, établir sa demeure chez ceux qui accueillent sa Parole. (cf. Jean 14, 23, ou encore ch.1 "il est venu chez les siens...")

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