Rentrée 2006 au CIPAC

Du nouveau dans la formation du Cipac

 

 Juin 2006, Philippe Barras (a gauche) succède au père Maxime Leroy Passage de temoin  
Juin 2006, Philippe Barras (a gauche) succède au père Maxime Leroy
Juin 2006, Philippe Barras (a gauche) succède au père Maxime Leroy

 

Avec la rentrée de Septembre 2006, la formation CIPAC se voit profondément renouvelée. La petite révolution qui s’y fait jour n’est pas l’effet d’un coup de tête ni d’un coup de coeur, elle s’est préparée de longue date. Elle est le fruit d’un long travail d’analyse et de discernement des « signes des temps » dans la société actuelle et dans nos Églises diocésaines en vue de servir au mieux la formation des animateurs laïcs en pastorale sur nos trois diocèses. Depuis une quinzaine d’année les repères habituels de la mission et de la formation ont été passablement chahutés. Au fil des années, nous avons tenté de parer au mieux aux exigences nouvelles en ajoutant ou en modifiant modules et sessions. Il était temps de faire une analyse plus globale de la situation et d’inscrire nos recherches dans une nouvelle cohérence. C’est à présent chose faite… à mettre désormais au banc d’essai, car plus rien aujourd’hui ne peut se targuer d’être définitif, même les meilleures choses !

 

La prise en compte du changement de paysage.

 

Trois raisons principales nous ont amenés à repenser entièrement la formation CIPAC.

 

La première tient au changement considérable du « profil » des personnes envoyées en formation. Nous sommes sortis de la période où la composition du groupe des personnes en formation était très homogène du point de vue des itinéraires, des origines et des appartenances. Désormais nous nous trouvons devant une grande variété de profils : différences d’origines (sociales et culturelles), différences d’itinéraires (certains vivent une expérience chrétienne structurée de longe date, d’autres sont des néophytes ou des recommençants), diversité des itinéraires dans la vie adulte (certains exercent des responsabilités importants dans la société et/ou dans l’Église, d’autres - très « jeunes » - découvrent « l’engagement » à partir d’approches très ponctuelles). Différences, enfin, au niveau des compétences acquises dans des formations universitaires, professionnelles, éducatives ou associatives. Il fallait trouver les chemins d’une possible action de formation commune à toutes ces différences.

 

La seconde raison tient à la nature de la nouvelle convention signée entre la faculté de théologie de Lille (par le biais de l’ITPR) et le CIPAC. Cette nouvelle convention, signée en 2004, prévoit un parcours universitaire de formation à l’animation pastorale. Cette convention, parce qu’elle précise davantage la spécificité de chacun de nos deux instituts de formation laissait le champ libre au CIPAC pour accentuer sa démarche propre dans le sens d’une formation plus proprement pastorale.

 

La troisième raison tient à la volonté de mieux prendre en compte l’expérience pastorale et les formations professionnelles et théologiques acquises ailleurs par les candidats, et de rechercher une meilleure complémentarité avec les instances diocésaines de formation (cf. l’ADF dans le diocèse d’Arras, le SIFAS dans le diocèse de Lille, les « Jeudis de Raismes » dans le diocèse de Cambrai, l’Iifac…). Ainsi, pour chaque personne envoyée au CIPAC est proposé un parcours personnalisé tenant compte au mieux des formations et des expériences antérieures.

 

Une formation mieux déployée dans le temps.

 

La formation CIPAC se déploie désormais en trois étapes successives et complémentaires. Chacune de ces étapes correspond à l’acquisition d’une compétence spécifique qui a sa consistance en elle-même et peut être reconnue comme telle.

 

La première étape est celle de la formation initiale qui vise la structuration de la personne croyante… tant dans sa vie humaine sociale que dans sa participation active comme baptisé à la mission de l’Église. Cette étape initiale peut aussi se faire dans d’autres lieux de formation, car elle n’est pas spécifique à la formation des animateurs en pastorale même si elle bénéficie, au CIPAC, d’une pédagogie propre. Cette étape comporte essentiellement un cours interdisciplinaire (Bible, théologie, sciences humaines, pratiques ecclésiales) et deux modules de relecture : le cours Paroles des hommes et parole de Dieu veut honorer la primauté de la parole comme lieu d’humanisation et d’évangélisation en privilégiant la pratique du récit ; ce cours s’articule aux deux modules Découverte de l’initiation chrétienne (relecture de leur propre itinéraire de croyant) et À la rencontre de nos Église locale (découverte de l’extrême richesse et diversité des communautés chrétiennes de nos diocèses).

 

La seconde étape déploie formation pastorale proprement dite. Elle peut s’étaler sur deux ans à raison de deux jours par semaine, ou plus, selon la disponibilité des personnes. Celles-ci ont la possibilité d’y acquérir les connaissances et les savoir-faire nécessaires à l’exercice d’une activité pastorale. Bible, théologie pratique (vivre, croire, célébrer) et sciences humaines jalonnent la formation toujours en articulation avec l’expérience personnelle et pastorale. Cette seconde étape est aussi le lieu privilégié de l’apprentissage de la relecture pastorale. Une très grande diversité de modules de relecture pastorale est proposée, chacun d’eux prend en compte la spécificité des missions pour lesquelles les personnes sont appelées dans une ouverture plus large à l’ensemble de la mission de l’Église : catéchèse des enfants et des jeunes ; aumôneries scolaires, hospitalières ou en milieu carcéral ; service des mouvements apostoliques, de la pastorale en quartiers populaires, de la pastorale des jeunes, de la santé ou des migrants, de la pastorale sacramentelle, de la pastorale biblique ou de l’apostolat des laïcs… Toutes ces missions, trouvent au CIPAC un lieu de relecture et de créativité pastorale. Le décloisonnement est favorisé par l’articulation de tous ces modules autour de deux pôles, offerts comme proposition de « tronc commun » : le pôle Responsabilité catéchétique de toute l’Église (entendue dans le sens des orientations nationales comme concernant tous les âges de la vie et tous les lieux d’Église) et le pôle Adultes dans la foi (privilégiant la démarche particulière d’une responsabilité catéchétique envers les adultes que nous rencontrons et accompagnons).

 

Tout au long de la formation - et cela dès la première année – la personne est appelée, avec l’aide des animateurs du CIPAC et des instances locales qui l’envoient, à opérer un travail de discernement sur son propre cheminement. Au terme de la seconde étape, elle peut à ce titre, bénéficier d’un certificat d’animation pastorale.

La troisième étape est réservée aux candidats appelés à une responsabilité pastorale large : c’est l’année de formation à la responsabilité pastorale. Cette année de formation prépare à l’habilitation à l’animation pastorale qui correspond à l’envoi spécifique de l’évêque déléguant au candidat, par lettre de mission, une part de sa responsabilité pastorale. Au cours de cette étape ce sont essentiellement les aptitudes à l’exercice de cette responsabilité et au discernement ecclésial qui sont développées.

 

Trois repères fondamentaux pour la mise en œuvre de cette formation

 

Le premier est de prendre en compte les défis posés à la foi chrétienne par les évolutions de la société : défi des exclusions et des pauvretés dans un monde ou l’argent et le marché deviennent la référence majeure. Défi du « vivre ensemble » et de l’émergence d’un individu nouveau dans nos sociétés occidentales. Défi du pluralisme et du relativisme dans lequel baignent nos contemporains. Défi du contexte pluriculturel et pluri religieux dans lequel évoluent les communautés chrétiennes. Défis posés à l’homme moderne dans son devenir personnel et collectif. Dans ce monde tel qu’il est, former des animateurs pastoraux lucides mais aussi animés d’un parti pris d’espérance pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui est une exigence majeure. Les chrétiens aujourd’hui sont instamment invités à vivre leur foi « sur le terrain de l’autre » et en vivant la grâce de l’hospitalité offerte par l’autre !

 

Le second repère consiste à favoriser l’expérience d’une « ecclésialité commune ». Il s’agit cette fois du « vivre ensemble dans l’Église ». Par l’interactivité dans les formations, par les dialogues et la confrontation, le CIPAC représente un formidable creuset d’ecclésialité commune. L’effort actuel pour décloisonner les missions tout en les respectant dans leur spécificité et leur complémentarité, intensifiera encore cette caractéristique du CIPAC. Plus que jamais, ce décloisonnement est une exigence impérieuse pour la mission.

 

Le troisième vise à préparer et servir dès aujourd’hui la responsabilité commune de tous les baptisés au service de la mission. L’appel et la formation d’animateurs pastoraux n’a de sens qu’orientés vers la responsabilité missionnaire de tous les baptisés. Il ne s’agit pas d’appeler des animateurs laïcs pour « suppléer » au manque de prêtres ou pour assurer l’encadrement le plus parfait possible d’un territoire. Il faut appeler des animateurs pastoraux d’abord pour qu’ils soient les compagnons des hommes d’aujourd’hui dans leurs recherches. Mais aussi pour mettre « tous les saints en état de vivre le ministère commun » (Eph. 4).Pour leur part, les animateurs pastoraux travailleront ainsi à l’émergence de la grande diversité de ministères dont l’Église d’aujourd’hui a besoin pour vivre son service de l’Évangile dans le monde. Formés sous le même toit et au creux d’une certain nombre de modules communs avec les séminaristes, ils esquissent déjà les traits d’une nouvelle figure des relations de tout le peuple de Dieu avec ses ministres ordonnés.

 

 

Le 4 Septembre 2006

 

 

Philippe BARRAS et Maxime LEROY

Article publié par Véronique Baudelle - Formation Permanente • Publié • 5139 visites