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Diocèse d'Arras Société Archives - société
Au Centre de Berck, on travaille toujour
le Mercredi 01 décembre 2004
Le récent débat de loi Humbert a été l'occasion d'entendre des partisans actifs de l'euthanasie. peut-être est-il utile de rappeler que de nombreux personnels soignant gèrent au quotidien le désir de vivre d'êtres que les accidents de la vie ont profondément touchés. Un texte de Louis de Courcy, paru dans la Croix début décembre 2004 mérite d'être relu. J'ai personnellement rencontré plusieurs d'entre eux. Un an après la mort provoquée de Vincent Humbert. une partie du personnel du centre où il est décédé reste traumatisée et frustrée de n'entendre qu'une version des faits 27 Septembre 2003 Berck-sur-Mer Plus d'un an après la mort de Vincent Humbert, le Centre héliomarin de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), dont on a tant parlé, reste encore traumatisé par ce drame, alors surmédiatisé. Pourtant, des voix se lèvent pour exprimer qu'ici, le long de cette immense plage, on travaille toujours pour la vie, non pour la mort. Il fallait le souligner, au moment où le docteur Frédéric Chaussoy chef du service de réanimation du centre (Pas-de-calais), sort un livre dans lequel il explique le geste qui l’a conduit à mettre un terme à la vie de ce jeune traumatisé crânien. L'occasion, pour lui, de déclarer qu’on a besoin d’un cadre qui nous permette de travailler de façon sereine sans qu’on ait des procureurs derrière les portes de nos services. Et il poursuit : -La mort fait partie de la vie. Alors on cherche toujours à la repousser. Mais elle est là. Nous sommes tous mourants. Ne nous le cachons pas." Et c'est parce qu'il l'a proclamé publiquement, que son acte l'a conduit à une mise en examen pour empoisonnement avec préméditation. Placés ainsi sur le devant de la scène médiatique, lui et Marie Humbert, la mère de Vincent qui a tenté de mettre fin aux jours de son fils, et dont il a prolongé le geste, sont alors devenus les héros modernes de la cause pour l'euthanasie. Ce fait divers. largement orchestré par certains médias, a incontestablement accéléré la réflexion qui a conduit à la récente discussion à l'Assemblée nationale à propos de la proposition de loi sur les droits des malades en fin de vie. Une nécessaire clarification législative entre le refus de l'euthanasie et celui de l'acharnement thérapeutique semblait en effet nécessaire. " Toutefois. l'affaire Vincent Humbert est un cas exceptionnel. Sur place, au Centre héliomarin et autour dans la cité balnéaire abandonnée à la grisaille d’automne, c'est le souvenir d'une terrible semaine de septembre 2003 que l'on retient, bien plus que tout ce qui s'est ensuivi. A travers l'histoire de Vincent, le docteur Chaussoy estime avoir fait avancer le débat sur la fin de vie en assumant son geste. Et de fait, il l’a revendiqué non sans courage. Mais au Centre hospitalier où il continue d'exercer, sa version de l'histoire est contestée. On peut y entendre bien d'autres sons de cloche, faits de tristesse, d'incompréhension, mais aussi parfois de témoignages bouleversants qui sont comme autant d'hymnes à la vie. Dans Berck aussi, où l'affaire fut péniblement ressentie, la réflexion a progressé. Peu à peu, les gens ont pris conscience que leur ville, devenue pour un temps le théâtre d'un drame privé, était aussi un lieu où l'on s'occupe des malades, où le bonheur de vivre, malgré tout, existe bel et bien. Concernée par le handicap puisque, à 73 ans, elle se trouve en fauteuil roulant, comme Vincent l'était, Sœur Claire-Agnès, religieuse dans la cité, témoigne: « En juin 2004, nous nous sommes retrouvés, avec une soixantaine de jeunes, tous handicapés, dont je m’occupe, autour du thème « j’aime la vie ». En effet, ce n’est pas parce qu’on est en fauteuil qu’on veut mourir. En parlant de Marie Humbert, que je ne juge pas (ni d’ailleurs le docteur Chaussoy) on parle bien sûr de l’amour d’une mère pour son enfant<. Mais je connais une maman dont le fils est totalement invalide. Elle veut qu’il vive, au contraire. Comme quoi il y a plusieurs façons d’aimer. Au nom de cette vie à protéger, à encourager, à aider, le docteur François Danzé, responsable du département des blessés crâniens du Centre héliomarin où Vincent avait été placé après son accident de la route en 2001 et où il est mort, déclare depuis son bureau d'où l’on voit la mer à perte de vue: "On prétend que les traumatisés crâniens dans leur majorité, veulent mourir. C’est faux ! Sans parler du code de déontologie, il est pour moi fondamental qu’un médecin qu’un médecin s’interdise de donner la mort. Je veux le rappeler avec force : les patients nous sont confiés pour qu’on les guérisse. Lorsqu’ils désirent se suicider, faut-il pour autant les aider ? Nous sommes là au contraire pour accompagner, ceux qui souffrent, pour trouver des solutions. Il faut considérer les gens tels qu’ils sont, puiser dans nos ressources, dans celles des familles, dans celles mêmes des patients. C’est un travail de très longue haleine". Alors, bien sûr, quand Vincent, -endormi. par sa mère, sera transféré au service de réanimation et que, le surlendemain, tandis que son état laissait espérer un retour à sa vie antérieure de personne handicapée, on annonce son décès (qui plus est, provoqué volontairement), ceux qui l'ont accompagné pendant des années s’effondrent. Tous nos efforts de plusieurs années se trouvaient soudain anéantis par cette espèce de feu d’artifice médiatique", poursuit le docteur Danzé. Des versions contradictoires d'une décision «collégiale» Hervé Messager, le kinésithérapeute de Vincent au Centre héliomarin., préférerait n'avoir jamais eu à se poser cette question, Il n'a pas supporté l'issue dramatique imposée à tous, et douloureusement ressentie par le personnel du département des traumatisés crâniens où le jeune homme fut accompagné durant les trois années de son séjour, Aujourd'hui, Hervé Messager n'est toujours pas remis de son émotion. Il parle abondamment de Vincent, el de sa mère, Marie, qu'il connaît bien. Et il répète à l'envi son intime conviction: "Il ne souffrait pas physiquement. Je suis formel. Ce jeune avait besoin d'être encouragé à vivre. il ne fallait surtout pas entrer dans son jeu". La jeune ergothérapeute qui l’accompagna de ses soins pense aussi que le jeune homme, même s'il disait parfois vouloir en finir, était doué pour la vie. D'ailleurs, elle en est convaincue, il n'était pas au terme du voyage quand les faits sont arrivés. Au bord des larmes à l'évvcation du drame, elle lâche simplement; « je n’ai pas apprécié tout ce battage autour de cette histoire, et qu’on prenne Vincent pour le symbole de l’euthanasie. J’ai perdu quelqu’un qui m’était cher. J’aurais tellement préféré qu’il soit toujours là… Vincent me manque.
Article mis en ligne par Gestion Technique Internet du Diocèse
Publié Lundi 25 septembre 2006
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