Amour et justice

Edito N°16 - Eglise d'Arras

« Des pauvres, vous les aurez toujours auprès de vous… mais moi, vous ne m’aurez pas toujours ». Parole de Jésus rapportée par Matthieu, Marc et Jean, cette phrase a été beaucoup commentée. Elle ne dit pas ce qu’il faut faire, ni comment se rendre proche du pauvre. Elle provoque à comprendre l’identification de Jésus avec le frère dans le dénuement.

 

Au cours des siècles, la chrétienté a valorisé la dimension caritative laissant un peu dans l’ombre les interpellations prophétiques à l’égard du roi et des notables du royaume, ainsi résumée : commencez par faire justice au cri du pauvre. Les théologies de la libération ont insisté sur les changements structurels nécessaires dans les sociétés, d’Amérique latine et d’ailleurs. Le Secours catholique qui fête ses 60 ans d’existence, a développé dans le dernier quart de siècle la notion d’action institutionnelle. L’abbé Pierre lui aussi a voulu provoquer le Législateur en faveur des pauvres du pays. Il n’est pas jusqu’à Benoit XVI qui ne reconnaisse que l’argumentation des doctrines socialistes, dès le XIX° siècle, n’avaient pas tout a fait tort dans leur recherche d’un ordre social juste. Benoit XVI invite aussi à découvrir la relation entre l’engagement nécessaire pour la justice et le service de la charité. Dans les rapports entre les peuples, il reconnaît comme signe des temps le sens croissant et inéluctable de la solidarité de tous les peuples*.

Dans les prochains mois, ces sujets seront l’objet de bien des discours et promesses. Peut-on espérer que les fruits passent la promesse des fleurs** ? Cela suppose que les chrétiens entretiennent et développent leur présence là où se joue l’organisation de la cité. Au moment où le tout laisser faire veut remplacer l’Etat de droit, il serait judicieux de se demander si la grandeur d’une société n’est pas de se soucier des derniers en son sein, et, plus encore, des exclus.

*Benoit XVI, Deus caritas est, § 26-29

** François Malherbe

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