Première homélie, premières escarmouches

4ème dimanche ordinaire

 

Jérémie, 1, 4-19 ; 1 Corinthiens, 12,31 à 13, 13 ; Luc, 4,21,30

 

C’est sans doute un choix de Luc de ramasser dans la même unité de temps et de lieu la première annonce de Jésus dans la synagogue de Nazareth et la première opposition virulente à son message. Des géographes ont vainement recherché à Nazareth le rocher escarpé où aurait eu lieu la menace d’exécution… il n’y en a pas. Cette ligne « hors de la ville, à l’escarpement de la colline » est une allusion très claire à la fin de l’évangile, où les chefs auront la peau de Jésus, hors de Jérusalem, sur la colline.

 

De fait, le message de Jésus ne laisse personne indifférent, mais surtout il dérange les bonnes consciences, les mentalités bien installées. L’opposition se noue autour de deux sujets. Le premier est « Il est des nôtres, pourquoi parlerait-il un ton plus haut ? ». Le second concerne le choix de Dieu de se tourner vers les étrangers et les démunis (Naaman d’une part, la veuve de Sarepta d’autre part). De fait on attend d’un homme religieux, d’un faiseur d’homélie qu’il marche dans les clous et ne dérange pas les bonnes consciences. Luc nous montre ainsi où peut mener la fidélité à Dieu et à ses prophètes.

 

Puisque l’actualité de ces derniers jours tourne nos regards vers l’abbé Pierre,  reconnaissons qu’il est, envers lui, deux attitudes. La première est l’écoute de son message et le sursaut des cœurs en faveur de son message. Mais quand il s’est agi de créer des lois en faveur des sans logis et des exclus (y compris les réfugiés de Sangatte) l’attitude générale a été de laisser croupir, et non de le suivre jusqu'au bout. L’hommage qui lui a été rendu à Notre-Dame par la France tout entière suppose qu’on le suive aussi dans son combat quotidien. Mais il en est beaucoup qui préfèrent l’odeur de l’encens que celle des pauvres et des étrangers. Le témoignage d’Elie, celui de l’abbé Pierre se rejoignent : l’homme de Dieu prend le chemin de l’étranger et du pauvre. C’est sur ce chemin que nous entraine Jésus, le Christ.

 

En écho à cet appel nous lisons chez l’apôtre Paul un appel pressant à ne pas se tromper : faire valoir nos compétences et hyper-compétences devant Dieu, se valoriser de nos savoir, de nos savoirs faire et de nos savoirs acquis ne suffit pas. Encore faut-il se laisser guider par la force du cœur. Comme l’écrivait saint Jean : « On reconnaitra que vous êtes mes amis à l’amour que vous avez les uns pour les autres ».

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