Proches de Dieu etes-vous...

les béatitudes de l'évangile de Luc

 

6ème dimanche ordinaire

Jérémie 17, 5-8 ; 1 Corinthiens, 12-20 ; Luc 6, 17-26

 

Dans la « lecture continue » de l'Ecriture, que nous propose la liturgie, entre le 5° dimanche ordinaire et le 6°, plusieurs textes importants de Luc ont été passés sous silence ; Il vaut la peine de relire les ch 4, 5 et 6, de Luc pour se faire une idée de la manière dont l'évangéliste introduit le « discours de béatitudes », dans la suite des évènements concernant Jésus.

 

Après la première homélie à Nazareth, puis l’appel des disciples comme pécheurs d’hommes, Luc nous signale la purification-guérison de plusieurs malades comme signe du pardon accordé par Dieu aux hommes. Il nous présente ensuite l’appel du collecteur d’impôts, puis plusieurs escarmouches entre Jésus et ses contradicteurs (questions sur le jeûne, le tissu neuf et le vieux, les épis arrachés, l’accueil bien différent fait à Jésus par les pharisiens ou par « la foule ». C’est dans la suite de ces évènements que Jésus se tourne vers ses disciples, ceux qui ont choisi de le suivre pour leur dire « Heureux vous… ». Suit une énumération souvent commentée comme « valeurs évangéliques ».

 

La première est une attitude, une situation de fait, un état. Heureux les pauvres, parce que le Royaume de Dieu est à vous ! Au 20ème siècle n’est-ce pas une utopie de parler ainsi alors partout l’on proclame que le bonheur c’est de posséder, d’avoir des milliers et des millions d’euros en poche quand on quitte son entreprise. Le proverbe a beau dire que l’argent ne fait pas le bonheur, le populaire lui répond : “oui mais il y contribue!”. Que veut bien dire l’évangéliste, reprenant la parole de Jésus ?

 

Cette parole est enracinée dans l’attitude de Dieu  rappelée tout au long de l’Ecriture : le choix préférentiel pour les pauvres… non pas que la pauvreté soit une valeur en soi, mais le regard de Dieu se porte de préférence vers les derniers de la société. C’est ceux-là qui ont le plus besoin de sa bienveillance. Et si l’on veut suivre Dieu, le Père ou le Fils, il faut vivre dans ce même Esprit : tourner son regard vers le pauvre, et lui procurer ce dont il a besoin. Suivre Jésus c’est faire sienne l’attitude de Jésus et de son Père. Cela nous renvoie à la lecture des nombreuses pages consacrées aux pauvres, dans la Loi de Moïse (en particulier Deutéronome ch. 15 ou 24), mais aussi dans certaines pages édifiantes des prophètes. Entre l’odeur de l’encens et l’odeur des pauvres, Yahvé a choisi (Isaïe 1, 10-22).

 

Ainsi le discours de Jésus reprend la grande tradition biblique qui attend des hommes qu’ils mettent en accord leur cœur et leurs actes avec le cœur et les actes de Dieu. Nous ne sommes plus dans une société qui s’intéresse à ce que Dieu pense. Nous ne sommes plus dans une société qui se soucie de la dignité des individus… mais dans ce qu’ils peuvent rapporter à quelques-uns ? Faut-il parler d’une société de vautours et de rapaces ? Qu’as-tu fait de ton frère ? demandent les évêques, Oui, mais il faudrait ajouter : qu’enseigne-tu dans tes écoles et universités ? L’abbé Pierre enterré, certains se croient libérés du cri des pauvres… Notre foi en Dieu Père nous fait dire qu’ils sont proches de Dieu (makarios en grec) ceux qui prennent souci des pauvres. Ils sont proches de Dieu, ou plutôt “Dieu se rend proche de vous”, vous qui êtes insultés quand vous préchez et faites la justice selon le coeur de Dieu. Le reste n’est-il pas dans votre Bible ? 

 

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