Post-scriptum à l'évangile de Jean

3ème dimanche de Pâques

 

 

Actes 5, 27-41 ; Apocalypse 5, 11-14 ; Jean 21 1-19

 

Le chapitre 21 de Jean que nous lisons ce dimanche est reconnu comme rédigé par un disciple de Jean. Celui qui a ajouté ces quelques lignes avait quelque chose d’important à dire, pour ajouter ainsi sa patte perso après la rédaction. Beaucoup d’interprétations ont été données pour chacune des petites phrases. On peut douter de la justesse de certaines interprétations.

 

L’auteur situe la scène en Galilée, au bord du Lac, comme lors des premières rencontres avec les futurs disciples. Ce sont Pierre, Thomas, Nathanaël, les deux fils Zébédée, et deux autres. La pêche du ch 21 n’est pas sans rappeler d’autres rencontres au bord du Lac, ou l’appel à devenir pécheurs d’hommes. Revenus bredouilles, mais relancés par Jésus ils reviennent pleins à ras-bord, mais cette fois-ci, le filet ne se rompt pas… allusion sans doute à l’Eglise de la fin du premier siècle : pêche infructueuse et pêche fructueuse, multiplicité et risques de divisions.

 

De fait, nous savons qu’après la mort des apôtres, la  barque a failli sombrer, déchirée qu’elle était par les multiples courants qui la traversaient. Les tensions entre Pierre, Paul et Jacques à Jérusalem avaient laissé des traces que Luc, dans les Actes des apôtres essaie de dépasser. On connait aussi les tiraillements avec les héritiers des courants baptistes, des esséniens avec lesquels ils étaient liés. L’étude de l’évangile de Jean laisse apparaître aussi l’émergence d’une hérésie gnostique, celle qui nie que Jésus soit vraiment homme (d’où le récit au sujet de la main dans les traces des clous, ou encore l’affirmation massive, au début de la 1ère lettre de Jean : “ce que nous avons vu, ce que nous avons touché, contemplé, ce que nos oreilles ont entendu, nous en rendons témoignage”). A ces risques d’éclatement de la première Eglise fin du 1er siècle, il faut encore ajouter les premières persécutions, accepter la mort de Pierre, puis celle de Jean, quoique tardive.

 

Aussi l’ultime rédacteur et éditeur de l’Evangile de Jean est-il amené à réconforter l’Eglise de son temps, à l’inviter à l’unité des premiers temps. Accepter que Jean, comme Pierre soient passé par la mort. Tenir fidèles dans l’appel reçu aux origines, et devenir pêcheurs d’hommes, dans la même barque et avec le filet non déchiré, c’est-à-dire tenir à l’unité à la suite du Christ.

 

“Suis-moi” s’adresse tout autant à Pierre qu’à Jean, qu’à chacun des disciples, d’hier et d’aujourd’hui. « M’aimes-tu plus que ceux-là ? » est une question qui s’adresse à Pierre, mais aussi à chacun des lecteurs : m’aimes-tu plus que tous ceux-là qui mènent la barque, chacun de son coté ? Hier comme aujourd’hui, la barque de Pierre est tiraillée. La fidélité à l’Eglise ne dépend pas de ce qu’a pu faire Pie V ou Pie X, ou Jean XXIII ou Mgr Lefebvre, Jean Paul II ou Benoît XVI. La fidélité à l’Eglise, aujourd’hui, dépend de l’amour que l’on a pour le Christ qui te dit, qui me dit : m’aimes-tu, puis « suis-moi », que t’importe le reste, « Toi, suis-moi ». Ceci ne signifie pas devenir les béni-oui-oui de la marche arrière. Comprenne qui pourra.

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