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Maison de la négritude et Droits de l'H.
Champagney en Haute-Saône



 

La maison de la négritude et des droits de l'homme est un musée qui garde les traces de ce que pouvait être la vie des esclaces et de la longue marche pour que soient reconnus leurs droits et dignité humaine.

 

Pourquoi à Champagney en Haute-Saônne?

 

On sera sans doute étonné de voir un petit village de Franche-Comté, bien loin du port de trafic négrier de Nantes, faire inscrire dans son cahier de doléance, en 1789,  le texte suivant :

 

"Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables, unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que ne le sont les bêtes de somme. Ils ne peuvent se persuader qu'on puisse faire usage des productions des dites colonies si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang de leurs semblables : ils craignent avec raison que les générations futures, plus éclairées et plus philosophes, n'accusent les français de ce siècle d'avoir été anthropophages, ce qui contraste avec le nom de français et encore plus celui de chrétien. C'est pourquoi, leur religion leur dicte de supplier très humblement Sa Majesté de concerter les moyens pour, faire des sujets utiles au royaume et à la patrie".

 

 

La raison en est simple : un enfant du pays, Jacques Antoine Priqueler, capitaine des gardes du corps du Roi Louis XVI et à ce titre fréquentait la cour milieu où circulaient les idées nouvelles,avaiit rapporté aux villageois ce qui se passait sur les navires voguant vers les Amériques. C'était peu avant 1789... Le cahier a été retrouvé en 1971. Cette découverte fut l'origine d'une association, et de la "maison de la négritude". Les amis de l'homme et des Droits de l’Homme n'hésiteront pas à visiter ce lieu. La maison se trouve en face de la mairie de Champagney, à une dizaine de kms de Belfort. 

Sans doute la civilisation, occidentale est-elle sûre d'avoir transmis ses droits de l'homme mais ne doit-elle pas aussi émettre des réserves pour ses travers et ses exactions, et ils ne sont pas des moindres. 


Champagney - Haute-Saônne
Maison de la négritude  

Champagney - Haute-Saônne

La Maison de la négritude à Champagney

Extraits de la première page du site web (rejoindre le site)

         Nouveau site mis en place en 2012 : www.maisondelanegritude.fr

En 1789, les villages et villes de France eurent à rédiger leurs cahiers de doléances pour la convocation des Etats Généraux. Or, les habitants de CHAMPAGNEY, après leurs revendications et plaintes d'ordre général, incluent dans leur cahier un article étonnant et unique en son genre (l'article 29), un texte révolutionnaire puisqu'il condamne énergiquement la traite des Noirs et réclame fermement son abolition.

Voici le texte de cet article (Document B-4213 aux archives Départementales de la Haute-Saône à Vesoul)

Ce texte d'avant garde fut vraisemblablement suggéré par un noble originaire de Champagney, Jacques Antoine Priqueler, proche de la "Société des Amis des Noirs" créée à Paris en 1788, mais aussi par l'esprit de fraternité et de respect de la dignité de son prochain, qualités inhérentes à la foi chrétienne animant alors la population pauvre de ce village des Vosges saônoises.

En 1971, un enfant du pays, René Simonin, décédé en 1980, esprit éclairé et érudit, tire de l'oubli ce texte, le fait connaître et fonde autour cet article 29 appelé "Voeu de Champagney" un mémorial, cette maison, célébrant la mémoire des signataires du Vœu, mais entretenant aussi la flamme des Droits de l'Homme par une action de sensibilisation et d'éducation.

Maison de la Négritude et des Droits de l'Homme
24 Grande Rue  -  70290 Champagney  -Tél: 03.84.23.25.45
E.Mail: negritude.cpy70@wanadoo.fr;   www.abolitions.org

 

Invitation à lire l'homélie de Mgr Aubry messe à La Réunion, évoquant l'abolition de l'esclavage


La controverse de Valladolid

Valladolid est une ville d’Espagne florissante aux XIV et XV° siècle, lieu de forte émigration vers les Amériques. Elle fut résidence favorite des rois d’Espagne au XVI° siècle. Christophe Colomb y mourut. 

 

La ville fut le théâtre d'une importante controverse philosophique et théologique en 1550. Elle portait sur le statut des Indiens d'Amérique (appartiennent-ils à l'humanité? Quel traitement leur accorder?). S'opposèrent le dominicain Bartolomé de Las Casas (défenseur des indiens) et le philosophe Sepulveda (défenseur des colons) devant l'empereur Charles Quint. Cette controverse survenait 13 ans après la condamnation de l'esclavage par le pape (bulle Veritas ipsa du 2 juin 1537). Il y affirmait  leur droit, en tant qu'êtres humains, à la liberté et à la propriété. Mais Charles-Quint, ne souhaitait pas s'en remettre à l'autorité de Rome sur un tel sujet, alors que l’Europe s'en libérait, vivant l’expansion de la Réforme protestante et donc de l'indépendance d'avec Rome. Charles Quint, avait autorisé l’esclavage en 1517; il l'avait ensuite interdit en 1526. 

 

La controverse se terminera par la victoire de Las Casas : Sepúlveda dut admettre que les Indiens ont une âme, mais cela avait une conséquence économique, et non des moindres: comment résoudre le problème de la main d’œuvre, nécessaire pour mettre en valeur les nouvelles terres. On trouva donc une solution, en faisant venir les populations  d'Afrique noire...

La controverse de Valladolid est un débat philosophique et théologique, où le religieux a pris la défense de l'homme contre le philosophe Sepúlveda. Cette pris ede conscience était consécutive aux pratiques économiques de l’époque, et des hommes religieux, catholiques, ne pouvaient laisser continuer ces pratiques. Interdits d'esclaves indiens, et donc d'exploitation d’une main d’œuvre fort rentable, les colons de l’époque se tournèrent vers d'autres main-d'œuvre aussi rentables. Ce fut le début de la traite des nègres. Le système économique continuait à fonctionner selon sa logique. 

 

Les entrepreneurs avaient solutionné leur problème, et la question restait: les noirs sont-ils des êtres humains ? Il faut attendre 1794 pour voir interdire l'esclavage... rétabli par Napoléon quelques années plus tard.  La maison de la négritude à Champagney, dessins, croquis et textes à l'appui, donne à voir ce que furent ces temps de négriers. C'est l'honneur d’un capitaine de vaisseau originaire de Champagney d’avoir écrit dans les Cahiers de doléance qui furent le déclencheur de la Révolution française, l’inadmissible entreprise contre les noirs.

Parmi les hommes et femmes d'Église il faut citer l'abbé Grégoire, sœurAnne-Marie Javouhey, qui se dressèrent contre les pratiques tolérées (entretenues) par la législation française. Il faudra attendre 1848, pour que soit à nouveau interdite, dans la législation française, la pratique de l'esclavage. 

 

Autres temps, même mœurs, car il existe bien des manières de faire travailler à bas prix des hommes, pour le plus grand intérêt des quelques-uns. Ces pages d'histoire sur les controverses sont à relire aujourd'hui, pour le poids philosophique qu'elles peuvent avoir face au poids des acteurs et penseurs en économie, pour qui rien ne compte que la hausse des actions, des bénéfices, et de  quelques rétributions disproportionnées, etc.

La controverse de Valladolid en 1992.

La controverse de Valladolid fut récemment remise en honneur à l’occasion d’un roman de Jean-Claude Carrière en 1992.et d’un film de téléfilm réalisée par Jean-Daniel Verhaeghe
Argument : Dans un couvent de Valladolid, quelque soixante ans après la découverte du Nouveau Monde, deux hommes s'affrontent : les Indiens sont-ils des hommes comme les autres ? Pour le dominicain Las Casas, ardent défenseur de la cause indienne, cela ne fait aucun doute: les Espagnols, avides de conquête, ont nié l'évidence, assujettissant et massacrant les indigènes par millions. Face à lui, le philosophe Sépulvéda affirme que certains peuples sont nés pour être dominés. Tous deux s'entendent sur un point : le nécessaire salut des âmes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Controverse_de_Valladolid

 


Bartolomé de Las Casas.

Dominicain espagnol (1470-1556), évêque de Chiapa, au Mexique. A écrit à destination de Charle-Quint une "Très brève relation de la destruction des Indes" en 1542. Sans doute l'ouvrage manque de nuance, il témoigne cependant d'un grand souci pour l'être humain

 

"Les Indes ont été découvertes en l’année 1492 ; elles furent peuplées l’année suivante de chrétiens espagnols, de sorte qu’en quarante-neuf ans de nombreux Espagnols s’y sont rendus. La première terre où ils pénétrèrent pour s’y établir est la grande et bienheureuse île Espagnole, qui a six cents lieues de pourtour. Il y a tout autour d’innombrables autres îles très grandes. Nous les avons vues et elles étaient toutes aussi peuplées et pleines de naturels, les Indiens, que n’importe quelle terre habitée du monde.

 

La Terre Ferme, dont le point le plus proche est à environ deux cent cinquante lieues de l’île, a dix mille lieues de côtes connues, et on en découvre chaque jour davantage. Toutes les terres découvertes jusqu’en 1541 sont tellement pleines de gens, comme une ruche, que l’on croirait que Dieu y a mis la plus grande quantité de tout le lignage humain.

 

Tous ces peuples universels et innombrables, de toutes sortes, Dieu les a créés extrêmement simples, sans méchanceté ni duplicité, très obéissants et très fidèles à leurs seigneurs naturels et aux chrétiens qu’ils servent ; les plus humbles, les plus patients, les plus pacifiques et tranquilles qui soient au monde ; sans rancune et sans tapage, ni violents ni querelleurs, sans rancœur, sans haine, sans désir de vengeance. Ce sont aussi des gens de conformation délicate, fluette et fragile, qui supportent difficilement les travaux et meurent très facilement de n’importe quelle maladie. Les fils de princes et de seigneurs de chez nous, élevés dans l’aisance et la vie douce, ne sont pas plus fragiles qu’eux, et même pas plus fragiles que les Indiens de familles paysannes. Ce sont aussi des gens très pauvres, qui possèdent fort peu et qui ne veulent pas posséder de biens temporels ; c’est pourquoi ils ne sont ni orgueilleux, ni ambitieux, ni cupides. Leur nourriture n’est ni plus abondante, ni meilleure, ni moins pauvre que celle des Saintes Pères dans le désert. Ils vont en général tout nus, ne couvrant que leurs parties honteuses ; ils se couvrent tout au plus d’une couverture de coton d’une aune et demie à deux aunes carrées. Leurs lits sont des nattes et, au mieux, ils dorment dans des sortes de filets suspendus qu’ils appellent hamacs dans la langue de l’île Espagnole.

 

Ils ont l’entendement clair, sain et vif. Ils sont très capables et dociles pour toute bonne doctrine, et très aptes à recevoir notre sainte foi catholique et à acquérir des mœurs vertueuses. Dieu n’a pas créé au monde de peuple où il y ait moins d’obstacles à cela.

Et dès qu’ils commencent à entendre parler des choses de la foi ils insistent tellement pour les connaître et exercer les sacrements de l’Église et le culte divin qu’en vérité les religieux doivent être dotés par Dieu d’une signalée patience pour les supporter. Finalement, j’ai entendu souvent, depuis plusieurs années, beaucoup d’Espagnols qui n’étaient pas des religieux, dire qu’ils ne pouvaient nier la bonté visible de ces gens. Ils auraient été certainement les plus heureux du monde si seulement ils avaient connu Dieu.

 

C’est chez ces tendres brebis, ainsi dotées par leur créateur de tant de qualités, que les Espagnols, dès qu’ils les ont connues, sont entrées comme des loups, des tigres et des lions très cruels affamés depuis plusieurs jours. Depuis quarante ans, et aujourd’hui encore, ils ne font que les mettre en pièces, les tuer, les inquiéter, les affliger, les tourmenter et les détruire par des cruautés étranges, nouvelles, variées, jamais vues, ni lues, ni entendues. J’en dirai quelques-unes plus loin ; elles ont été telles que sur les trois millions de naturels de l’île Espagnole que nous avons vus il n’y en a même plus deux cents aujourd’hui. [...]

 

Au cours de ces quarante ans, plus de douze millions d’âmes, hommes, femmes et enfants, sont morts injustement à cause de la tyrannie et des œuvres infernales des chrétiens. C’est un chiffre sûr et véridique. Et en réalité je crois, et je ne pense pas me tromper, qu’il y en a plus de quinze millions.

 

 

 

 

 


Ceux qui sont allés là-bas et qui se disent chrétiens ont eu principalement deux manières habituelles d’extirper et de rayer de la face de la terre ces malheureuses nations. L’une en leur faisant des guerres injustes, cruelles, sanglantes et tyranniques. L’autre, après avoir tué tous ceux qui pourraient désirer la liberté, l’espérer ou y penser, ou vouloir sortir des tourments qu’ils subissaient, comme tous les seigneurs naturels et les hommes (car dans les guerres ont ne laisse communément en vie que les jeunes et les femmes), en les opprimant dans la plus dure, la plus horrible et la plus brutale servitude à laquelle on a jamais soumis hommes ou bêtes. A ces deux formes de tyrannie infernale se réduisent, se résument et sont subordonnées toutes les autres, infiniment variées, de destruction de ces peuples.

 

Si les chrétiens ont tué et détruit tant et tant d’âmes et de telle qualité, c’est seulement dans le but d’avoir de l’or, de se gonfler de richesses en très peu de temps et de s’élever à de hautes positions disproportionnées à leur personne. A cause de leur cupidité et de leur ambition insatiables, telles qu’ils ne pouvaient y en avoir de pires au monde, et parce que ces terres étaient heureuses et riches, et ces gens si humbles, si patients et si facilement soumis, ils n’ont eu pour eux ni respect, ni considération, ni estime. (Je dis la vérité sur ce que je sais et ce que j’ai vu pendant tout ce temps.) Ils les ont traités je ne dis pas comme des bêtes (plût à Dieu qu’ils les eussent traités et considérés comme des bêtes), mais pire que des bêtes et moins que du fumier.

 

C’est ainsi qu’ils ont pris soin de leurs vies et de leurs âmes, et c’est pourquoi ces innombrables gens sont morts sans foi et sans sacrements. Or c’est une vérité notoire et vérifiées, reconnue et admise par tous, même par les tyrans et les assassins, que jamais les Indiens de toutes les Indes n’ont fait le moindre mal à des chrétiens. Ils les ont d’abord crus venus du ciel jusqu’à ce que, à plusieurs reprises, les chrétiens leur aient fait subir, à eux ou à leurs voisins, toutes sortes de maux, des vols, des meurtres, des violences et des vexations."
     Bartolomé de Las Casas. extraits de Très brève relation de la destruction des Indes.
 

 
Article mis en ligne par E.H. Communication Diocèse    Publié Mercredi 18 avril 2007     - 7097 visites
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