Prêtre ouvrier

une vocation particulière dans l'Eglise

 

André Lamiaux André Lamiaux  

 

André Lamiaux, 71 ans, a été ordonné prêtre en 1962. Il témoigne ici de sa vie de prêtre ouvrier, de son métier, de ses responsabilités syndicales et des circonstances, des motivations qui l'ont amené à faire le choix d'une vie sacerdotale immergée dans le monde du travail.

 

Commençant son ministère comme vicaire de paroisse à Liévin et aumônier de JAC et ACO en cités minières il nous dit avoir vu de très près les difficiles conditions d'hygiène et d'insécurité dans lesquelles vivaient les mineurs: "J'ai pu également apprécier leur solidarité. Mais, moi, j'apparaissais comme quelqu'un d'extérieur à leurs problèmes."

 

En 1968, lors d'une rencontre avec l'équipe des neuf prêtres de Liévin, le père évêque, Gérard Huyghe, leur demande d'associer leur équipe à la Mission de France, spécialisée dans les secteurs déchristianisés: "II nous demande aussi de nous inspirer de leur orientation pastorale, non pas simplement être proches des ouvriers mais d'être ouvriers avec les ouvriers... pour la vie".

 

En accord avec Mgr Huyghe, huit des neuf prêtres partent progressivement au travail: "Nous voulions établir des passerelles entre l'Église et la classe ouvrière et faire tomber tous les préjugés sur l'Église trop liée à la bourgeoisie et à la classe possédante. En même temps, nous voulions mettre en place l'offrande libre pour les actes du culte. Notre axe était la priorité aux incroyants, la mise en place de la JOC, l'ACO, l'ACE et l'aménagement du paroissial en fonction de ces priorités,"

 

Viré quatre fois de son entreprise

 

En mars 1969, André commence à travailler à mi-temps dans une biscuiterie-chocolaterie en gros. En 1975 on le retrouve, à Lillers, dans une entreprise où il est engagé comme ouvrier horticole. Il en sera viré quatre fois et trois fois réintégré: "J'ai été fortement soutenu par mon ami Pierre Vilain, un saint homme, lui aussi prêtre ouvrier à Lillers, dans une petite entreprise de bâtiment. Nous faisions une relecture religieuse de notre vie, partagions, plusieurs fois par semaine, sur la rude répression ouvrière, les humiliations au travail. Nous partagions aussi les petites joies de nos engagements réciproques au service de la classe ouvrière."

 

En 1981 et jusqu'en 1996 il travaille comme ouvrier communal à Lillers. Il continue à avoir des responsabilités syndicales à la CGT. Son syndicat lui demande d'accompagner les salariés menacés de licenciement dans des entreprises dépourvues de syndicat Ce qu'il fera durant 12 ans tout en continuant à travailler. Aujourd'hui retraité il continue d'être défenseur prud'homal devant les conseils de Béthune, Lens, Arras, Saint-Orner et devant la cour d'appel de Douai: "La plupart des conflits portent sur des licenciements abusifs, du harcèlement moral, des salaires non payés, l'abus de contrats précaires..."

 

Quels liens avec l'Évangile?

 

André Lamiaux André Lamiaux  "Mes responsabilités syndicales sont venues tout naturellement Je n'ai jamais eu de problème de conscience car cela a toujours été pour répondre aux besoins des plus opprimés. Certains me diront: mais quels liens fais-tu avec l'Évangile? Je réponds que le combat pour la justice, pour rendre leur dignité à des hommes, les remettre debout, est un ministère d'humanité. C'est faire que l'homme se conduise en homme, qu'il soit humain. C'est donner à la foi son visage humain. Je rejoins l'affirmation des évêques lors du synode de 1971 : Le combat pour la justice et la participation à la construction du monde sont une dimension constitutive de l'annonce de l'Évangile."

 

André Lamiaux conclut en redisant sa joie d'avoir vécu et de vivre encore ce ministère au service de la libération des gens: "Je le referais si c'était à refaire."

 

Et d'ajouter qu'il ne souhaite pas que ce ministère de prêtre ouvrier disparaisse: "Comment l'Église donnera-t-elle le signe qu'elle est attentive à ce monde du travail qui subit les contraintes déshumanisantes du libéralisme? Mais, j'ai confiance en l'Esprit Saint"

J.P Chavaudra

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