Croire et prier, oui! ...mais jusqu'à quand?

29ème dimanche ordinaire

 

Exode 17,8-13 ; 2 Timothée 3,14 à 4,2 ; Luc 18,1-8

 

L’insistance d’une veuve à réclamer justice auprès d’un juge finit par être entendue. La parabole que Luc rapporte aujourd’hui est inscrite dans un contexte de débat, entre disciples, mais aussi entre les pharisiens et Jésus au sujet de la fin des temps, c’est-à-dire de la venue du Royaume de Dieu. Pour nous, bien souvent, prier c’est demander quelque chose à Dieu ; mais ce pourrait aussi souhaiter quelque chose à Dieu, comme c’est écrit dans le Notre Père : « que ton Règne vienne ». Or nous ne voyons pas grand-chose venir, ni l’extension du Royaume, ni le pain quotidien pour un certain nombre.

 

Dans le paragraphe précédent de l’évangile, les pharisiens ont titillé Jésus sur la venue du Royaume de Dieu : « c’est quand ? » La réponse de Jésus commençait alors par une mise en garde contre la tentation de voir le dernier jour arrivé dès que catastrophes et phénomènes extraordinaires nous tombent dessus. Jésus évoque alors le temps de Noé, celui de Sodome et Gomorrhe, puis des faits de guerre cruels et sanglants comme cela existe à toute époque. La parole de Jésus s’inscrit dans le contexte d’une humanité qui peut désespérer d’un lendemain de justice et de paix. Combien de personnes engagées pour la transformation de la société au service de tous, ne sont-elles pas aujourd’hui désemparées devant les difficultés et obstacles qui s’accumulent, devant l’individualisme, le cynisme et l’hypocrisie qui tiennent le haut du pavé. Mais où es-tu Seigneur ?

 

Quand Jésus évoque la persévérance d’une veuve à réclamer son dû, comment ne pas évoquer « les folles de mai » en Argentine ? Trente ans après voici de récentes mise en prison d’anciens dictateurs, de leurs familles ou de leurs auxiliaires. Elles ont continué à crier justice et paix pour tous les habitants de la terre, même si ce cri ne semblait pas entendu… Il appartient à tous de continuer à faire entendre ce cri pour le service de l’homme et la gloire de Dieu. Le jour où le cri s’arrêtera ce sera la mort de l’espérance, la mort de la foi. Quand le Fils de l’homme reviendra, trouvera-t-il la foi sur la terre » ? Saint Jean, en conclusion de son apocalypse résume la prière par une formule bien connue marana tha : Viens Seigneur Jésus !

 

Il nous faut garder une force d’espérance, une dimension spirituelle à notre existence, une orientation vers Dieu qui ne soit pas désaffection à l’égard des réalités du monde dans lequel nous sommes. L’évangéliste Luc cherchait à raisonner les premiers chrétiens qui doutent que Jésus vienne les consoler. Il tarde tant qu’ils risquaient de ne plus croire ni en Dieu ni en l’avenir promis : Dieu pense-t-il encore à nous ? Nous discernons mieux aujourd’hui les formes du mal, qu’il soit physique, mental, psychologique, économique ou autre, au point d’évoquer le silence de Dieu plutôt que sa bienveillance.

 

L’exemple que Jésus transforme en parabole a sans doute dû exister. Et l’on peut trouver bien des ressemblances aujourd’hui, que ce soit réclamation individuelle ou collective comme en Birmanie, ou lors de conflits sociaux… il faut du temps pour faire entendre raison, face aux injustices criantes. L’habitude de « spiritualiser » toute parole de l’Evangile a rendu molle les attentes humaines si justes soit-elles. Même Benoît XVI reconnaît « Il est juste d’admettre que les représentants de l’Église ont perçu, mais avec lenteur, que le problème de la juste structure de la société se posait de manière nouvelle » Deux caritas est n°27. Gardons notre foi incarnée, gardons l’espérance d’avenir par Dieu promise à tous ceux qui mettent leurs pas à la suite de Jésus, mort et ressuscité.

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