La théologie au XXème siècle et l'avenir de la foi

Bernard Sesboüé, entretiens avec Marc Leboucher

 

 

DDB -391 p.- 25 euros Bernard Sesboüé  
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Est-il nécessaire de présenter ce nouveau livre de Bernard  Sesboüé ? B.Sesbouë crédite la théologie du XXème  siècle d'une créativité exceptionnelle dans tous les secteurs: patristique, exégèse, ecclésiologie, christologie, etc., sans oublier le réveil liturgique et pastoral. Si, dans la première moitié du siècle, son élan fut freiné par la crise moderniste, dans la deuxième moitié elle s'est déployée dans toute sa splendeur sous le signe d'une réconciliation avec la modernité, avec Vatican II comme point culminant.    

 

Si prestigieuse que soit la théologie héritée du XXème siècle, tout n'est pas joué. Quatre secteurs de la modernité s'imposent comme des lieux où le christianisme doit encore faire valoir sa crédibilité.

 

D'abord, le dialogue entre foi et science, engagé depuis longtemps, reste une urgence. Formés à l'esprit critique, nos contemporains attendent qu'on leur propose un «itinéraire» de foi vérifiable autant qu'un contenu. La pédagogie qui se contente de dire de manière autoritaire ce qu'il faut croire est une pédagogie qui traite les croyants d'aujourd'hui en enfants, même si elle s'adresse à des adultes.»

 

Autre secteur: le rapport entre foi et histoire. «La grande question du Jésus de l'histoire et du Christ de la foi, qui habite la recherche théologique depuis deux cents ans, est devenue aujourd'hui une question communeIl faut montrer, y compris dans la catéchèse et la prédication que la foi n'est pas un mythe parmi d'autres, mais qu'elle est inscrite dans l'histoire. Si l'accent n'est pas mis sur l'historicité de la foi, incarnation et résurrection se réduisent à de vagues symboles. Et le sens de l'existence repose sur le vide.

 

La démocratie dans l'Église est sans doute un secteurs des plus sensibles:  « Ce qui concerne tous doit être l'affaire de tous », disait Cyprien de Carthage. L'Église en est loin. La dimension collégiale, redécouverte à Vatican II, a du mal à s’y concrétiser. «Je voudrais, écrit le cardinal Martini, qu'il y ait la possibilité dans l'Église de discuter ouvertement et librement de certains problèmes », comme la question des divorcés remariés. Est en jeu ici la réconciliation de la foi reçue de la révélation avec la requête d'une adhésion libre, adulte, personnelle.

 

Quatrième secteur : le champ immense de l’éthique, où se pose la question cruciale de la place faite à la conscience. Le Groupe des Dombes interpellait déjà l'Église à ce sujet: «Nous attendons de l'Église catholique qu'elle soit davantage attentive dans son enseignement à la référence, à la conscience et à l'expérience des croyants... Nous pensons que la relation complexe qui existe entre l'autorité de la conscience et l'autorité du magistère extérieur mérite d'être explicitée. » Beau débat en perspective.

 

Au regard de l'inventaire impressionnant qu'a réalisé Bernard Sesboüé, le XX: siècle est à la hauteur des meilleurs siècles du passé. Sans dessiner la maquette de l'avenir, bien des terrains restent en friche et bien des crises se profilent à l'horizon. Évidemment, l'avenir ne relève pas uniquement de la théologie. En tout cas, face au défi fondamental du sens, qui frappe de plein fouet ensemble de la société, «ce qui est demandé aux chrétiens est tout le contraire d'un repli identitaire... Nous sommes condamnés à inventer. »

 

Marcel Neuch
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