L'oecuménisme n'est pas mort

Conférence à la maison diocésaine d'Arras

Unité des chrétiens Unité des chrétiens  

 

 

Organisée par le Service Culture et Foi, la pastorale oecuménique (père Guy Pillain) et l'Eglise Réformée de France (pasteur Robin Sautter),  une conférence conférence sur le thème de l'oecuménisme se tiendra le mardi 22 janvier à 20h15, 103, rue d'Amiens à Arras.

 


 

L’œcuménisme en panne ?

Certains ont pu exprimer cette impression à la suite d’un document publié en juillet par la Congrégation pour la doctrine de la foi concernant la façon dont la tradition catholique considère l’Eglise. Ce texte a pu paraître blessant pour nos frères chrétiens d’autres confessions. C’est un texte de caractère technique qui, publié tel quel, n’était pas bien fraternel ! Le récent Consistoire, tirant sans doutes les leçons des réactions à cette déclaration  dans son communiqué final, rappelle ainsi qu’il faut faire attention « à ne pas blesser la sensibilité des autres chrétiens ». Il y a eu, certes la déclaration commune des luthériens et des catholiques  sur la justification par la foi et c’était un évènement important qu’après plusieurs siècles de divergences on arrive à un tel consensus ; cependant beaucoup de chrétiens qui vivent l’œcuménisme « à la base »,  s’impatientent de voir toujours s’éloigner ce jour où « nous pourrons boire à la même coupe » au repas du Seigneur. C’est vrai que lorsqu’on repense aux espoirs qu’avait fait naître l’annonce du concile « œcuménique » Vatican II nous pouvons être un peu déçus…

Je voudrais dire que ce regard pessimiste sur l’oecuménisme est loin  de recouvrir toute la réalité. D’une part, on a trop vite crû que quelques bons sentiments pourraient effacer et niveler les fossés parfois profonds, qui se sont creusés en 5 ou 10 siècles de séparation ; nous avons tous bien du chemin à parcourir dans la « conversion des Eglises » comme nous y invitait le groupe des Dombes. Il serait certes plus facile d’ignorer ce qui nous sépare encore et de se dire en communion… mais avancerions-nous vraiment en nous en tenant au plus petit commun dénominateur ? Cela nous dispenserait de nous convertir et de nous enrichir les uns les autres des charismes reçus dans chacune de nos Eglises. Nous avons pris ce chemin de conversion ; nous sommes en marche et cherchons les uns et les autres une fidélité plus grande à ce que le Seigneur attend de son Eglise. Sur ce chemin un réel « échange de dons » a déjà commencé. En ce qui concerne l’Eglise catholique, il n’est qu’à voir par exemple la place que tient maintenant l’Ecriture dans les différents aspects de la vie de l’Eglise. Si je regarde les protestants, je constate chez eux une place plus grande accordée à la liturgie et aux gestes… Il serait intéressant  d’ailleurs de regarder quelles ont été les évolutions dans la vie d nos Eglises depuis quarante ans et de comparer, de voir les rapprochements.

Les chrétiens, en France comme dans beaucoup d’autres pays, vivent une certaine concertation et tentent de parler d’une voix commune face aux défis de la société, par le Conseil d’Eglises Chrétiennes en France .On se rend compte concrètement d’ailleurs qu’il n’est pas toujours facile d’avoir une parole commune dans le domaine de l’éthique par exemple. Différents évènements témoignent que des relations se nouent ou grandissent. On passe d’une situation d’opposition, de concurrence à une écoute réciproque. Récemment (début novembre) s’est tenu à Nairobi un forum chrétien mondial qui rassemblait 240 représentants de haut niveau de toutes les Eglises y compris évangéliques et pentecôtistes ; quand on sait les difficultés et les défis que constituent ces dernières Eglises pour les grandes Eglises historiques, le message final du forum n’en est que plus parlant  : « En tant que chrétiens vivant au sein de différentes traditions, nous affirmons l’importance d’être ensemble pour réfléchir sur la prière de notre Seigneur, que tous ceux qui croient en lui soient un, afin que le monde croit que Dieu l’a envoyé. En reconnaissant que l’unité est tout d’abord un don de Dieu à travers l’œuvre du Saint Esprit, nous nous engageons à avancer vers une compréhension et une coopération encore plus grande entre chrétiens, tout en respectant la diversité de nos identités, de nos traditions et de nos dons. »

Si nous regardons plus précisément l’implication de l’Eglise catholique, il est significatif que l’une des deux grandes questions qui étaient au programme du dernier Consistoire ait porté sur l’œcuménisme. Certains diront facilement que ce ne sont que des paroles. Or il est significatif que le dialogue théologique catholique orthodoxe qui avait été interrompu pendant plusieurs années ait repris à Ravenne en octobre dernier et ait abouti à un consensus entre les théologiens. Ceux-ci,  30 orthodoxes et 30 catholiques étaient dûment mandatés par leurs Eglises respectives pour apporter des contributions théologiques au rétablissement de la pleine communion.  Leur consensus porte sur la nécessité pour la vie de l’Eglise, de la double dimension de la synodalité (ou conciliarité) et de l’autorité tant au niveau local que régional et universel. L’une de conséquences est la reconnaissance d’une autorité du pape et pas seulement d’une primauté d’honneur. Il est clair que nos Eglises ont beaucoup à recevoir de ces rapprochements de points de vue. Les orthodoxes ont à progresser en ce qui concerne les questions d’autorité. Et chez nous catholiques, Mgr Daucourt qui participait à la rencontre de Ravenne en résume quelques enjeux : « Laïcs et clergé catholique en France peuvent se laisser questionner, car il existe chez nous des courants dont les adhérents, atteints du complexe anti-romain, critiquent systématiquement tout ce qui vient de Rome ou le refusent. Mais il existe aussi d’autres courants qui « court-cicuitent » la synodalité diocésaine et régionale et l’autorité de l’évêque et de la Conférence épiscopale en se référant uniquement ou de préférence à Rome… Le document de Ravenne peut provoquer partout et à tous les niveaux de salutaires réflexions et de nécessaires remises en cause de pratiques ecclésiales. »(Mgr Daucourt, forum dans La Croix)

Si l’on est tant soit peu attentifs à ce qui se passe au niveau œcuménique, on ne peut donc pas dire que l’œcuménisme est en panne !  Il n’en demeure pas mois que bien des problèmes complexes subsistent, tant entre nos Eglises qu’au sein même de chacune de nos confessions : ainsi, du côté catholique les tensions suscitées par la tentative de rétablir la communion avec les lefèbristes ; chez les orthodoxe nous savons que les relations entre les différents patriarcats sont parfois très tendues ; du côté protestant, le rôle de l’Eglise dans la communication du salut demeure une question difficile à résoudre dans nos relalions. Du côté des anglicans, si nous sommes très proches de la tendance « hight Church »  nous savons aussi qu’il y a de nombreuses tendances et que l’ordination à l’épiscopat de femmes ou l’ordination d’évêques homosexuels compliquent nos relations comme au sein même de la communion anglicane . Mais tous, nous sommes conscients que l’œcuménisme n’est pas matière à option, qu’il est un appel du Christ, et que sa prière « que tous soient un » est plus que jamais prégnant « pour que le monde croie en Celui que le Père a envoyé ». Des pas significatifs ont été accomplis dans ces dernières années (et derniers mois).

Guy Pillain

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 1778 visites

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