Journées du patrimoine

Préservation, construction et destruction, réflexion des évêques.

 

Eglise saint curé d'Ars - Arras Eglise saint curé d'Ars - Arras   

L'assemblée des évêques de France, tenue à Lourdes en avril 2008, a insisté plus particulièrement sur trois points: les lois éthiques; l'indifférentisme religieux; le problème que posent les lieux de culte. C'est uniquement ce dernier point qui sera traité ici. Apparemment moins polémique que beaucoup d'autres, il n'en soulève pas moins de nombreuses questions et reflète-bien l'état actuel des divers courants religieux. Les interrogations concernent aussi bien la conservation des édifices anciens que la construction de bâtiments neufs.

 

 

La conservation des bâtiments anciens devient difficile: un article de Philippe Démenet, dans le n°6528 de Pèlerin (janvier 2008) présente le dossier. Assez mal connu de façon précise, le nombre de bâtiments religieux en France se situe entre 100.000 et 120.000. Sur ce total, 60.000 églises paroissiales (un peu plus de la moitié) sont revenues aux 36.600 communes après les lois de séparation des Églises et de l'État de 1905, 1907, 1908: ce qui fait presque deux églises par commune. On perçoit tout de suite le problème matériel: les communes doivent en principe entretenir ces bâtiments, qui ne sont protégés que pour 11.000 d'entre eux par un statut de monument historique. En même temps, ces églises ont été confiées gratuitement aux prêtres et aux fidèles pour l'exercice du culte, et seule une « désaffectation » approuvée par l'évêque permet à la commune de disposer totalement du bâtiment (le vendre, ou plus souvent en faire un musée).

 

La conservation des batiments.

 
Or, depuis 1905, beaucoup de municipalités ont négligé l'entretien de ces églises dont certaines auraient besoin d'être restaurées d'urgence, alors que la fréquentation a beaucoup diminué. Les attitudes des communes sont d'ailleurs très variables: il en est qui n'hésitent pas à s'endetter pour conserver leur église, alors que d'autres choisissent d'abandonner le bâtiment au profit d'autres projets. Le problème se pose avec acuité pour de nombreuses églises qui sont anciennes sans être pour autant des joyaux d'art roman ou gothique. La tendance est alors de les utiliser pour «d'autres types d'activité» que le culte, le plus souvent des concerts ou des expositions à caractère artistique (peinture, photos...). La situation est beaucoup moins grave pour les grands bâtiments: cathédrales, basiliques, collégiales, presque tous protégés par un statut de monument historique, et parfois devenus symboles d'une région (Strasbourg, Chartres, Reims, Vézelay...).
 

 

La construction d'édifices nouveaux constitue un second grand volet. Là, plusieurs articles de la Croix nous ont servi de référence, surtout celui de Pierre Schmidt (26 octobre 2006). Les chiffres montrent l'augmentation des constructions de mosquées (2000 depuis 30 ans, autant que d'églises catholiques en un siècle) et d'églises évangéliques (1000 sur 30 ans). Les musulmans français, partis de presque rien dans les années 70 si l'on excepte la mosquée de Paris, disposent aujourd'hui de 2200 lieux de culte.

 

Les constructions nouvelles

 
chapelle de semaine Eglise Sainte Catherine  
chapelle de semaine
chapelle de semaine
 Les constructions d'églises catholiques correspondent à une vingtaine depuis 2002, surtout en région parisienne. Mais dans le même temps, 60 églises ont perdu leur vocation cultuelle via la procédure de désaffectation. Au total, 45000 églises catholiques restent utilisées en France aujourd'hui. Il faut noter le relatif échec concernant les églises construites entre les deux guerres ou dans les années 1950-1960. Bâties dans les nouvelles zones urbaines de l'époque, elles se révèlent inégalement fréquentées car la population de ces quartiers a évolué et utilise les mosquées ou les églises évangéliques. D'où un dilemme pour les évêques, pris entre pastorale et économie. Ces églises de style moderne, souvent vastes et d'un entretien coûteux, doivent parfois être démolies.
Mgr Dagens, évêque d'Angoulême, a développé cette question dans le n° 11 de Documents Épiscopat (2007), en posant la question « l'Église catholique veut-elle encore de ses églises?». Il y insiste sur l'idée que les églises doivent être des lieux de vie, entretenues par les fidèles, et que les désaffectations ne sont pas une fatalité.
 

J.-P. D.

Association pour l’étude du comportement religieux, juin 2008-06-07

 

Dans la rubrique patrimoine quelques églises.

L'entretien de bâtiments en 2007

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 5315 visites

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