N°12 - Un temps pour vivre et continuer

Voici le temps de l’été, le temps d’une coupure, d’un changement de rythme. Avant de fermer le bureau ou la maison, au moment de délaisser le lieu de travail, chacun aura pris le temps du rangement, du classement. On aura rempli la poubelle de ce qui est jugé désormais inutile, hésité devant ce qui était à archiver ou “à garder encore un peu”.
 
Que garderons-nous de cette année écoulée ? Tout d’abord une accélération de tout, à commencer par les sollicitations, à s’investir, à donner plus ; multiplications des faits de communications, des effets d’annonce ponctuels qui bousculent les esprits, bloquant les efforts d’analyse et le souci d’en mesurer la portée. Développement des crises : financières, du logement, de la précarité… développement des remises en causes : le pouvoir d’achat, les acquis sociaux. Mais aussi appel à raviver la mémoire, que ce soit pour Guy Moquet, la shoah, les poilus de la grande guerre, mai 68, les bienfaits de la colonisation, l’abolition de l’esclavage etc.
 
Dans la dimension personnelle et familiale, chacun aura créé son pêle-mêle des photos de l’année, avec les joies et les peines qui ont jalonné cette année, afin de ne pas oublier. Quelques uns se rappelleront tel et tel moment de leur engagement dans une association ou dans la commune, pour que le “vivre ensemble” se continue et se développe ; les mêmes et d’autres avec eux rappelleront leur participation à la vie de l’Eglise lors d’un temps fort ou de manière continue, pour qu’elle soit proposante du visage du Christ.
 
Dans le domaine religieux encore, on pourra souligner l’ouverture du dialogue avec l’Islam entrepris par Benoit XVI, ou les rapprochements avec la Chine. On pourra regretter les faveurs accordées à une liturgie héritée du Moyen-âge, semblant ignorer la pratique des premiers siècles de l’Eglise, celle des Pères en particulier.
 
Un récent article de la revue «Histoire » signalait combien se modifiait, au cours des décennies, le regard porté sur les évènements, et de donner comme exemple les discours successifs sur la colonisation, en 1930, en 1960, en 2000. On peut en faire tout autant avec les présentations des hommes illustres : Vercingétorix, Clovis, sainte Geneviève ou Jeanne d’Arc, etc. Le travail de relecture n’est jamais terminé : il permet d’ajuster le regard et de crier sur les toits ce qui fut longtemps caché ou déformé. Nous aurons bientôt à faire ce travail pour un demi-siècle de vie d’Eglise, puisqu’il y a cinquante ans, Jean XXIII succédait à Pie XII.
 
Faut-il donc tourner les pages avec nostalgie, puisque c’est le moment de ranger ses cahiers et ses classeurs ? Plutôt que l’oubli, ne serait-ce pas le temps où l’œil reconnait ce qui a été semé, ce qui a poussé pour que l’homme grandisse, pour que le visage de Jésus, le Christ, devienne davantage familier. Que ce passage à un temps autre devienne l’occasion d’action de grâce pour ce que l’Esprit-Saint a fait avec nous et nos frères humains au long de cette année… Que ce temps autre soit aussi temps de ressourcement. Demain n’est pas un autre jour, il est la continuité d’avec hier et aujourd’hui.

 

 

Abbé Emile Hennart

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