Animer les rencontres lire Marc 03

La section 6,7 à 8,30, Zoom sur 7, 24-30 : La demande d'une païenne

 

  

La section 6,6 à 8,30, "section des pains"

Des miettes demandées par une étrangère.

L’Eglise peut-elle s’ouvrir à l’étranger ?

  

Mosaïque de Tabga Mosaïque de Tabga  

 
La section commence par un envoi des Douze en mission. Tout aussitôt, le texte nous transporte chez Hérode, où l’on se demande qui est Jésus : est-ce Elie, un prophète, est-ce Jean-Baptiste ? A la fin de la section, Jésus demande : qui suis-je ? et les Douze donneront la même réponse. Pierre déclare alors : « Tu es le Messie ». Mais a-t-il bien compris ce qu’il disait ? En effet, après la discussion avec les pharisiens, (7,18), puis en rappelant la multiplication des pains 8,17) Jésus constate qu'ils ne comprennent pas: ils nen voient pas, ils n'entendent pas le désir de Dieu de donner à tous sa propre vie.
Le mot pain, employé 15 fois dans la section, semble être un fil conducteur. Cela commence avec « n’emportez ni sac, ni pain… » et se termine par : « ils n’avaient pas emporté de pain avec eux… » Parcourez cet ensemble à la recherche du mot pain, et en son milieu, vous trouvez le dialogue sur le pain et les miettes. Tout cela n’est pas dû au hasard. C’est voulu par Marc, quand il rédige ce texte, pour rappeler la réflexion des disciples, sans doute, mais aussi pour guider les premières communautés chrétiennes, dans la douloureuse question de l’accueil de l’étranger à la table du Seigneur.
Que trouve-t-on dans cette section : 2 affirmations sur “Qui est Jésus ?”, 2 multiplications des pains ; 2 scènes dans la barque ; 2 discussions avec les pharisiens ; 2 guérisons. Le zoom proposé sur le pain et les miettes est situé au centre.
Zoom sur des miettes de pain (7,24-30)
Pourquoi Jésus refuse-t-il la demande de guérison ?
Dans un premier niveau de lecture, nous lisons ce récit comme un épisode parmi d’autres. Une fois de plus, Jésus se déplace en territoire étranger, près de Tyr. Il se trouve confronté à la demande d’une femme en vue d’obtenir la guérison pour sa fille. Marc décrit avec précision qui est la demandeuse : une femme, une païenne, syro-phénicienne de naissance, autant de raisons de s’en éloigner. Au temps de Jésus, en Israël, on ne peut fréquenter les païens sans transgresser les règles sur le pur et l’impur. Au début, Jésus donne l'impression de se conformer aux principes en rejetant la demande de la païenne. A la fin du récit, Jésus a changé : il a entendu le cri et répondu. Le récit nous fait passer du refus à l’accueil. C’est un chemin que les disciples auront à suivre, et nous aussi ! Nous découvrons que Jésus ne se laisse pas enfermer dans les principes. Il se conforme à autre chose.

Les principes et le bon sens

En accueillant la demande de la syro-phénicienne, Jésus marque sa différence d’avec un légalisme qui oublie l’amour du prochain. Jésus vient de terminer une discussion « serrée » avec les scribes et pharisiens, juste avant de se rendre en territoire païen (7,1-23). Il contestait clairement la position des scribes et pharisiens pour leur oubli de la règle de la Charité, au profit des traditions et coutumes. Et voici maintenant qu’il refuse d’écouter une païenne. En cela, il suit les principes qu’il vient de condamner. La mère païenne connait la Loi, mais elle ne se laisse pas impressionner par la réponse de Jésus. Elle prolonge la discussion sur le même ton, avec finesse et sens pratique : les petits chiens mangent bien les miettes tombées de la table ! Le Dieu de Jésus accorderait-il plus d’importance à la séparation entre juifs et païens qu’à la souffrance d’une petite malade ? Pourquoi refuserait-il de chasser un esprit impur au motif que la fillette et sa mère sont des païennes ? C’est ce qui vient du cœur qui qualifie ou disqualifie une personne, et non les principes. Le dialogue cœur à cœur entre Jésus et cette étrangère, au-delà des principes, a fait surgir la vie et a chassé le démon de cette maison : “à cause de cette parole, le démon est sorti de ta fille”. Pour Jésus, l’heure est venue de donner le pain aux enfants des païens. Entre mission auprès d’un cercle restreint, Israël, et mission universelle, Jésus ouvre la voie à l’universel.

 

Deuxième niveau de lecture : Marc écrit pour les premières générations de chrétiens.

Dans la première histoire du christianisme, la fraction du pain (l’eucharistie) était un acte majeur pour la première communauté. Les lettres de saint Paul et les Actes des apôtres laissent entendre qu’il y avait des problèmes à ce sujet. D’une part, on n’aimait pas trop se mélanger entre “gens qui ont” et “gens qui ont beaucoup moins”, d’autre part, les chrétiens d’origine juive acceptaient pas (ou mal) les autres, d’origine non-juive, à la table du Seigneur. Le récit de la rencontre entre Pierre et Corneille, dans les Actes chapitres 10-11, montre que Pierre va à la rencontre du centurion païen Corneille et de sa famille ; il baptise tout le monde, “poussé par l’Esprit-Saint”. De retour à Jérusalem, il est interpellé par les chrétiens qui n’apprécient pas ce que Pierre avait fait. (Autres situation en Actes 15 et Galates 2)

 

L’ouverture aux païens fut une expérience d’Eglise parsemée de conflits, à Antioche, à Corinthe, en Galatie. Marc connaissait ces tensions. Alors, il fait œuvre de pédagogie en montrant le chemin intérieur que Jésus a dû vivre pour dire “oui” à l’étrangère. Marc choisit d’organiser l’ensemble que nous venons de lire, autour du partage du pain et des miettes, avec le souci de convaincre les lecteurs que la mission est d’aller vers tous, sans exclusions. La fin de la section, laisse entendre que les disciples ne comprenaient pas bien, à ce moment-là !
Pas de discours théoriques, mais une succession d’expériences concrètes, tel est le langage de Marc. La section commençait avec une expérience missionnaire, continuait avec la question sur l’identité de Jésus et se continuait par l’invitation à prendre le temps de la relecture (6, 30-31). Mais voici la foule et un premier partage du pain. S’ensuit une discussion plutôt vive avec les pharisiens, suivie d’un “exercice pratique” en terre étrangère. C’est une succession de situations concrètes. S’ensuit alors un second récit de partage du pain. Puis il est signalé à plusieurs reprises que les disciples ne comprennent pas l’enseignement… Or, au-delà du pain matériel, c’est Jésus-lui-même qui se donne à tous.
Dans cette section, deux guérisons : l’une pour voir, l’autre pour entendre. Mais qui donc est appelé à voir et à entendre, sinon les Douze ? A la fin de cette section, Pierre reconnaitra en Jésus le Messie, mais a-t-il vraiment compris ce qu’il disait, lui et les Douze ?
Pour aller plus loin
L’Evangile comme un itinéraire.
Par la succession des paragraphes, Marc veut faire découvrir à ses lecteurs le chemin que les disciples ont parcouru avec Jésus pour découvrir qui il est réellement, de quels démons il veut les délivrer, découvrir ce qui l’anime du fond du cœur. Pour cette lecture, nous devons aussi faire confiance aux spécialistes (les exégètes), par exemple quand ils nous disent que les différences entre la première multiplication et la seconde sont comme un déplacement du partage du pain pour Israël (première multiplication) à un partage du pain pour toutes les nations (seconde multiplication). La clé de compréhension, le lien entre les deux récits, se trouve dans la question des miettes sous la table, c’est-à-dire, dans l’invitation à comprendre que Dieu ne fait pas de différences entre les humains.
Tu es le Messie ! Cette proclamation clôt la première partie de l’Evangile de Marc et correspond à la première partie du titre : Commencement de l’Evangile concernant Jésus Christ… Christ est la transcription en grec du mot hébreu Messie. Ici, Pierre s’exprime encore dans la langue juive, pas dans la langue des païens !. Le peuple juif attendait que Dieu envoie un Messie, c’est-à-dire quelqu’un qui viendrait guider, conduire le peuple comme avait su le faire un roi comme David. Quelques prophètes avaient annoncé un messie pour toutes les nations, mais tous ne partageaient pas ce point de vue.
Le silence imposé par Jésus 

Jésus impose le silence sur son identité. Ce n’est ni la première ni la dernière fois. Marc est plus sensible à ce silence imposé que Luc et Matthieu. Pour Marc, oser dire que ce Jésus est messie, Fils de Dieu, suppose que l’on soit allé jusqu’au bout de l’itinéraire qui monte à Jérusalem, à la croix. Tant que “tout va bien” pour Jésus, il est facile de dire qu’il est messie, mais quand il sera sur la Croix, que dira-t-on ? Pierre ne dit ici qu’une partie de l’identité de Jésus : le consacré par Dieu. Pour la seconde partie du titre, “il est Dieu, Fils de Dieu”, il faudra être au pied de la croix... et c’est un païen qui en fera l’affirmation. Pour tout croyant aujourd’hui il y a le même chemin à parcourir pour dire sa foi en Jésus, Christ et Fils de Dieu. Au milieu des épreuves, saurons-nous dire encore que Dieu, en Jésus, s’est rendu proche de nous ? Plus souvent on dira « s’il y avait un bon Dieu, ca n’arriverait pas ! »

 

Les guérisons comme des signes.
Avec la fille de l’étrangère, comme lors de la rencontre du possédé gérasénien, il est dit de Jésus qu’il fit sortir le démon de ces personnes. Le possédé est libéré, rendu à lui-même, désaliéné. Le salut qu’apporte Jésus est de restaurer l’homme, de le remettre debout, de le réintégrer dans son réseau social. Jésus provoque à une nouvelle manière d’exister les uns pour les autres, sans exclusion. Cela était refusé par les pharisiens dans leurs discussions avec Jésus, c’était refusé aussi par certains des premiers chrétiens, séparant les Juifs d’un côté, les païens de l’autre. Jésus vient pour guérir l’homme du mal qui est en lui. Il invite tout le monde à la même table. Cette foule, par paquets de cinquante sur l’herbe verte… ou au milieu du désert, ce devait être très beau ! Mais cela signifie avant tout que Jésus se donne à tous. Regardons enfin Jésus qui dit avoir pitié de cette foule qui n’a rien à manger. Son regard n’est-il pas invitation à avoir le même regard sur ceux qui nous entourent, proches et lointains aujourd’hui ?
 

Proposition de prière:

Au-delà de toute frontière (T 124)

Au delà de toute frontière, l'évangile a croisé nos chemins
au delà de toute frontière, Jésus-Christ fait de nous ses témoins
au delà de toute frontière, son esprit est à l'œuvre en nos mains

 

1 - Porteurs de l'Évangile aux quatre coins du monde,
Nous sommes ces croyants à qui Dieu s'est livré.
Que serions-nous sans toi, Seigneur des eaux profondes,
Qui donne à toute vie saveur d'humanité ?

 

2 - Heureux le messager qui porte la Parole
Avec des mots nourris comme un épi de blé ;
Heureux qui fait fleurir le grand désert des hommes,
Il est joyeuse source ou bien soleil d'été.

 

3 - Après deux mille années, où donc est ton Église,
Et pour la multitude, où donc le feu divin ?
Ton peuple soit toujours foyer de l'Évangile !
Chacun des envoyés est ton visage humain.

 

4 - Chrétiens de tous pays, que s'ouvrent nos fenêtres
Aux horizons lointains qui ont d'autres couleurs !
Nos frères sont témoins du Dieu qui les libère
Et leur concert nouveau est communion des cœurs.
 

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Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 5439 visites