Dieu a tant aimé le monde

4ème dimanche de carême


2 Chroniques, 36, 14-23 ; Ephésiens 2, 4-10 ; Jean 3, 14-21

 

La liturgie nous propose ce dimanche quelques lignes d’un très long entretien que Jean nous décrit, entre Nicodème et Jésus. Il est probable que la référence à un épisode de la vie des Hébreux au désert, entre Egypte et Terre promise, ne nous inspire guère, mais les lignes suivantes expriment la pensée générale de nombreuses fois répétée par l’apôtre Jean, autant dans son évangile que dans ses lettres aux chrétiens :


« Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé… le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière ; … mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu ».

 

Que rajouter à une telle affirmation, sinon inviter à méditer et rendre grâces à Dieu pour son amour envers nous. Que je sois malade, pécheur qui retombe dans ses errances coutumières, que je sois indigne de la confiance qui m’est faite, rancunier ou malappris : est première la confiance en l’amour de Dieu qui s’est approché de nous (Marc, premières lignes de son Evangile) ou, affirmé par Jean : Dieu le premier nous a aimés (1 Jean 4,19). Saint Paul aussi le dit à sa manière : "la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous". Romains 5,8.  Ce dimanche nous sommes donc invités à recevoir l’amour du Père, invités à en vivre, invités à l’annoncer.

 

Malheureusement, au corus des siècles, bien des hommes d’Eglise et non des moindres ont préféré insister sur la distance entre Dieu et nous, insister sur la peur que Dieu devrait nous inspirer. D’autres ont préféré insister sur les motifs de jugement et de condamnation, plutôt que sur la miséricorde et le pardon. La pire des erreurs est de croire que l’homme soit incapable de reconnaitre sa faute. L’obliger à le reconnaitre est autre chose. En effet, c’est lorsque l’on se sent aimé par quelqu’un que l'on reconnait ses limites devant cet amour. Tant que l’amour de Dieu n’a pas été expérimenté, ni l’amour de ceux qui se disent ses disciples perçu, il n’est pas pensable qu’il puisse y avoir un retour vers cet amour, un retoour de l'homme vers le Dieu de Jésus-Christ.

 

Le concile Vatican II, tant décrié, a voulu reconnaitre le monde tel qu'il est, sans d’abord vouloir le condamner. Il invitait les croyants à entrer en dialogue avec lui, se reconnaitre soi-même de ce monde-là, faire corps avec lui, comme le Verbe de Dieu a voulu faire corps avec lui, l’habiter (Jean ch 1). C'était la condition pour progresser dans le désir d'annoncer l'Evangile à toutes les nations.

 

Quand des chrétiens par centaines, des prêtres, mais aussi des hommes de coeur se rendent quotidiennement auprès des victimes du Sida, pourquoi ne pas le crier sur les toîts et crier haro sur le baudet ? Quand Benoit XVI invite à développer les capacités à aimer avant celles de faire l’amour, en quoi cela est-il péché suprême ? Est-ce par le dessous de la ceinture que l’homme doit guider ses actes? N'est-ce pas plutôt par le cœur généreux qui s’ouvre à l’autre dans toutes les dimensions de son existence… Venir à la Lumière de Dieu, c’est développer les œuvres de Dieu. Or ces œuvres sont amour, solidarité, compassion. Sur ce chemin, nous pouvons progresser et proposer à d’autres de suivre ce chemin. EH.
 

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