Fiche 2 Luc Animer les rencontres

La Bonne nouvelle annoncée aux pauvres


Section 2 Ch. 4,14 à 6,49
Les sections 2 et 3 sont consacrées à l’activité de Jésus en Galilée : enseignement, guérisons et paraboles. L’opposition à Jésus se manifeste très vite.

 

Lecture d’ensemble


Après les récits d’enfance et le temps au bord du Jourdain, voici que Luc choisit de présenter immédiatement Jésus enseignant dans la synagogue à Nazareth. En quelques mots se trouve défini le programme de Jésus, ce pour quoi il est venu (voir zoom). La contestation naît de suite, comme en Marc, et elle annonce la mort future de Jésus, hors de la ville. Mais Jésus continue son chemin.


Jésus n’est pas resté au bord du Jourdain comme Jean Baptiste. Il choisit d’aller au milieu des gens : à Nazareth, à Capharnaüm, dans d’autres villes, au bord du lac. Il y mène une vie ordinaire, au point qu’on s’étonnera de la différence d’avec Jean Baptiste. Jésus adresse sa parole, bénédictions et malédictions, aux nombreux disciples, et non seulement aux Douze qu’il a choisis, comme en Matthieu. C’est une caractéristique chez Luc : Jésus a choisi d’être au milieu de tous, de s’adresser à tous et non de vivre en séparé. Jésus n’a pas revêtu l’habit des prophètes ni suivi leurs manières de vivre, il partage la vie quotidienne des hommes de son temps et cela lui est reproché (Luc 7, 29-35). Au XXIème siècle, dans un contexte de repli religieux, n’est-ce pas un appel à vivre à la suite de Jésus, au cœur de la vie des hommes, au risque que cela nous soit reproché ?


Trois scènes de guérisons. C’est à Capharnaüm et elles manifestent l’autorité de la Parole de Jésus : il menaçait les démons (interpellait vivement : 4, 35 ; 39 et 41). Faut-il dire guérison ou libération des esprits mauvais ? C’est une mise en œuvre du message dans la synagogue de Nazareth : la libération, c’est aujourd’hui qu’elle se réalise.


La suite : pêche miraculeuse, Simon, Jacques et Jean suivent Jésus. Ce n’est pas la même scène d’appel qu’en Marc 1,16-20. Puis guérison du lépreux, du paralysé, vocation de Lévi et altercations diverses (le jeûne, la noce, le vieux vêtement ; le jour du sabbat, les épis froissés et la guérison d’une main). La fin, ch. 6 12-49, enseignement dans la plaine, serait à comparer au sermon sur la montagne dans Matthieu ch. 5-7.

 

Zoom : Dans la synagogue de Nazareth (4,16 à 30)


Jésus revenant des bords du Jourdain à Nazareth, il était normal de lui confier la lecture et son commentaire. Ainsi Luc fait commencer “la vie publique de Jésus” par une lecture d’Isaïe et son homélie. L’accueil par les gens est plutôt mitigé. Le texte d’Isaïe 61,1-2 annonce l’œuvre de Dieu que réalisera son envoyé, au souffle de l’Esprit. Il fait aussi allusion à l’année du pardon accordé à tous en raison de la miséricorde de Yahvé (année sabbatique).

 

La suite d’Isaïe qui évoquait le jour de vengeance n’est pas citée. Le Dieu de Jésus n’est pas le Dieu de la colère ou de la vengeance. Le commentaire de Jésus, est on ne peut plus court : “Cette Parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit !” Qu’est-ce que les Nazaréens ont pu comprendre à ce moment ? Pouvaient-ils comprendre que Jésus s’appliquait à lui-même cette parole ? Non ! Mais Luc sait ce dont il va parler, et son travail de rédacteur consiste à annoncer le programme et affirmer que tout ce qui suit (dans la vie de Jésus) est l’œuvre de l’Esprit. Luc fera de même dans le livre des Actes : il annonce dès le début (ch.2, Pentecôte), l’œuvre d’évangélisation de toutes les nations… alors que cela se réalisera peu à peu dans la suite de son livre.

 

Les pauvres, les prisonniers, les aveugles et les opprimés sont les destinataires de l’œuvre de l’Esprit et de Jésus. Paroles et les actes de Jésus, c’est pour eux. Le signe que l’œuvre de Dieu se réalise, c’est lorsque ces personnes sont reconnues et relevées, hier comme aujourd’hui. Ce parti-pris est déjà affirmé dans le Magnificat et dans le fait que les bergers sont les premiers choisis pour recevoir l’annonce. Lorsque l’Eglise parle d’option préférentielle pour les pauvres, elle ne fait que suivre l’Ecriture.
Dans la synagogue, tout le monde applaudit, mais se ravise aussitôt : pour qui se prend-il ? Luc, comme Marc, montre qu’une opposition se lève très tôt contre Jésus. Et quand Jésus annonce le don aux païens, la colère monte d’un cran. On emmène Jésus hors de la ville, comme plus tard hors de Jérusalem, pour l’exécuter. Ainsi ce récit préfigure-t-il la vie de Jésus jusqu’au Calvaire : cet homme de libération, c’est aussi l’homme rejeté.

 

Aujourd’hui !
Le mot “aujourd’hui” est une clé pour comprendre l’Evangile de Luc. (12 emplois chez Luc, contre un chez Marc). Il est dans la bouche de l’ange s’adressant aux bergers (Lc 2,11), dans la voix venant du ciel au baptême (3,22). En 4, 21, à Nazareth, “aujourd’hui” qualifie le ministère de Jésus (exorcisme, guérison libération, annonce). L’action de grâce, c’est pour aujourd’hui (Lc 5,26) ; guérisons aujourd’hui (13,32) ; à Zachée : “Aujourd’hui le salut est entré dans ta maison !” (19,9). Jésus en croix annonce le salut au bon larron : “Aujourd’hui avec moi en paradis” (23,43). Pour Luc, l’Evangile n’est plus le temps de la Promesse, mais celui de la réalisation.
A la synagogue, la pratique des commentaires d’Ecriture fonctionnait selon le principe d’actualisation : cette Parole lue, c’est pour aujourd’hui. Interpréter pour aujourd’hui l’Ecriture, l’actualiser, c’est encore indispensable pour nous : elle est une Parole pour vivre.

 

Les Ecritures accomplies.
“Aujourd’hui cette Ecriture est accomplie pour vous qui l’entendez”. Accomplie, le passif employé est une manière de dire “Dieu l’accomplit”. Cette parole sera à nouveau prononcée à la fin de Luc, en 24,44 : “il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes”. Avec Jésus les Ecritures sont accomplies ; c’est la réalisation de la Promesse. L’œuvre de libération est réalisée aujourd’hui. Le salut de Dieu, c’est aujourd’hui qu’il se réalise… à condition qu’il soit accueilli. Dans son Evangile, Luc montre qui accueille Jésus, le reçoit, qui est guéri par lui : le paralysé, le publicain, Lévi, l’étrangère, Zachée, etc. Saint Paul écrira “la réconciliation et la paix avec Dieu par Jésus” (Romains 5,10-11). Le croyons-nous pour nous aujourd’hui ?

 

Pour aller plus loin.


Le culte de la synagogue se compose de psaumes, d’une lecture tirée du Pentateuque (Loi transmise à Moïse) suivie d’une lecture tirée des prophètes. Les écrits autres que la Loi sont considérés comme interprétation-actualisation de la Loi, pour la mettre en œuvre dans l’aujourd’hui de l’existence. Jésus ne dit pas : cette parole parle de moi !!! Mais il fait comprendre les signes par lesquels on reconnait un envoyé de Dieu guidé par l’Esprit. Les nazaréens ne reconnaitront en Jésus que le Fils de Joseph, et non le prophète de Dieu. Les signes de sa présence sont probablement les mêmes hier et aujourd’hui : guérison, libération, annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres.


N.B. Lorsqu’un frère revenait à la synagogue après un voyage ou un pèlerinage, on lui confiait la lecture et le commentaire. Ainsi pour Jésus, ainsi pour St Paul au cours de ses voyages.


La suite de la section décrit plusieurs évènements que nous connaissons déjà par Marc, mais avec des nuances. On y trouve plusieurs discussions avec les pharisiens et les scribes : sur le jeûne, le sabbat, le pardon des péchés. La parabole du neuf et du vieux est une manière élégante de dire : vos routines du judaïsme vous empêchent d’accueillir le neuf de l’Evangile. (Ne pas oublier que Luc écrit après la ruine de Jérusalem en + 70, alors que les difficultés de relations avec les Juifs ont augmenté. La lecture abrégée omet partiellement cette suite (5,1 à 6,12).


La fin de la section (6,12-49) est un enseignement dans la plaine aux disciples, pas seulement aux Douze. Cela commence par les bénédictions et malédictions, continue avec l’invitation à l’amour de ses ennemis, la générosité envers le prochain, le réalisme du vrai disciple. A ceux qui seraient tentés par une vision toute spirituelle de la vie chrétienne, cette section invite à un agir concret, et cette exhortation n’est pas réservée à quelques-uns.


Béatitudes et malédictions. Au nombre de quatre chez Luc, elles sont percutantes et se répondent l’une à l’autre : heureux vous, les pauvres ; malheureux vous, les riches..., (retrouvez vous-mêmes cette correspondance). Luc développe leur caractère social, plus que Matthieu. Les pauvres dont Luc parle sont des gens en manque grave, sur le plan économique, affectif, social : ceux qui ont faim, ceux qui pleurent, ceux qu’on hait et qu’on exclut. On peut toujours édulcorer le contenu de ces phrases. Leur aspect direct, percutant, semble viser des situations précises [Ce n’est pas une énumération de généralités sur la justice et la vie intérieure]. L’Evangile aux pauvres est au cœur de l’œuvre Luc. Le renversement des situations, annoncé dans le Magnificat, se trouve ici confirmé. En signalant l’existence de faux-prophètes, Luc signifie que, hier comme aujourd’hui, l’opinion peut être égarée par de “mauvais témoins”


L’esprit-Saint. Luc signale souvent la présence de l’Esprit auprès de nombreuses personnes. “Rempli d’Esprit-Saint” (Jean-Baptiste, Elisabeth, Zacharie, Jésus au désert, puis à Nazareth) ; “Repose sur” (Syméon, averti, poussé par l’Esprit) ; au baptême de Jésus ; à Nazareth ; l’Esprit à l’origine de l’action de grâce (Luc 10,21 et très souvent dans les Actes) ; donné à ceux qui le demandent, 11,13. L’Esprit est souvent associé à ceux qui annoncent la Parole et discernent la venue du Royaume.


Comparaisons avec Marc. De nombreuses scènes se retrouvent, semblables, en Luc, Marc ou Matthieu. Les spécialistes disent qu’ils ont eu accès à une source commune. Il y a parfois des différences intéressantes à analyser. Ex. l’an dernier, certaines maisons d’Evangile ont été étonnées de l’immédiateté appel/réponse dans le récit de vocation chez Marc, 1, 16-20. Luc est “progressif”. Le discours à la foule (Lc 6, 20-42) n’a pas d’équivalent en Marc, il est plus court qu’en Matthieu. L’exercice de comparaison s’appelle lecture synoptique. Elle aide à repérer les différences et points d’insistance propres à l’un ou l’autre évangéliste, sans vouloir fusionner les récits.

 

Prier la Parole. Jésus signe de contradiction


Seigneur Jésus, les gens de Nazareth ne prirent pas beaucoup de temps
À passer d'un étonnement à l'autre, de l'admiration au rejet.
Encore aujourd'hui,
Ta parole crée de la curiosité, de l’indifférence ou de l’hostilité.
Certains ont choisi de te suivre.

 

Ta Parole, Seigneur,
Est toujours un signe de contradiction élevé au milieu du monde.
Tantôt elle nous ravit, tantôt elle nous heurte.
Nous acceptons volontiers que tu nous dises de nous aimer les uns les autres,
Mais ta demande d'aimer nos ennemis passe difficilement.
Nous admirons tes gestes de pardon,
Mais nous hésitons trop souvent à aller jusqu'au bout de notre propre conversion,
Ou de pardonner à notre tour à ceux qui nous ont fait du tort.
Et combien d'autres paroles nous mettent en contradiction
Entre notre désir de te suivre et nos résistances.
Nous te prions, Seigneur Jésus, de nous donner la force de tendre vers la cohérence
Entre notre foi et notre agir, car nous voulons répondre à ton appel à la sainteté.

"Venez et Voyez. Partages bibliques pour adultes". Novalis 2004
Centre biblique et catéchuménat de Montréal

 


N’oubliez pas de faire parvenir vos questions ou découvertes à :
Lire l’Évangile, Maison diocésaine BP1016 – 62008 Arras cedex
ou à diocese@arras.catholique.fr
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 4420 visites

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