Fiche 3 Luc Animer les rencontres

Miracles et paraboles, identité de Jésus

Section 3. Ch.7, 1 à 9,50

 

Lecture d’ensemble
 

 

Questions utiles pour une lecture rapide de la section : quels sont les personnages qui gravitent autour de Jésus et leur attitude envers Lui ?  A quelles personnes s’adressent “la parole” et “le salut” de Jésus ?


Dans la diversité des situations décrites au ch.7, on retiendra : la guérison de l’esclave d’un centurion, la résurrection du fils d’une veuve, les doutes de Jean-Baptiste, le repas chez un pharisien. Les bénéficiaires du salut sont parmi les catégories peu considérées : l’esclave (sans-droit) du centurion, la veuve, la pécheresse. Le ch.7 est sous le signe du salut : demande de “sauver l’esclave” du centurion au début et affirmation à la femme pardonnée, en fin de récit : “Ta foi t’a sauvée”. On aurait pu attendre le mot guérir au début, et le mot pardonner à la fin ! Luc veut nous renvoyer à l’annonce aux bergers : “un sauveur vous est né” : aujourd’hui cela se réalise.

 

La suite de la section est assez proche de Marc, mais avec nuances : par exemple après la confession de Pierre et l’annonce de la passion, Luc ne dit rien des objections de Pierre ni de la réplique de Jésus “Passe derrière moi, Satan !” (Mc 8,29-33 et Lc 9,18-22). A plusieurs reprises, la question de l’identité de Jésus est posée : par Jean-Baptiste, par Hérode, par Jésus lui-même. La réponse, c’est d’exprimer les actions de Jésus, comme annoncé à Nazareth. Les insistances sur “suivre Jésus” sont moins fortes qu’en Marc. Dans cette section nous découvrons les diverses réactions provoquées chez les gens par la mission de Jésus ou de Jean-B : de l’accueil au doute ou au rejet.

 

  • La foi du centurion en la parole de Jésus et les notables juifs qui supplient.
  • Ceux qui, saisis de “crainte”, rendent gloire à Dieu, 7,16 ou 9,43. (Ne pas confondre crainte de Dieu, c’est-à-dire profond respect, avec peur de Dieu).
  • La reconnaissance de la justice de Dieu par le peuple y compris les publicains, 7,29. (justice au sens où Dieu justifie/réconcilie et rend juste, et non au sens de juger et condamner).
  • Le rejet par les pharisiens et les légistes.
  • La question de l’identité de Jésus posée par Jean et ses disciples, par les convives 7,49 et par Jésus 9,18.
  • Le bouleversement de Jaïre 8,56.

 

Luc présente de manière bien sympathique le centurion. La pointe du récit, c’est la parole de Jésus : « Même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! ». Ceci préfigure l’annonce aux païens dans les Actes, 10,45 “même chez les païens le don de l’Esprit est répandu”. A croire que les étrangers sont mieux que les gens du pays (cf. à Nazareth, ch.4) ! Chaque fois que Luc parle de rapport entre l’Evangile et le monde romain, c’est toujours avec bienveillance. C’est une manière de dire à ses lecteurs païens : avant vous, d’autres romains, et pas des moindres, ont fait confiance aux paroles des chrétiens… pourquoi pas vous ? Le centurion fait confiance de suite à Jésus d’après ce qu’il a entendu dire… De même, confiance totale de la femme qui vient chez Simon. On ne peut en dire autant pour d’autres personnages du récit : les frères, les pharisiens, Jean Baptiste.

 

Zoom : 7,36 à 50 Le repas chez Simon


Le repas chez Simon n’a pas de parallèle dans les autres évangiles. Le récit est tout simple.


Les personnages : Simon, quelqu’un de bonne renommée ; un pharisien qui invite Jésus, c’est assez rare ! Une femme de la ville, pécheresse de réputation : rien ne permet de dire qu’il s’agit d’une prostituée ; elle pose des gestes d’hospitalité. Jésus a l’initiative du dialogue avec le pharisien et avec la femme. Les convives ne sont que de simples spectateurs qui, tout à la fin, se posent “en eux-mêmes” la question de l’identité de Jésus. Le pharisien avait déjà répondu en lui-même que ce Jésus ne pouvait pas être prophète.

 

Deux principes de savoir-vivre sont supposés connus : mettre à l’aise le visiteur avec un rafraîchissement (un peu d’eau fraîche sur les pieds) ; éviter la fréquentation des femmes (la qualification de pécheresse est un présupposé fréquent chez les bien-pensants). Autour de ces principes se noue l’intrigue. Comment être prophète et se laisser toucher par cette femme ? En racontant une histoire sans rapport, à première vue, avec la situation, Jésus défait les nœuds que le pharisien a créés avec son jugement et c’est lui-même qui répond : “celui à qui l’on a fait grâce le plus, celui-là aime davantage.” “Tu as bien jugé” dit Jésus et il l’invite à un autre regard sur la femme. La parole de Jésus vient retourner le regard du pharisien. Les dernières paroles du récit signifient le salut et la paix donnés par Jésus. Cette mission de Jésus était annoncée dans le prologue de Luc.

 

Une difficulté de compréhension. L’annulation de la dette provoque la reconnaissance ; le pardon provoque l’amour. Beaucoup interprètent le v.47 ainsi : ses péchés ont été pardonnés parce qu’elle a beaucoup aimé. Cette interprétation ne prend pas en compte d’autres phrases comme “Celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour”, ou encore : “Aime davantage celui auquel on a davantage fait grâce”. Le geste de la femme au début du récit est à comprendre comme sa manière à elle de reconnaître en Jésus le prophète, celui qui apporte le pardon de Dieu. L’amour de cette femme est le signe (et non la cause) du pardon de ses péchés. Par son geste, elle vient signifier sa gratitude envers Jésus.

 

Dans ce récit se retrouvent quelques lignes-force de Luc : Jésus apporte le salut et la paix, c’est-à-dire la réconciliation avec Dieu. Les pécheurs, les mal-vus, sont les premiers à reconnaître en Jésus l’envoyé de Dieu. Luc expose ici encore la miséricorde de Dieu envers les pécheurs.

 

Pour aller plus loin.


Les doutes de Jean-Baptiste (7,18-23). Ses proches lui ont rapporté, dans sa prison, les activités de Jésus : “Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres”. Or ceci ne ressemble pas exactement à ce que Jean avait prêché ! Celui qui devait venir après lui serait un homme fort, un redresseur de tort, quelqu’un qui balaierait les imposteurs et les pécheurs. Certes, Jésus guérit, mais on dit aussi qu’il s’invite chez les pécheurs, qu’il donne le pardon, qu’il oublie de parler de la vengeance de Dieu (la citation d’Isaïe, par deux fois tronquée, ch. 4,18 et 7,22). Jean-Baptiste pensait à un Messie qui exterminerait toute personne à l’affût du mal (Isaïe 29,19-21). Or Jésus ne condamne pas, il invite à aimer ses ennemis. Cela trouble l’image que Jean se faisait du Messie.

 

Aujourd’hui, quelle image de Dieu, de l’Eglise donnons-nous? Doit-elle être autoritaire, ne passant sur rien, continuer à condamner, à exclure, à mettre à l’Index, doit-elle s’éloigner des pécheurs, des derniers de la société, pour demeurer une société de purs qui parle un langage d’une autre époque ? Ne doit-elle pas sans cesse offrir le salut, le pardon, la réconciliation et la paix ?

 

“Va en paix” 7, 50 et 8,48. Dans l’usage courant le mot paix/shalom est d’abord une salutation bienveillante, dans laquelle on souhaite une plénitude de vie, de bonne santé, de bonheur. La paix, c’est aussi la bonne entente, un don de Dieu pour toutes les nations, le signe des temps messianiques. Le Messie est qualifié de prince de la Paix. Ce souhait de paix est adressé à la pécheresse et à la femme guérie. Les apôtres, ch.10, seront invités à donner cette paix dans les villages où ils passeront. Luc a choisi ce mot paix, ignoré de Jean et très peu présent dans le reste du N.T. La liturgie a retenu ce souhait au moment de la communion “La paix soit avec vous” et “Donnez-vous la paix”, puis “Allez dans la paix du Christ”. En Jésus nous sommes réconciliés avec Dieu et avec nos frères.

 

Qui sont mes frères ? (8,21) : Luc est plus précis que Marc (3,35) et Matthieu (12,50) : “ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique”. Ce sera répété en 11,28. L’écoute de la Parole, chez Luc, est une caractéristique du disciple (9,35).

 

A Naïm, une guérison qui ramène à la vie. Comme souvent dans les récits de miracle, la finale rapporte la réaction des spectateurs ; ici Luc reprend des mots du Benedictus (Lc 2,18-20) : Rendre gloire à Dieu, visiter son peuple. Luc signifie que l’annonce se réalise. Dans l’AT, on parle de visite de grâce, ou visite de châtiment. Luc est le seul des évangélistes à utiliser l’expression comme visite de la grâce de Dieu. Pour lui, c’est déjà réalisé Dieu a visité son peuple ! Par la parole seule, Jésus rappelle le fils, à la différence d’Elie ou Elisée.
Le titre Le Seigneur n’est attribué à Jésus qu’après la résurrection. Ainsi, Luc invite à lire le récit comme annonce de la résurrection de Jésus. C’est une catéchèse sur Jésus, mort et ressuscité. Que Jésus « rappelle à la vie » quelqu’un sur le départ est plausible. Les témoins n’ont pas cherché davantage. Ils ont surtout retenu la compassion de Jésus envers une veuve, signe de la visite de Dieu.

 

Autres remarques
L’attitude du centurion. Le centurion a entendu parler de Jésus et fait confiance, mais ce sont des notables juifs qui intercèdent pour lui, à sa demande. Ensuite il fait dire par des amis “Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri”. Jésus relève cette attitude comme signe de foi. L’Eglise a repris l’expression du centurion, au moment de la communion.

 

La guérison du possédé gérasénien. Aujourd’hui nous dirions qu’il souffre d’une maladie psychiatrique. En ce temps-là, quand on ne savait pas expliquer une maladie, on disait : « il a un démon ». Le plus intéressant est la fin du récit. Jésus refuse que le guéri le suive, mais il lui confie une mission : « retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi ! ». N’est-ce pas une manière de créer chez lui une maison d’Evangile avant l’heure, de créer une nouvelle communauté de disciples sur place, là où il vit et non ailleurs ! C’est ce qui nous est demandé à nous aujourd’hui.
Jésus vient libérer de tous les démons… La perte d’un important troupeau de porcs (symbole de tout ce qui est impur) invite à comprendre que Jésus apporte au pays une libération totale de tout mal.

 

Dans le récit de la multiplication des pains, outre le renvoi au jeudi-saint, Luc pense aux disciples d’Emmaüs au moment où ils retiennent leur compagnon avec eux : il emploie la même expression mot pour mot : “le jour commençait à baisser”. Ce n’est pas un hasard. En effet, ce qui nous reste aujourd’hui pour rappeler la présence de Jésus au milieu de nous, c’est l’eucharistie, après avoir lu les Ecritures.

 

Prier la Parole : Tu nous as visités.

 

Seigneur, tu es venu, tu as parlé l'amour en millier de façons,
tu as vécu l'amour dans le moindre de tes gestes, le plus furtif de tes regards,
et en mourant par amour, tu nous invites à te suivre.

 

Bien sûr, tu as dit, tu as fait tout cela et ce qui nous en reste,
c'est l'aspect merveilleux de la facilité avec laquelle, par cet amour,
tu es devenu un homme.

 

Mais nous, nous restons après toi portant en nos esprits
cet amour inconnu qui pourtant nous appelle sans prononcer son nom.
Nous restons après toi sans savoir nous y prendre,
portant entre nos mains malhabiles cet amour si fragile.
Il est à nos épaules un vêtement trop grand, comme serait à nos yeux un horizon sans limites.
Il est à notre esprit une nouvelle inconnue, une autre tentation peut-être
de le garder en nous, et puis de l'étouffer.
Mais l'amour se refuse aussi, alors que faire?
Mais l'amour ne se comprend pas toujours et de même que nous,
Nous n'avons pas compris le tien, de même les autres
Peuvent ne pas comprendre le nôtre et puis le refuser.

 

Alors, Seigneur, la terre sans amour attend de toi une raison d'aimer,
La terre sans espoir une raison d'espérer,
Et l'homme qui se refuse, une raison de s'aimer.
Quel est ton nom…, F Chagneau.

 

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Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3693 visites

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