A l’écoute de la Parole de Dieu

Réflexion théologique sur une expérience ecclésiale de lecture

Maison d'Evangile - Luc Maison d'Evangile - Luc   Le désir de lire l’Evangile en maisons d’Evangile s’est à nouveau manifesté lors des présentations faites au cours mois de septembre 2009. Plus de 500 personnes y ont participé. Les témoignages et les questionnements reçus l’an dernier au cours des maisons d'Evangile avec Marc laissent entendre qu’il s’est passé quelque chose dans le cœur de chacun, dans l’intelligence de l’Ecriture et les progrès dans la foi. Le dialogue que Dieu désire entretenir avec chacun de nous comme avec un ami a pu grandir plus qu’on ne l’espérait…
Acclamons la parole de Dieu… louange à Toi Seigneur Jésus !

 

Maison d'Evangile - Luc Maison d'Evangile - Luc  Lorsqu’après la lecture de l’Evangile, le célébrant lève l’évangéliaire et invite à acclamer la Parole, nous comprenons bien que ce n’est pas une invitation à vénérer le livre, mais à acclamer celui qui est la Parole, le Verbe de Dieu. Le christianisme n’est pas une religion du Livre, mais la foi au Vivant. L’Ecriture est l’expression, comme d’une conversation, au cours des âges, entre Dieu et les hommes qui se tournent vers Lui. On y trouve des actions de grâces, des témoignages de vie, des cris de désespoirs ou de révoltes, des cris de guerre et du sang versé, des textes de loi et beaucoup de paroles pour éduquer la foi de génération en génération. La diversité des textes devient pour nous témoignages, paroles de croyants, expression d’une foi toujours en recherche du Dieu vivant : quand te verrais face à face ? (Psaume 42)

 

Lire l’Ecriture n’est pas toujours chose facile.


Luc Evangile Luc Evangile    En effet, ces textes sont d’une autre époque, écrits dans un contexte historique que nous connaissons plus ou moins. Le language biblique s’exprime par des images et des paraboles, elle surprend l’homme moderne, plus habitué à parler en termes abstraits : la liberté, la solidarité, la paternité, la justice, la miséricorde, etc. Non sans humour, Origène laisse entendre que Dieu lui-même aurait introduit quelques difficultés pour nous éviter l’endormissement devant la logique et l’habileté du récit : des pierres d’achoppement, des passages choquants et des impossibilités! (Traité des principes IV,2,9. Sources chrétiennes n° 268).

Pour ajouter à la difficulté de lire, notre lecture d’aujourd’hui est encombrée par les multiples images héritées des sermons et des représentations d’autrefois. Il faut parfois dépoussiérer notre grenier à images. Il est heureux que depuis cinquante ans, la lecture continue de la Bible ne soit plus réservée aux clercs : cela oblige le lecteur à vouloir comprendre ce qu’il lit. D’innombrables progrès ont été faits dans la compréhension du fonctionnement des langues anciennes, dans les recherches archéologiques et dans l’interprétation de l’histoire de l’Ancien Moyen-Orient. Ces nouvelles découvertes sont surprise et étonnement pour plus d’un, parfois même blocage intellectuel ou spirituel : « ce n’est plus comme avant ! Mais alors est-ce encore vrai, où est la vérité ? »

S’il est parfois désarçonné dans sa foi, en même temps, le croyant se trouve incité à mieux comprendre et exprimer ce qu’il croit. Heureux les jeunes parents qui cherchent à transmettre à leurs enfants quelque chose de leur foi, car ils sont alors amenés à chercher les mots justes pour leurs jeunes interlocuteurs, leurs mots à eux, par lesquels s’exprime leur propre foi en Dieu. Il ne s’agit plus de réciter par cœur les questions du catéchisme et leurs réponses.

 

La Parole de Dieu, qu’est-ce à dire ?


Vous avez sans doute remarqué que, pour la plupart des livres bibliques, du Nouveau comme de l’Ancien testament, est accolé un nom : Matthieu, Marc, Jean, Jérémie, Isaïe, Moïse, Malachie etc. C’est une manière d’inscrire dans l’histoire humaine la Parole de Dieu. La Parole n’est pas une entité extérieure qui ferait partie du monde des idées, comme le disait Platon. Elle est inscrite au plus profond de notre être, affirme Jérémie, 31,33. Saint Jean introduit son Evangile par l’affirmation : le Verbe, s’est fait chair, il a planté sa tente au milieu de nous, 1,14. Pour nous parler, Dieu a pris visage d’homme, il s’est fait l’un de nous.

  

Accueil à Massada Scribe  
Accueil à Massada
Accueil à Massada
La Parole est le fruit d’un travail de rédacteur, d’écrivain inspiré. Les auteurs de la Bible ne sont pas simplement un canal par lequel passerait une Parole reçue d’en haut : “Dieu a choisi des hommes auxquels il a eu recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens…” (Dei Verbum n°11). La Parole, dans la Bible, existe selon les conditions de l’expression humaine, avec ses règles et ses limites. L’Ecriture a besoin d’interprétation, affirmait Benoit XVI lors de sa visite en France. De l’échange, de la conversation que chacun entretient avec la Parole, si possible en communauté d’Eglise, accompagné par d’autres croyants, quelque chose grandit que l’on appelle dialogue dans la foi. Cette Parole interroge notre être, notre existence et nos choix. A chacun il revient de répondre, en paroles et en actes. Par exemple, après sa participation à une première rencontre en maison d’Evangile, un jeune disait : « Je croyais que l’Evangile c’était comme un code de Droit, une succession de commandements ». Il découvrait que quelqu’un s’adressait à lui, comme témoin de Jésus. Parole humaine et Parole divine s’entrecroisent, ainsi l’Ecriture, inspirée par l’Esprit devient inspirante pour celui qui la reçoit.

 

La Bible, texte fondateur


Image pour l'invitation Jesus. Evangile de Luc  
Image pour l'invitation
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Les ethnologues ont inventé l’expression textes fondateurs, pour désigner une œuvre ou un ensemble littéraire, historique ou mythologique, qui est à l’origine d’une culture, d’une civilisation. Ces textes font partie de la mémoire d’un peuple qui puise dans ses origines les raisons de son existence présente. Ainsi en est-il de la Bible. On ne peut parler de texte fondateur que dans la mesure où le texte n’est pas seulement objet d’études mais quand le lecteur affirme que ce livre le concerne, lui, dans son existence. Ainsi en est-il, dans la succession des générations pour les Juifs comme pour les chrétiens, dans leur rapport aux saintes Ecritures.


La base sur laquelle je fonde ma vie, c’est Jésus, le Christ, tel que me le révèlent les Ecritures et, en particulier, les Evangiles, chacun et tous ensemble. Car il ne s’agit pas de choisir l’évangile qui me plairait. Cette réception des Ecritures nous rattache en particulier aux premiers fondateurs, le groupe des Douze, lesquels se sont inspirés de l’Ancien Testament pour découvrir en Jésus celui que Dieu a consacré comme Messie, lui dont la condamnation avait entrainé le rejet hors du monde des vivants et de l’Ecriture. Le premier des quatre évangélistes, Marc, dès les premiers versets, fonde le rapport de son Evangile aux Ecritures : « Ainsi qu'il est écrit dans le livre du prophète Ésaïe, Voici, j'envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin. » Il est indispensable à tout baptisé de savoir sur quoi et sur qui il fonde son existence croyante : l’Ecriture est le fond commun sur lequel s’édifie l’Eglise.

 

La notion de vérité et d’histoire

 

Beaucoup espéraient autrefois avoir accès directement, par la simple lecture de la Bible, à ce qui s’est passé, à ce qui s’est dit au temps de Jésus, d’Isaïe ou de Moïse : accès à la vérité. Il suffit d’évoquer les différentes histoires de Jeanne d’Arc, ou l’histoire de France sous la 3ème République (côté République et côté catholique) pour savoir que c’est un peu plus compliqué. Ceci devrait nous rendre plus prudents quand nous prétendons accéder directement à la vérité historique.

 

TOB-NT-Bible TOB-NT-Bible  Les plus anciens se souviennent de la lecture littérale et fixiste qu’on leur avait enseigné, lecture que le cardinal Ratzinger appelait fondamentaliste et « qui exclut tout effort d’interprétation. Cette façon de présenter ‘les vérités’ s’enracine dans une idéologie qui n’est pas biblique… Le fondamentalisme a souvent tendance à ignorer ou à nier les problèmes que le texte biblique comporte dans sa formulation hébraïque, araméenne ou grecque… Le fondamentalisme ne tient pas compte de la croissance de la tradition évangélique mais confond naïvement le stade final avec le stade initial… S’attachant au principe de ‘sola scriptura’, le fondamentalisme sépare l’interprétation de la Bible de la Tradition guidée par l’Esprit-Saint. L’approche fondamentaliste est dangereuse »  (Commission biblique pontificale 1993)


Dans son discours aux Bernardins, en septembre 2008, Benoit XVI revient sur la nécessaire interprétation en Eglise : « l'Écriture a besoin de l'interprétation, et elle a besoin de la communauté où elle s'est formée et où elle est vécue ».


Il était une époque où l’on opposait le Christ de la foi et le Jésus de l’histoire. Aujourd’hui, les deux approches sont appelées à entrer en dialogue. Le lecteur d’aujourd’hui reçoit les textes comme expressions situées dans une histoire, témoignages de croyants soucieux de dire leur approche de Dieu. Que ce soit Isaïe, Amos, Luc ou Paul, chacun à sa manière affirme avoir été saisi, transformé par la rencontre de Dieu, et ils balbutient leur expérience dans leurs mots d’hommes de leur temps. A lire et de méditer leurs écritures pour qu’elles deviennent nourriture pour un dialogue intime avec Dieu et pour propose notre témoignage à ceux nous qu’ils nous est donné de rencontrer sur les chemins du monde.

 

La lectio divina

 

 La lecture de la Bible, la lectio divina, est redevenue un lieu privilégié où le chrétien puise nourriture pour sa foi et son témoignage au milieu des hommes. Il existe différentes propositions développées par les maîtres spirituels. Mais elle est d’abor le fruit du désir de rencontrer Dieu, d’être rencontré par Lui. Le premier réflexe de lecture est de chercher le témoignage de foi qui transparait dans les textes bibliques. Trois grandes étapes balisent le chemin de lecture croyante : l’observation, la méditation, la contemplation.

 

  •  Le premier temps, indispensable, consiste à observer le texte lui-même, le respecter pour éviter de lui faire dire ce qu’il ne dit pas, pour ne pas lui faire dire ce que nous avons envie qu’il dise. Pour cela il existe plusieurs méthodes, parfois appelées grilles ou chemins de lecture. Le texte de la Commission biblique Pontificale de 1993 en présente six principales.
     
  • P10Maison d'Evangile - Luc80890 P10Maison d'Evangile - Luc80890  Le deuxième temps, dans la continuité du précédent, écoute ce que ce texte dit de la foi de  ceux qui ont écrit et l’ont transmis. Leur expérience de croyant peut éclairer, inspirer ou questionner notre propre expérience de croyants aujourd’hui. C’est le temps de la méditation, de la rumination de la Parole. La méditation donne de goûter le message de bonheur, Bonne Nouvelle, qui a fait vivre les générations précédentes et qui peut inspirer aujourd’hui la vie de foi et le chemin de croyant en Eglise et au cœur de la société actuelle. La méditation revêt des couleurs différentes selon l’âge, l’investissement en société, le partage avec d’autres croyants, les sensibilités culturelles, artistiques, émotives. Il n’y a pas de modèle unique.
     
  • Le troisième temps découle des deux précédents. Chacun y exprime devant Dieu, de façon personnelle (Seigneur,… je…) ce qui a été précédemment révélé. C’est le temps de la prière ou contemplation. Dans les maisons d’Evangile, c’est le dernier quart d’heure. Un temps de silence est indispensable, surtout quand on désire continuer l’échange autour de la Parole. Non, maintenant c’est avec Dieu que je désire m’entretenir. Un psaume, une prière déjà formulée peut aider. Reprendre la prière de Jésus, ou le magnificat… C’est vers Dieu que je me tourne pour le remercier de ce que j’ai découvert, vécu. Je reformule pour Lui mes découvertes, mes souhaits, mes coups de colère ou de révolte, mes demandes… Ceci peut être partagé au sein du groupe. Chacun peut accueillir la prière de l’autre, la faire sienne. Elle ne se discute pas.

Extraits de Dei Verbum


 Voté par les évêques du Concile à la fin de la dernière session en 1965, ce texte traduit l’importance des débats qui animèrent les pères conciliaires sur la place de la Bible dans l’Eglise et dans le monde. Comme l’a écrit le cardinal Kasper, Dei Verbum « a amené à une conscience grandissante sur la signification des Saintes Ecritures, a promu les ministères de pastorale biblique, et a donné un nouvel élan à l’étude scientifique de la Bible. »

 

« Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l'Esprit-Saint, auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine Dans cette révélation le Dieu invisible s'adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu'à ses amis, il s'entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie ». (n°1)

 

Servir le dialogue de Dieu avec nous Prérentrée 2008  
Servir le dialogue de Dieu avec nous
Servir le dialogue de Dieu avec nous
« Le saint Concile exhorte de façon insistante et spéciale tous les fidèles du Christ …pour qu’ils acquièrent par la lecture fréquente des divines Ecritures, "une éminente science de Jésus-Christ"(Ph 3,8). "L'ignorance des Ecritures, est en effet l'ignorance du Christ". Qu’ils s’approchent donc volontiers du texte sacré lui-même, soit par la sainte liturgie imprégnée des paroles de Dieu, soit par une pieuse lecture, soit par des cours appropriés et par d'autres moyens… Qu'ils se souviennent que la prière doit aller de pair avec la lecture de l’Ecriture sainte, pour que s'établisse le dialogue entre Dieu et l'homme. » (n°25)

 

Conclusion


Les maisons d’Evangile ne sont-elles pas une mise en œuvre de la permanente actualité de la Parole de Dieu dans l’histoire et dans notre aujourd’hui ?

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Pour développer cette réflexion, on pourra lire :

 

  • Le Nouveau Testament, édition intégrale (texte et annotations). Traduction œcuménique de la Bible, Cerf 19€. Disponible au service de la catéchèse
     
  • Dei Verbum : Constitution dogmatique sur la Révélation, Vatican II, 1965.
     
  • L’interprétation de la Bible dans l’Eglise, Commission Biblique pontificale. Documentation catholique n° 2085, janvier 1994.
     
  • Marie-Françoise Baslez : Ecrire l’histoire à l’époque du N.T. Cahiers Evangile Supplément, n° 142.
     
  • Michel Berder, Sciences de la Bible et approches contemporaines revue Sens, juifs et chrétiens dans le monde aujourd’hui 5-2008, p.279-293.
     
  • Lire la Bible aujourd’hui, quels enjeux pour les Eglises ? Actes du colloque de l’ISEO, Gérard Billon, Cahiers Evangile n°141, 2007
     
  • Alain Marchadour : Les évangiles, survol d’un siècle de recherches. Etudes sept.2006, p. 209-219.
     
  • Daniel Marguerat : Première histoire du christianisme. Lectio Divina 180 : Comment Luc écrit l’histoire, premier chapitre.
     
  • Hors série Bayard Lire la Bible
     
  • Marc Sevin, La lecture croyante de la Bible. Cahiers de l’Atelier n° 473, p.64-72.
     
  • Dei Verbum Christoph Théobald, Cerf, Cogitatio fidei 2009
     
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