Homme et femme à la ressemblance de Dieu

27ème dimanche ordinaire

Genèse 2, 18-24 ; Hébreux 2, 9-11 ; Marc 10, 2-16

 

Est-ce que je peux, oui ou non ? Des pharisiens viennent trouver Jésus sur la répudiation d’une épouse. Est-ce permis, oui ou non ? Dans l’ordre du permis et du défendu, cela nous arrange bien souvent de nous réfugier derrière un règlement, une loi, pour ne pas avoir soi-même à prendre la mesure de nos actes, de ce qui est bien et judicieux de faire. De quelle espèce d’homme sommes-nous, pour nous vouloir nous référer aux règles comme si nous n’avions aucun libre-arbitre ?


Il se fait que, dans l’épisode lu ce dimanche, Jésus ne répond pas à la question : “Est-il permis de renvoyer sa femme ?” Il ne dit ni oui, ni non. Reconnaissons d'abors que, lorsque l’on pose la question, il est trop tard pour parler amour entre mari et femme. Jésus ne répond ni oui, ni non, il provoque à réfléchir en vue de savoir ce qui est juste –d’après ses auditeurs- aux yeux de Dieu, non pas parce que ce serait écrit quelque part dans un texte de loi, mais parce que Jésus renvoie ses questionneurs à une certitude de foi pour les croyants : homme et femme, ensemble (et non chacun) ont été créé à l’image de Dieu. Le visage de Dieu se reflète dans le couple homme/femme. C’est dans la relation même homme-femme que se découvre le visage de Dieu-amour.

 

Marie Balmary a écrit de très belles pages à ce sujet, dans “La divine origine”, p. 68 sq.’ Alors que le rédacteur de la Genèse décrit la création des animaux ainsi : "il les créa selon son espèce", pour la création de l’humain, il écrit : "il les créa à son image et à sa ressemblance". L’humain n’est pas une espèce de plus qui remplira plus tard l’arche de Noé. Dans son étude, Marie Balmary étudie quels pronoms sont employés: “je, tu il, nous, vous et ils”,. Elle constate qu’à partir de la création du vivant, on trouve une formule à l’impératif : croissez, multipliez… Mais pour le couple humain que Dieu a créé, il y a plus : apparait pour la première fois dans la Bible un nouveau pronom : vous… "Voici, je vous ai donné herbe, arbres et fruits, ce sera pour vous nourriture ! Et Dieu vit ce qu’il avait fait, c’était vraiment très bon".

 

Comme tout récit sur les origines, ces textes de la Genèse sont une représentation des rapports entre Dieu et les humains. C’est dans leur relation homme/femme que les humains sont visage de Dieu, et non chacun par soi-même. La réflexion philosophique sur l’individualité n’avait pas encore fait son apparition dans le monde des idées. Il faut attendre la modernité pour cela. Mais la notion d’être et d’Individu, issue de la culture grecque, a déformé la philosophie biblique qui insiste avant tout sur la relation. C'est à partir de cette autre culture qu'on parlera dans l'Eglise de l'individu homme, de l'individu femme à l’image de Dieu. Ce n’est pas faux ; mais reconnaissons à l’auteur des récits de Genèse, qu'oil nous offre une compréhension de la relation homme/femme bien plus judicieuse et révélatrice que celle du permis et du défendu.

 

On retiendra encore le refrain : "c’est bon, c’est très bon !"   Il y a là de quoi interroger notre regard sur le monde et la société actuellement. Sommes-nous à ce point désenchantés que l’existence de ce monde ne soit plus une chose bonne ? Il n’est pas parfait, et il y a beaucoup à faire pour lui rendre sa dignité, sa fraternité, sa solidarité et beaucoup cherchent à développer la fraternité, la liberté, le devenir du monde. La critique systématique des récits de Création par certains hommes du XIXème siècle ne nous a pas aidés à comprendre le regard sur l’homme dans sa relation homme/femme, ni dans sa relation à Dieu.

 

Ce que le Christ Jésus vient apporter, ce n’est pas la loi du permis et du défendu, mais celle d’un regard sur l’autre. Le Dieu de la Bible est d’abord le Dieu de la rencontre. Ainsi au début du ch 3 de la Genèse l'auteur présente Dieu qui se promène dans la jardin, à la brise du soir, à la rencontre de l’homme mais l’homme a fui cette rencontre. Dès lors l’histoire de la rencontre de l’homme et de son Dieu apparaitra-t-elle comme l’histoire d’une alliance, avec ses hauts et ses bas, une alliance à l’image du couple avec ses hauts et ses bas… Mais à partir du moment où l’on met cette relation sous le règne du permis et du défendu, il est alors difficile de parler d’alliance, d’amour. Pensez à l'eucharistie: ceci est le sang de l'alliance nouvelle et éternelle..

Au fait, qu’avez-vous fait de votre alliance ? E.H