Fiche 7 Luc Animer les rencontres

A Jérusalem. Enseignements dans le Temple


Section 7. Ch.19, 29 à 21, 38


Pour ceux qui seraient limités dans le nombre des rencontres, nous proposons de passer directement à la section 8. La section 7 correspond à Marc section 5. Il peut être intéressant de lire ou relire la fiche 5 sur Marc.

 

Lecture d’ensemble
 

Luc puise à une source commune avec Marc, pour ces chapitres 19-21 qui concernent l’entrée à Jérusalem, les enseignements dans le Temple et l’opposition des responsables juifs. Cependant Luc ne mentionne plus les Pharisiens, un peu comme s’il ne voulait pas faire porter sur eux seuls le poids de la condamnation de Jésus. Dans son œuvre, il a su montrer que tous les Pharisiens n’étaient pas hostiles à Jésus. Absents du récit de la Passion, on les retrouvera dans le livre des Actes. La tradition chrétienne n’a retenu d’eux que leur opposition systématique et les paroles dures de Jésus à leur égard. Sans doute faut-il nuancer.


Sitôt terminé le récit de l’entrée à Jérusalem, Luc évoque la ruine de Jérusalem, dans les paroles de Jésus (19, 41-44 puis 21, 5-6 et encore 21, 20-24). Ne nous étonnons pas des précisions données ici et un peu plus loin, car Luc écrit après les évènements. Il ne faut pas oublier que les prophètes Jérémie et Ezéchiel avaient eux aussi annoncé la ruine de Jérusalem en leur temps. Luc interprète le malheur comme le fruit du refus d’entendre la bonne nouvelle de paix apportée par Jésus. Luc insiste sur le refus de croire ; Jérusalem refuse de voir Dieu qui visite son peuple pour lui offrir le salut (se rappeler le cantique de Zacharie, Luc 1, 68).
 

Les catastrophes évoquées par Luc sont l’occasion pour mettre en garde les chrétiens au sujet des persécutions et des souffrances qu’ils risquent d’endurer, dans la société et au sein même de leurs familles. Ce temps-là, quand il viendra, sera aussi le temps du témoignage.
Jésus enseigne dans le Temple. Au ch.20, nous retrouvons Jésus enseignant le peuple dans le Temple (en fait, sur l’esplanade et sous les portiques prévus à cet usage). Rappelons-nous le récit sur Jésus au temple, âgé de 12 ans, entouré des docteurs de la Loi. Cette fois, ce n’est plus de l’admiration mais, ouvertement, de la contestation. La succession des polémiques, des pièges tendus à Jésus montre combien le climat était tendu entre Lui et les autorités. Seule, la peur de la foule empêche les opposants d’arrêter Jésus. vigne vigne  La polémique commence au sujet de l’autorité de Jésus, puis au sujet de l’impôt à l’empereur, de la résurrection.

 

 La parabole des vignerons (20, 9-19) évoque l’histoire d’Israël et de Jésus sous une forme imagée (allégorie) ; elle associe l’histoire des prophètes mal reçus à celle de Jésus, finalement rejeté et condamné. Le maitre de la vigne envoie son fils dans l’espoir qu’il soit reconnu et non qu’il soit mis à mort. Ce sont les vignerons qui décident de sa mise à mort.

 

 

 L’épisode de l’impôt à César Effigie empereur Auguste -45a+14 Effigie empereur Auguste -45a+14  suppose qu’on sache qu’il est interdit à tout Juif de représenter ou de porter sur soi une représentation humaine. Or la pièce présentée porte l’effigie de l’empereur. Jésus les prend donc en flagrant état de péché. Cette histoire est une invitation aux Pharisiens et Hérodiens à mettre en accord leurs actes et leurs enseignements. Il est peu probable que Jésus ait voulu faire séparation entre le temporel et le spirituel comme certains l’ont enseigné. Cette séparation était impensable à l’époque, tout était considéré comme religieux, la politique comme le reste. La réponse de Jésus n’est-elle pas plutôt invitation à savoir discerner : offrir le meilleur de soi-même à Dieu, sans pour autant négliger de rendre au pouvoir en place ce qui lui est dû.

 

La résurrection. Il y avait à ce sujet, discussions entre différents courants juifs. Les Pharisiens croyaient en la résurrection, les Sadducéens le refusaient. Jésus apporte sa logique à partir de la formule “Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob.” Une telle expression sous-entend qu’Abraham est vivant auprès de Dieu. Aujourd’hui encore, selon les enquêtes d’opinion, des chrétiens croient difficilement en la résurrection !

 

Comme en Marc et en Matthieu, les dernières paroles de Jésus (21, 28-36) sont de l’ordre de la mise en garde : “restez éveillés, priez pour être dignes de tenir debout devant le Fils de l’homme”.

 

Zoom : L’entrée à Jérusalem (19, 29-40)


Angle support esplanade du Temple Jérusalem  
Angle support esplanade du Temple
Angle support esplanade du Temple
  Sans doute direz-vous : « ce texte, on le connait déjà ! ». En gros, oui, mais dans le détail ? Comment se fait-il que Luc ajoute certaines précisions ou en oublie d’autres ? Commençons donc par lire ce qui est écrit et nous étonne. Reprenons les questions posées dans la fiche 00 pour le zoom. Par exemple, qui accompagne Jésus sur le chemin ? La foule des disciples. Luc ne parle pas de tout le peuple. Ce ne sont pas les mêmes qui réclameront Barabbas devant Pilate, comme nous le pensons trop souvent. Ce ne sont pas les mêmes gens.


Autre différence : comment se fait-il que Luc (19,38) remplace “Hosanna au plus haut des cieux” par “Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux” ? Et la mise en garde des Pharisiens, l’aviez-vous remarquée ? Et la montée à Jérusalem qui est une descente ! Bien sûr, ce ne sont que des détails, et on pourrait passer outre. Mais Luc a choisi ces mots-là, ces détails, et il nous faut les recevoir, essayer de comprendre, d’interpréter en Eglise et à l’aide de l’Eglise, comme le demande Benoit XVI, avec des outils adaptés. Ces différences sont des indices. Au début de l’Evangile ce sont les anges qui chantent “gloire à Dieu et paix…” ; à la fin de l’Evangile, des hommes à leur tour disent “ paix…, gloire…”


Autour de Jésus. Il y a une volonté de cohérence chez Luc et, en bon historien, il ne se laisse pas déborder par l’imagination. La foule, ce sont des disciples nombreux, des galiléens pèlerins qui arrivent à Jérusalem. Ils acclament Dieu, ce qui est logique et, avec un peu d’exaltation, ils remercient leur guide, le rabbi Jésus qui les accompagne. Ils souhaitent même qu’il devienne “le roi”, reconnu par tout le monde. Par ses paroles et ses actes, Jésus a montré une pratique libératrice : “Loué soit Dieu et son envoyé !”. Des Pharisiens demande à Jésus de les calmer, rien d’étonnant.


Le Roi, la Paix, la Gloire. Lorsque Luc écrit l’Evangile, sa conviction est faite : Jésus est bien l’envoyé de Dieu, le Fils de David. Luc ajoute logiquement ‘notre Roi’ à la citation d’Isaïe : “Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, notre Roi”. Pour l’entrée à Jérusalem, il est probable que Luc pense au sacre de Salomon au début de l’histoire des Rois d’Israël. (1 Rois 1). Le nom Salomon signifie “le pacifique”, de shalom, la paix. Or plusieurs fois au cours de l’Evangile, Luc a présenté Jésus qui apporte la paix. “Paix dans le ciel” est une manière subtile de nous rappeler le chant des anges, mais aussi les cantiques de Zacharie et de Syméon : “pour guider nos pas sur le chemin de la paix” (1,79), “gloire d’Israël ton peuple” (2,32). Ces mots sont comme des fils qui parcourent le texte de Luc du début à la fin. A nous de les repérer, en devenant davantage familiers de l’Ecriture !


S’ils se taisent, les pierres crieront ! (19, 40). Ceci est propre à Luc. Sans doute Luc veut-il ici signifier le refus et la ruine du peuple juif qui n’a pas su reconnaître en Jésus l’envoyé de Dieu. C’est le regret d’un rendez-vous manqué. Rien n’aurait dû empêcher Jérusalem de reconnaître Jésus. Cette affirmation exprime la certitude que Jésus sera reconnu, ne serait-ce que bien plus tard, par les païens : “eux, ils écouteront”, affirme Luc à la fin de son œuvre (Actes 28,28).

 

Pour aller plus loin.


A Béthanie. Les deux sections 7 et 8 forment un ensemble : “A Jérusalem”. Cet ensemble commence à Béthanie (19,29), et se termine aussi à Béthanie, le soir de Pâques, lorsque Jésus fut séparé d’eux et emporté au ciel (24,50). La formulation passive : séparé et emporté est une tournure sémitique pour laisser entendre que c’est l’œuvre de Dieu, sans donner le nom de Dieu que l’on ne prononce qu’avec le plus grand des respects. Si Luc indique que c’est un ensemble, cela ne signifie-t-il pas qu’on ne peut séparer les parties qui constituent cet ensemble : entrée à Jérusalem, acclamation de Jésus, polémiques contre lui, eucharistie, mort et résurrection ?

 

Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions Le Temple de Jérusalem  
Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions
Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions

 

Enseignement à tout le peuple, 19, 47 à 20,40. Luc manifeste une différence entre “tout le peuple” qui écoute et “les grands prêtres, scribes et chefs du peuple” qui cherchent à mettre la main sur Jésus. Ces groupes sont les trois ordres représentés au Sanhédrin. Ils possèdent l’autorité légitime sur tout ce qui se passe au Temple. D’où la première question (20,2) sur la légitimité et sur l’autorité de Jésus. Les controverses se passent entre eux et Jésus, mais le peuple, le laos, d’où viendra plus tard le mot laïc, est présent et attentif, ce qui explique la crainte des autorités de mettre à exécution leur projet de se débarrasser de ce prophète insolent. Jésus est vraiment la pierre d’achoppement, la pierre rejetée par les bâtisseurs, ce qui renvoie encore aux livres de Daniel ou d’Isaïe, mais aussi à la prophétie de Syméon : Jésus, occasion de chute ou de relèvement (2,34).

 

Prier : Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ? E 164

 

1 - Les mots que tu nous dis surprennent nos attentes.
Mais qui es-tu, Jésus, pour nous parler ainsi ?
Viens-tu aux nuits pesantes donner le jour promis ?
Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ?

 

2 - Les mots que tu nous dis sans cesse nous appellent.
Mais qui es-tu, Jésus, pour nous parler ainsi ?
Sont-ils Bonne Nouvelle qui changera nos vies ?
Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ?

 

6 - Les mots que tu nous dis engagent au partage.
Mais qui es-tu, Jésus, pour nous parler ainsi ?
Vivrons-nous le message que tu nous as transmis ?
Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ?

 

7 - Les mots que tu nous dis nous mènent jusqu´au Père.
Mais qui es-tu, Jésus, pour nous parler ainsi ?
Saurons-nous vivre en frères que son amour unit ?
Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ?

 

8 - Les mots que tu nous dis demandent qu´on te suive.
Mais qui es-tu, Jésus, pour nous parler ainsi ?
Et l´impossible arrive aux cœurs que tu saisis !
Tu es celui qui vient pour libérer nos vies.


N’oubliez pas de faire parvenir vos questions ou découvertes à :
Lire l’Évangile, Maison diocésaine BP1016 – 62008 Arras cedex
ou à diocese@arras.catholique.fr
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3479 visites

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