Les évangiles comme récit sur Jésus

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La lecture d’un évangile, en continu et dans sa totalité, a été l’occasion d’étonnements, de surprises mais aussi de découvertes.

 

C’était vrai pour Marc, cela continue avec Luc. Ce que nous avons mis en œuvre dans les maisons d’Evangile répondait d’abord à une attente, celle de se rendre plus proches des textes fondateurs de la foi chrétienne.

 


Lire en continu le développement d'un texte rédigé

Alors que nous étions habitués à entendre et retenir quelques brefs extraits de l’Ecriture, suivis de longs commentaires, une autre approche des textes était proposée. Quelques-uns regrettent de n’avoir pas davantage de commentaires, de compléments. D’autres se sont étonnés de l’intérêt de cette lecture à plusieurs. Lorsque certains avaient demandé de fournir une lecture simple de l’Ecriture, j’avais répondu dans Eglise d’Arras, mai 2008 n° 10,* qu’il n’y a pas de méthode simple, car toute lecture demande un effort pour rejoindre celui qui a écrit ces textes ; il n’était pas de notre génération et c’est à nous de le rejoindre. Les maisons d’Evangile ont fait un effort soutenu pour lire au cours d’une année l’évangile de Marc. Ils ont fait effort pour entendre le texte, tout le texte, en évitant d’entrer immédiatement en discussions, dès qu’un obstacle se présentait. Il fallait d’abord laisser la parole pénétrer en nous. Ainsi s’est fait un laborieux apprentissage de découvrir un texte dans sa totalité et non de discuter sur tel et tel détail, si important soit-il. Ceci se vérifie encore avec la lecture de Luc.

 

Sélectionner quelques pièces détachées ou rejoindre la pensée d'un écrivain sacré?

Savons-nous mesurer ce que signifie « rejoindre l’auteur de cet évangile ? ». Rejoindre la pensée de celui qui a écrit est une démarche assez récente dans l’approche de l’Ecriture. Jusqu’au milieu Le cinquième évangile ? Le cinquième évangile ?  du XXème siècle, on cherchait surtout à préciser qui était Jésus, quelle historicité accorder à telle ou telle histoire de (ou sur) Jésus, mais l’on ne s’interrogeait guère sur le fil conducteur de la pensée de l’auteur, ce qu’il essayait de faire avancer pour ses lecteurs, dans sa mise en page  rédactionnelle, comment il organisait son récit dans son entièreté. Il n’est pas rare aujourd’hui encore de vouloir accoler un paragraphe de saint Jean à un autre de Luc ou de Marc… au point de reconstituer son propre évangile, un 5ème évangile, à partir des quatre premiers… mais on ne se soucie guère de la pensée propre de chaque témoin, Matthieu Marc, Luc ou Jean.

 

Quant à l’intuition des pères de l’Eglise sur les différents sens possibles de l’Ecriture, il y avait fort longtemps que cette intuition était oubliée [depuis le XVIème siècle]. il fallut attendre Pie XII en 1943, pour reconnaitre que l’Esprit-Saint puisse guider le lecteur. La place de l’Esprit-Saint s’est faite plus grande depuis Dei Verbum (Vatican II). Beaucoup de versets étaient souvent utilisés comme arguments justificatifs des affirmations théologiques et éthiques (moralisantes). Que Dieu puisse entrer en dialogue avec nous, lecteurs de sa Parole n’effleurait pas l’esprit. On appelait cette pratique d’alors ‘apologétique’, car la règle de conduite consistait à trouver la citation, le bon argument, pour défendre ses positions et contester les positons adverses. La Bible était devenue une carrière d’où l’on extrayait tel ou tel argument selon les besoins, sans prendre le temps d’écouter la pensée du témoin-écrivain**. On ne connaissait les évangiles que par bribes, et bien souvent notre connaissance se résumait à quelques citations et quelques paraboles parfois détournées de leur contexte.

 

Questions au textes, et texte qui me pose question?

Beaucoup de questions me sont renvoyées par les maisons d’Evangile. Leur diversité laisse deviner que chacun et chacune sont interpellées différemment par la lecture. Il m’arrive souvent de répondre en renvoyant le lecteur-questionneur à d’autres récits du même évangile et d’aider à découvrir –comme pour le petit Poucet- les cailloux blancs que Luc ou Marc ont laissés comme chemin de la rencontre. Une fois, je me laisse surprendre par le mot « aujourd’hui », car il n’arrive jamais par hasard chez Luc, ou le mot « paix », ou encore le mot « sauver ».

 

D’autres fois, je regarde la place des étrangers, des païens dans la progression du récit d’Evangile ou des Actes. Une autre fois je me laisse étonner par la reprise du chant des anges par les disciples derrière Jésus et son ânon, lors de la montée à Jérusalem ; j’y découvre un « retour » des hommes qui ont entendu et suivi Jésus, vers Dieu qui leur a parlé ! Je me suis aussi laissé surprendre par les questions sur l’identité de Jésus ou le doute de Jean-Baptiste (Luc 7).

 

Luc, un auteur qui conduit son lecteur pas à pas.

C’est par petites bribes que Luc nous fait découvrir le Jésus dont il veut témoigner. C’est l’art consommé d’un narrateur que de prendre du temps pour que son auditeur progresse dans la découverte de son ami Jésus. Combien de fois n’ai-je pas feuilleté ce livret de Luc en me disant : « j’ai déjà lu çà quelque part, mais où ?» ! Je sais que d’autres chrétiens deviennent familiers de cette habitude de feuilleter… Il se passe là quelque chose qui ne peut être le fruit d’un enseignement donné par un maître et que l’on écoute. Un nouveau dialogue s’instaure avec le texte, et grâce à, lui avec Jésus et Dieu son Père. Il est un troisième qui reste discret mais bien présent pour donner ses lumières à celui qui cherche. Acceptons de dire à la suite de Saint Augustin « tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé ! »


Notes

  • On peut aussi relire la conférence de Marie-Laure Rochette dans Eglise d’Arras n°14, septembre 2008
  • **Cf. Yves Congar, Je crois en l’Esprit-Saint, vol.1 Le Cerf 1979 p.207-217 : “L’Ecriture ne vient guère qu’en citation ornementale, par mode d’une certaine solennité de style, et par conformité à un genre littéraire. On n’a pas cherché ses déterminations comme la source de toute détermination prétendant à être normative…”
  • Invitation à lire :
    *Pour lire les récits bibliques, initiation à l'analyse narrative Daniel Marguerat et Yvan Bourquin Cerf 29€
    *Lire la Bible aujourd’hui, Quels enjeux pour les Eglises ? Cahiers Evangile n°141. 11€
     
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