Heureux vous les pauvres...

6ème dimanche ordinaire

 

Jérémie 17, 5-8, 1 Corinthiens 15, 12-20 ; Luc 6, 17-26

 

Le texte de Luc lu ce dimanche a choqué plus d’un chrétien : Bienheureux vous les pauvres… malheureux vous les riches ». Plusieurs maisons d’Evangile ont demandé des explications. Il est vrai que la formule de Matthieu nous arrange : bienheureux les pauvres en esprit... ; là on peut s’accommoder avec les paroles rapportées au ch. 5. Mais avec Luc, ch6, cela étonne. Alors ?

 

Première réflexion :

 

c’est l’occasion de vérifier que « le renversement des valeurs » est annoncé dès le début de Luc, 1, 52-53 : “Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles, Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides”. Ces paroles déchiraient tellement les dictateurs dits chrétiens, d’Amérique latine, que lles furent interdites par les juntes militaires en ont interdit la proclamation ». La préférence de Dieu en faveur des pauvres, des petits, des derniers ou des cadets est proclamée tout au long de l’Ancien Testament. Acceptons, avec la Bible et contre l’opinion habituelle, que la pauvreté ne signifie pas que Dieu s’est éloigné de ces personnes dépendantes d’autrui. Plus on a d’argent, plus on est béni des dieux ou de Dame Fortune ! ce n’est pas la pensée de la Bible, bien qu’elle ne condamne pas l’argent, mais elle interroge l’utilisation que l’on en fait.

 

Deuxième réflexion :

 

Elle touche à notre compréhension des textes et à leur interprétation. Notre mentalité simplificatrice depuis Descartes nous fait croire que c’est blanc ou c’est noir. Nous interprétons les mots Heureux et malheureux comme des bénédictions et des malédictions… malédictions interprétées comme condamnations ! Or ce n’est pas le sens voulu par Luc. Les mots dans la langue d’origine (makarios ! et ouaï !) sont l’expression de sentiments en forme de constat : « Vous avez de la chance, vous, les pauvres, Dieu est proche de vous… et hélas (aïe) pour vous, les riches malheureux, qui pourrait être traduit par « je vous plains, vous... » C’est vraiment le monde à l’envers que de plaindre ceux qui ont des richesses !

 

La qualité de nos relations humaines

 

En plusieurs endroits de l’évangile des précisions sont apportées : Dieu ne regarde pas à nos richesses, mais à la qualité de nos relations. L’histoire du chameau trop bien chargé, dont les flancs regorgent de richesses illustre la difficulté pour « entrer dans le royaume de Dieu", tout comme le chameau a bien du mal à passer la porte. Lazare qui meurt à la porte d’un homme riche est avant tout le constat que cet homme riche n’a établi aucune relation avec Lazare. Et lorsque Jésus rencontre Zachée, le chef des collecteurs d’impôts, précise Luc, nul reproche au sujet de l’argent. Nous constatons qu'il change ses relations. Autre exemple: la parabole du gérant bien habile qui choisit de se faire de bonnes relations d'amis avec l'argent qu'il gère...

 

Ceci dit, l’ensemble des versets lus aujourd'hui accumulent des réflexions fortes comme autant d’invitations à découvrir le regard de Dieu sur chacun et à se libérer du regard des hommes. La traduction libre du Magnificat mérite notre attention : « du plus petit des hommes, il en fait son ami ». Si cette phrase nous aide à découvrir la proximité de Dieu avec nous, heureux sommes-nous! Au cœur des béatitudes s’exprime la foi que Dieu reste proche de chacun, et que la situation de mal, de souffrance, de contestation par les hommes n’est pas synonyme d’absence de Dieu.

 

Lire dans la Foire aux questions sur Luc, FAQ 2 
 

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