Les femmes et Jésus dans les évangiles

L'Evangile est relation et non définition

Les chrétiennes, apôtres des apôtres et miroir de l’Eglise

Sous ce titre, Madame Elisabeth Dufourcq, historienne, publie un long article *** sur le respect dont témoigne le Christ envers les femmes au long des évangiles (Etudes, juin 2010). Les jugements à l'égard du Nouveau Testament et de l'Eglise sont par trop injustes. S’il est de bon ton de critiquer la misogynie des pays touchés par le christianisme, on fait trop facilement silence sur d’autres civilisations dont les femmes sont les victimes. Ainsi les démographes estimaient à 166 millions pour l’an 2.000 le déficit de population en femmes, pour l’Inde, la Chine et le Bengladesh, dû essentiellement à l’avortement sélectif des petites filles. D’autres coutumes font parfois la une de nos journaux. C’est peut-être l’occasion de réviser notre “histoire comparée des civilisations”, tout en reconnaissant que l’Eglise catholique n’a pas toujours suivi ce que fut la vie et les pratiques du Christ - au moins sur ce point-. Parcourons sur ce sujet les Evangiles.

.Marthe et Marie Marthe et Marie  

 

Un dialogue en réciprocité entre le Christ et les femmes rencontrées.
 

Rencontre avec la femme de Samarie Jésus en samarie  
Rencontre avec la femme de Samarie
Rencontre avec la femme de Samarie
Le dialogue du Christ avec les femmes est signalé de nombreuses fois dans les évangiles, alors que dans l’univers palestinien les hommes surtout s’ils étaient rabbis, ne parlaient guère aux femmes. Même les apôtres s’étonnent que Jésus converse avec une samaritaine (Jean 4). Pierre oppose une fin de non-recevoir la seule fois où une femme l’interpelle (le reniement).

 

La relation du Christ avec elles est tout autre, que ce soit la femme de Capharnaüm qui touche la frange du manteau ou l’inconnue chez Simon le pharisien : c’est Jésus qui engage la conversation avec elles, plus encore, il annonce la guérison, le pardon et la paix. (Mc 5, 27-34 ; Luc 7, 36-50). Au pays de Tyr et Sidon, lors de la rencontre avec une femme, syrophénicienne et païenne de naissance, Jésus accepte (finalement)  le dialogue et accorde la guérison. Un récent évangile (Luc 8, 1-3) lu le 13 juin (année C) rappelle que le Christ, dans ses déplacements par villes et villages, était en compagnie des Douze et de plusieurs femmes dont trois sont nommées. Ce sont elles que l’on retrouve au pied de la croix, puis au tombeau pour la première annonce de la Résurrection. C’est à elles que s’adresse un ange (ou un jeune homme, selon l'évangile) et c’est à elles qu’est confiée la mission d’annoncer la résurrection aux disciples. Le moins qu’on puisse dire est que les apôtres ont considéré leurs dires comme balivernes (déjà !).La femme condamnée, pardonnée Evangéliaire Egbert  
La femme condamnée, pardonnée
La femme condamnée, pardonnée
 


Chez Marthe et Marie, le Christ insiste pour que la femme ne soit pas reléguée à la cuisine, mais qu’elle puisse écouter la Parole et s’instruire auprès du maître. Comment se fait-il que tant de chrétiennes et de chrétiens, aujourd’hui encore, reprochent à Jésus de n’avoir pas revalorisé le service des tables avant le service de la parole : c’est bien nous, les misogynes ! (Luc 10,41). C’est encore avec Marthe, la sœur de Lazare que s’établit un étonnant dialogue sur la résurrection, prémices de l’annonce par les femmes, en fin d’Evangile.

 

Une attitude qui n’enferme pas la femme dans sa “nature”.


 Marthe et Marie Marthe et Marie   Le Christ demande aussi de ne pas enfermer la femme dans la maternité : à celui qui déclare heureuse la femme qui t’a porté et nourri, Jésus répond : heureux plutôt ceux (et celles) qui entendent la parole de Dieu et la mettent en pratique. Ainsi ce n’est pas comme mère que Marie est honorée, mais comme celle qui médite la parole et la met en œuvre (cf l’annonciation, Luc 1, 26-56). Jésus ne fait pas la distinction homme/femme quand il dit « celui qui fait la volonté de mon Père, celui-là m’est un frère, une sœur, une mère. Même saint Paul dépasse cette distinction quand il écrit : “désormais il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus”. (Galates 3, 28). Aux dernières lignes de Matthieu c’est Jésus lui-même qui vient à la rencontre des femmes et leur adresse la salutation :“je vous salue” Mtt 28, 9.


Peut-être faisons-nous partie de ceux qui ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas ce qui est pourtant écrit avec évidence dans les évangiles. Les relations de Jésus avec les femmes de son temps ne sont pas des relations de misogyne.

 

Après Jésus, une distance commence à s’établir
 

Marie-Madeleine Marie-Madeleine  Très vite, dans les communautés chrétiennes la relation des hommes avec les femmes va se distendre. Pourtant ce sont elles qui accueillent et abritent les disciples (Marie, la mère de Marc en Ac 12,12 ; Lydie négociante en pourpres Ac 16, 13-16. Il y a encore Bérénice qui écoute Paul en Ac 25 et 26). Cependant, alors que jamais une femme n’est châtiée par Jésus dans les évangiles, dès les Actes une hostilité entre elles et les apôtres devient manifeste : Saphire Ac, 5, 1 ; des femmes de haut rang qui sèment l’opposition à Paul ; puis c’est le silence imposé aux femmes dans les assemblées, et les prophétesses invitées à se taire sous peine de se voir déclarées fausses prophétesses. L’Esprit saint, à la Pentecôte, ne serait-il tombé que sur la moitié de l’humanité seulement ?

 

Et au fil des siècles.

Sans pouvoir reprendre en détail la suite de l’article, je mettrai tout d’abord l'accent, comme Mme Dufourcq, sur l’influence des sociétés rencontrées par le christianisme dans son expansion. L’Antiquité en général (à Athènes, comme à Rome, ou au Proche-Orient) considère les femmes d’un niveau inférieur aux hommes. “Le Christ ne parle jamais de “la nature” de la femme en général. Le Christ écoute des femmes singulières” ; il converse avec elles. Or le discours abstrait de la philosophie, grecque en particulier, a fait oublier que le judaïsme en général et le Christ en particulier développent le langage de la relation et non de l’essence. Très vite dans l’Eglise les hommes s’attribuent le pouvoir et l’autorité, et réservent aux femmes les tâches jugées secondes. Bien plus tard, les tâches de service des malades et d’éducation seront confiées aux femmes et aux ordres religieux.

 

Adam et Eve ?

Si Paul compare le Christ à Adam avec l’expression de nouvel Adam, jamais il n’évoque Eve pour évoquer la femme. Il faut attendre saint Augustin et ses héritiers pour associer la femme à Eve, la Eve, la tentation Eve, la tentation   pécheresse : “alors que dans les évangiles, le Christ ne parlait jamais d’Eve, ni du péché originel, la femme devient, en Occident, la sirène, la démone, la coupable majeure de la déchéance de l’homme. Ainsi fut-elle taillée dans la pierre des chapiteaux de Cluny…” En Orient bon nombre de pères des Eglises grecques avaient vécu mariés. En chrétienté latine, l’obligation du célibat effectivement imposé aux prêtres comme aux moines à partir du XIème siècle ne sera pas étrangère à une misogynie du rejet.

La ferveur retrouvée pour Aristote aux XII-XIIIème siècle entérine une notion philosophique qui développe l’infériorité féminine. Sur ce point la philosophie ne fut pas une excellente servante de la théologie et de l’Evangile. C’est alors que se développeront des procès en sorcellerie, où l’on brûlera des “sorcières” par dizaine de milliers.

 

La méfiance à l’égard de la femme trouvera d’habiles prédicateurs au temps de Port-Royal, de Bossuet et du jansénisme. Nous n’en sommes peut-être pas encore totalement délivrés. Pourtant des femmes d’Eglise ont su ternir tête aux hommes d’Eglise : Jeanne d’Arc devant l’évêque Cauchon ; Thérèse d’Avila face à son confesseur, et sans doute certaines abbesses comme Mme Guyon devant Bossuet.

 

Conclusion


Il n’y a pas de conclusion à apporter à cette recension car elle est d’abord appel à l’ouverture des esprits et des cœurs, invitation à un retour aux pratiques qui furent celles du Christ : vivre la relation à l’autre comme un frère, qu’elle soit femme ou homme avec toute sa dignité de fille et fils de Dieu.
Abbé Emile Hennart
 

** Source: Article paru dans la revue Etudes, juin 2010, p. 785 à 796

 

 

Jésus n’a pas dit…


Texte de Mgr Decourtray, archevêque de Lyon (1923-1994)

Pour comprendre la miséricorde de Dieu et définir une démarche de réconciliation….

 

  • Jésus n’a pas dit : cette femme est volage, légère, sotte, elle est marquée par l’atavisme moral et religieux de son milieu, ce n’est qu’une femme ! Il lui demande un verre d’eau et il engage la conversation. (Jean 4 1-42)
     
  • Jésus n’a pas dit : voilà une pécheresse publique, une prostituée à jamais enlisée dans le vice. Il a dit : elle a plus de chances pour le Royaume de Dieu que ceux qui tiennent à leur richesse ou se drapent dans leur vertu ou leur savoir. (Luc7, 36-49)
     
  • Jésus n’a pas dit : celle-ci est une adultère. Il a dit : Je ne te condamne. Va et ne pêche plus. (Jean 8,9-10)
     
  • Jésus n’a pas dit : celle-là qui touche mon manteau n’est qu’une hystérique. Il l’écoute, lui parle et la guérit. (Luc 8,43-48)
     
  • Jésus n’a pas dit : cette vieille qui met son obole dans le tronc pour les bonnes œuvres du temple est une superstitieuse. Il dit qu’elle es extraordinaire et qu’on ferait bien d’imiter son désintéressement. (Marc 12, 41-44)
     
  • Jésus n’a pas dit : ces enfants ne sont que des gosses. Il dit : laissez-les venir à moi et tâchez de leur ressembler. (Matthieu 19,13-15)
     
  • Jésus n’a pas dit : cet homme n’est qu’un fonctionnaire véreux qui s’enrichit en flattant le pouvoir et en saignant les pauvres. Il s’invite à table et assure que sa maison a reçu le salut. (Luc 19,1-10)
     
  • Jésus n’a pas dit comme son entourage : cet aveugle paie sûrement ses fautes ou celles de ses ancêtres. Il dit que l’on se trompe complètement de sujet, et il stupéfie tout le monde, ses apôtres, les scribes et les pharisiens en montrant avec éclat combien cet homme jouit de la faveur de Dieu : “il faut que la faveur de Dieu soit manifeste en lui”. (Jean 9,1-5)
  • Jésus n’a pas dit : ce centurion n’est qu’un occupant. Il dit : je n’ai jamais vu pareille foi en Israël. (Luc, 7, 1-10)
     
  • Jésus n’a pas dit : ce savant est un intellectuel. Il lui ouvre les voies par une renaissance spirituelle. (Jean 3, 1-21)
     
  • Jésus n’a pas dit : ce Judas n’est qu’un traite. Il l’embrasse et lui dit : Mon ami. (Matthieu 26,50)
     
  • Jésus n’a pas dit : ce fanfaron n’est qu’un renégat. Il lui dit : Pierre m’aimes-tu ? Jean 21, 15-17)
     
  • Jésus n’a pas dit : ces grands-prêtres ne sont que des juges iniques, ce roi n’est qu’un pantin, ce procurateur romain n’est qu’un pleutre, cette foule qui me conspue n’est qu’une plèbe, ces soldats qui me maltraitent ne sont que des fonctionnaires. Il dit : Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23, 34)
     
  • Jésus n’a jamais dit : il n’y a rien de bon dans celui-ci, dans celui-là, dans ce milieu-ci et dans ce milieu-là. De nos jours il n’aurait jamais dit : ce n’est qu’un intégriste, qu’un moderniste, qu’un gauchiste, qu’un fasciste, qu’un mécréant, qu’un bigot… Pour lui, les autres quels qu’ils soient, quels que soient leurs actes, leur statut, leur réputation, sont toujours aimés de Dieu

Jamais homme n’a respecté les autres comme cet homme. Il est unique. Il est le Fils unique de Celui qui fait briller son soleil sur les bons et les méchants. (Matthieu 5,48). En celui qu’il rencontre il voit toujours un extraordinaire possible ! un avenir tout neuf ! malgré le passé.

 

** On trouvera un intéressant dossier: "Qui étaient les premières chrétiennes?", dans "Le monde de la Bible", n°193, juin-août 2010
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 10294 visites