Pendant le Foot, la vie continue

Bien que ce ne soit pas les derniers temps, notre vie est comme polarisée par l’événementiel, l’unique évènement, comme si rien d’autre ne comptait que le ballon rond et bientôt le tour de pédale. Qu’adviennent les plaintes et les gémissements des femmes et des hommes de ce temps, des enfants aussi ? Quel intérêt aux gestes quotidiens à notre porte, qui font vivre et espérer ? A croire que la modernité c’est l’art d’oublier, de passer sous silence. Pourtant, autour de nous la vie continue.

 

La vingtième “Fête du jeu” a eu lieu en mai, à l’initiative de l’ACE, en partenariat avec le Ministère de la Jeunesse et des Sports et de la Vie associative : une journée qui fait la promotion du jeu gratuit et de la participation de tous, d’âges et de cultures différentes. Mais cette fête du jeu, qui n’a pas pour premier objectif “que le meilleur gagne”, n’a guère été relayée. Puisque “tout le monde gagne”, quel intérêt reste-t-il pour le plaisir d’avoir bien joué?

 

Que seront les bruits du monde au cours de ces folles semaines sportives ? Parlera-t-on de cette Afrique chahutée par les inégalités, victime des choix occidentaux ou des dictatures locales ? Abordera-t-on à haute voix les nécessaires réformes monétaires, les rapports avec la Turquie et les pays d’Asie centrale. La vie continue.

Sollicités pour préparer l’Assemblée diocésaine d’octobre prochain, des chrétiens ont rapporté les bruits du monde, comme autant d’éclats de vie. Beaucoup de témoignages l’ont été grâce aux groupes qui se sont réunis autour de la question. Ils reconnaissaient que relire la vie au quotidien, la sienne et celle du prochain, ce n’était pas toujours facile, comme si l’habitude de relire la vie avait perdu du terrain. Qu’est-ce qui compte aux yeux de notre Dieu, sinon la multitude des gestes où se développent la fraternité, la liberté, le souci du frère. Au cours des bilans d’année en EAP ou en Conseils pastoraux de doyenné, il fut remarqué que l’urgence, la nécessité d’organiser ceci et cela avait fait délaisser l’attention à la vie. N’était-il pas urgent de révéler à chacun, à chacune que “aujourd’hui, le Royaume de Dieu s’est approché de toi”.

 

La vie continue et la Parole qui n’a pas été dite au bon moment pourra-t-elle être dite à un autre moment ? Si l’on peut semer à toute époque de l’année, il existe des moments favorables. Il nous revient d’être là, présents à la vie des hommes, d’entendre le bruissement de ceux qui s’activent, de savoir y discerner les traces de l’Esprit qui a été répandu en nos cœurs. Combien de fois arrive-t-il aux disciples de Jésus de dire à leur tour : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison » Luc 19, 9 ?

 

En lisant les chemins de foi exprimés par quelques témoins, nous pourrons découvrir leur diversité. Ce chemin, comme pour les disciples d’Emmaüs se fait à plusieurs, dans la rencontre. Sur ce chemin, parfois bien long, grandit l’expérience croyante, la reconnaissance et l’action de grâce : tu étais là Seigneur, et je ne le savais pas ! Les sacrements, la confirmation et l’eucharistie sont des moments privilégiés du don de Dieu pour que chacun puisse ensuite porter ce qu’il a reçu : “Le mystère de l'Eucharistie nous rend aptes et nous pousse à un engagement courageux dans les structures de notre monde, pour y apporter la nouveauté de relations qui a sa source inépuisable dans le don de Dieu” (Benoit XVI, Sacramentum Caritatis). Hier sur les routes de Galilée et de Judée, aujourd’hui sur les places de nos quartiers et les routes de nos villes, la vie continue.

Abbé Emile Hennart
 

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