Fiche 02 Actes 3-5 Maison d'Evangile

Actes. La première communauté à Jérusalem

 

 
Questions pour le récit de guérison (zoom) : Qui sont les personnages ? Qu’est-il dit à propos de chacun ? Quels sont leurs actes et attitudes (excédés par, stupéfaits, rendant gloire...) ?
 
Après avoir donné un “résumé” sur la vie des premières communautés (fin ch.2) : enseignement des apôtres, communion fraternelle, “rompre le pain” à la maison, partage des biens, prière…, Luc présente deux témoins : Pierre et Jean (les deux premiers de la liste des 12 nommés en 1,13). Il n’est pas difficile de deviner dans le développement du récit de miracle “la copie” d’un modèle, celui de Jésus : guérison et parole, enseignement, conflit avec les autorités (cf. Luc 4, 16-30). On retrouvera semblable description avec Paul à Lystre (ch.14). Là aussi, il faudra une parole pour donner le sens de la guérison. Bien après Luc, des rédacteurs de vie de saint calqueront leurs descriptions sur le modèle, celui de Jésus ou de ses disciples.
 

Lecture d’ensemble.

 Pierre et Jean au Temple (3 à 4,31).
Pierre, Jean et le boiteux Pierre, Jean et le boiteux  Portons attention aux personnages : qui sont-ils ? Quels déplacements de lieu sont signifiés ? (par exemple : installé à l’extérieur du Temple ; bondir et entrer dans le Temple… (cf. Isaïe 35,6).
Tout cela peut nous paraître purement matériel à moins que ces changements physiques ne soient en même temps expression du changement de statut social. Le paralysé est en situation d’exclusion de par sa maladie. Il est déposé comme un objet à l’extérieur du Temple et sa supplication témoigne de sa dépendance.
 
A cause du geste et de la parole de Pierre, le voici actif, acteur, qui marche, bondit, entre dans le Temple, chante les louanges de Dieu, s’accroche aux disciples. Certains d’entre nous, choqués, diront : « Encore des guérisons !», et cela les rebutera ; la plupart cependant se souviendront des réflexions en maison d’Evangile et constateront que Luc ne signale personne qui s’étonne de la guérison : c’est comme une évidence. Il faudra l’arrivée des autorités qui s’étonnent, non de la guérison, mais que l’on proclame le nom de Jésus. (Voir zoom)
 A Jérusalem, l'espace autour du Temple A Jérusalem, l'espace autour du Temple  
 
La guérison est le point de départ de deux discours. Pierre s’explique, plus exactement, il explique à la foule d’où vient cette guérison (3, 12-26). Il proclame le nom de Jésus, dans les mêmes termes qu’à la Pentecôte. La suite directe de la séquence guérison-discours, c’est une arrestation par quelques responsables, suivie d’une comparution devant le grand Sanhédrin, l’instance officielle de l’autorité juive, composée par tiers de prêtres et grand-prêtres, d’anciens, de scribes ou professionnels de l’Ecriture. Pierre leur adresse un deuxième discours (4,8-12), une nouvelle justification de la foi en Jésus.
 
Luc nous invite à penser au modèle Jésus, enseignant et contesté à Nazareth et à Jérusalem. Pour Pierre, c’est l’occasion d’une justification-proclamation auprès des autorités juives. A la fin de cette séquence au Sanhédrin, nous retrouvons un trio bien connu dans la lecture de Luc aux ch. 20-21 : celui qui enseigne (Jésus et maintenant le disciple), le peuple (attentif à l’enseignement sur Jésus), les opposants (les autorités). Les autorités ont peur du peuple ! Ainsi s’écrivent les premiers chapitres des Actes des apôtres, à l’imitation de ce que fut la vie de Jésus
 Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions Le Temple de Jérusalem  
Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions
Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions
Quand Pierre et Jean sont libérés, ils rejoignent l’assemblée (4,23). Effusion de l’Esprit, prière et proclamation de la Parole concluent cette section : “Ils furent tous remplis du Saint Esprit et annonçaient la Parole de Dieu avec assurance ”. Surprenante conclusion, là où nous attendions “louange”, Luc parle “d’annoncer”. Et pour lui, la Parole de Dieu est proclamée grâce au don de l’Esprit. C’est comme une nouvelle Pentecôte ! Vatican II rappellera le rôle de l’Esprit : “Jésus…, répandit sur ses disciples l’Esprit promis par le Père. Aussi l’Eglise, pourvue des dons de son fondateur reçoit mission d’annoncer le royaume du Christ et de Dieu…” (Constitution sur l’Eglise, lumière des peuples § 5).
 

Zoom : le récit de guérison, 3, 1-10.

La guérison ne semble contestée par aucune des personnes présentes. Ne perdons pas notre temps sur cette question. Dans notre univers du XXIèmesiècle, cela semble peu crédible et notre étonnement revient à chaque fois et l’on ne réfléchit plus à la suite du récit ! Repérons les divers éléments rapportés par Luc. Pourquoi ne pas s’étonner que chaque jour on amène l’infirme au Temple, que chaque jour les chrétiens aillent au Temple ? C’était leur quotidien. Chacun se trouve à une place précise : l’infirme reste hors du Temple ; les apôtres et autres gens entrent au Temple. Le sanctuaire est le lieu où Dieu réside ; il est interdit aux malades, aux paralysés, aux étrangers, etc. L’infirme fournit aux Juifs l’occasion de faire l’aumône, ce qui les rend davantage dignes de s’approcher de Dieu. Cet ordre des choses qui semble immuable va changer. Entre le paralysé et les apôtres, l’argent ne va jouer aucun rôle. Tout se passe dans le regard et la parole échangés qui viennent rompre la distance entre ceux considérés comme saints et purs et ceux qui ne le sont pas, dont l’infirme. Dans la rencontre inhabituelle, là se fait l’annonce du Christ.
 
 Précision : cela se passe à la Belle Porte qui sépare deux réalités Guerison du boiteux Guerison du boiteux  incompatibles : le pur et l’impur. Les actes de Pierre et Jean sont posés “au nom de Jésus, Christ”. La rencontre se fait à l’extérieur de l’espace sacré du sanctuaire. La rencontre de Dieu avec l’humanité peut donc se faire ailleurs qu’au Temple... au nom de Jésus. En lisant l’Evangile, certains avaient repéré que l’annonciation à Zacharie, c’était dans le Temple ; l’annonciation à Marie, chez elle, dans son quotidien. Le Dieu de Jésus-Christ ne se laisse pas enfermer dans une maison de pierres faite par des mains d’hommes. (cf. Etienne, au ch. 7, 48). Au nom de Jésus et par la bouche de Pierre, Dieu vient à la rencontre de l’exclu. A nous de continuer ce chemin.
 
Dernière étape du récit de guérison. L’infirme entre dans le sanctuaire : “d’un bond il fut debout… il marchait, entra, bondissait et louait Dieu”. L’accumulation des verbes signifie la joie d’être guéri et réconcilié avec Dieu, puisqu’il peut entrer là où cela lui était interdit. Ces verbes caractérisent un nouvel état de vie : il ne fait plus partie des exclus. Telle est la grâce de Dieu. Le concret de son existence quotidienne est transformé, physiquement d’abord, spirituellement aussi. La guérison a une portée sociale et religieuse tout à la fois : “Les aveugles voient, les boiteux marchent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres” (Luc 4, 14). Les gens sont stupéfaits et désorientés… ce sera le point de départ d’un premier discours de Pierre aux gens, aux habitués du Temple, puis d’un second discours aux autorités.
 

Pour aller plus loin

Comment lire les discours dans les Actes ?
Rappelons-nous tout d’abord qu’ils sont entièrement reconstitués par Luc dans les années 80 (lire couverture du livret, dernière page). Chacun des nombreux discours s’adresse à un public différent. C’est une manière de rendre compte de Jésus et de la foi à des catégories de gens différents. Au ch. 2 c’était le discours aux pèlerins venus de la diaspora. Ici c’est un discours aux “habitués du Temple”, suivi d’un autre discours au grand Tribunal du Sanhédrin (ch. 4). D’autres discours viendront : au peuple juif, aux juifs de la diaspora à Antioche, aux philosophes à Athènes, aux anciens à Milet (c.-à-d. aux responsables de communautés), aux autorités romaines : Félix, Festus, Agrippa et Bérénice… Dans nos habitudes de lecture, il est rare que nous fassions attention aux destinataires, c’est dommage !
 
L’argumentation des discours auprès des uns ne sera pas la même auprès des autres, aux Juifs ou aux Athéniens. Pourtant c’est le même Jésus qui est proclamé, mais à chacun selon sa culture et ses possibilités de recevoir la Parole. La référence aux origines, Abraham, Isaac, Jacob, s’adresse aux Juifs, c’est le b.a.-ba de la foi juive. A Lystre ou à Athènes, en terres païennes, Paul s’appuiera sur d’autres références. Ici, à Jérusalem, Pierre situe l’histoire survenue au paralysé dans l’histoire bien longue de l’Alliance entrLe saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions Le Temple de Jérusalem  
Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions
Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions
e “le Dieu de nos pères” et eux, le peuple saint ; entre Dieu et les fils de l’Alliance, des origines jusqu’à ce jour où paraît Jésus : annoncé par les prophètes, que vous avez rejeté devant Pilate… lui que Dieu a ressuscité des morts... C’est ce Nom, Jésus, qui a donné sa force à cet homme… Souvent, les discours sont le lieu où un témoin révèle que l’évènement rapporté est œuvre de Dieu : celui de Pierre à la Pentecôte pour le don de l’Esprit, de Pierre encore pour la guérison du paralysé.
 
Des récits qui se font écho
Puisque nous nous risquons à une lecture continue… essayons de rapprocher des éléments les uns aux autres, par exemple, la guérison du paralysé par Pierre et Jean et la guérison du paralysé par Jésus (Luc 5, 17-26) et par Paul à Lystres (Ac 14, 8-11).
 
“Convertissez-vous et revenez à Dieu” (3, 19). En commençant les rencontres en maison d’Evangile avec Marc, nous avions déjà lu l’appel “Convertissez-vous et croyez en la Bonne Nouvelle” (Marc 1,15). La conversion consiste avant tout à reconnaître le don et le pardon de Dieu, ce dont beaucoup doutaient tant il leur avait été enseigné qu’ils étaient loin du Dieu de l’Alliance. Dieu s’est rendu proche… Il a visité son peuple, chantait Zacharie (Luc 1, 68). Le croyons-nous, pour nous aujourd’hui ?
 
“Vous avez rejeté le Saint… le Chef des vivants vous l’avez tué” 3, 14-15.
L’accusation portée par Pierre à l’égard des autorités juives ne fait pas dans la nuance ! Cependant, quelques phrases plus loin, il reconnaît l’excuse d’ignorance. Il n’est donc pas trop tard : convertissez-vous et revenez à Dieu. L’accusation peut nous rappeler une parole de Jésus quand il entrait à Jérusalem : “tu n’as pas reconnu le temps où tu as été visitée (par Dieu)”. (Luc, 19, 44). La guérison et le salut, c’est de reconnaître que Dieu est venu chez nous, pour nous.
 
A Jérusalem, la gestion des biens. 4, 32 à 5, 11. Ce récit commence par un nouveau sommaire (résumé) sur la communauté, en particulier sur le partage des biens, sommaire concrétisé par le geste de Barnabé et son contre-modèle avec Ananie et Saphire. L’Evangile de Luc a déjà traité du rapport à l’argent : qu’as-tu fait de tes biens (Luc 12, 13-34) ? Entre la présentation idéale du partage des biens et la réalité, il y a une bien grande distance que Luc ne cache pas : avec Ananie et Saphire puis, section suivante, avec les récriminations des veuves. Nous sommes sans doute choqués ici de ce qui arrive à Ananie et Saphire. Il leur est reproché d’avoir menti à la communauté et à l’Esprit. Cela les coupe de la communauté et entraîne la mort. Le fait même de tromper la communauté, hier comme aujourd’hui, coupe, exclut du groupe auquel on appartient. Mentir, c’est se couper du tronc qui donne vie. Luc associe mort physique et mort spirituelle, mais nous avons du mal à mesurer que la mort spirituelle (la rupture d’avec la communauté) est aussi tragique que la mort physique.
Au cours du récit, un nouveau personnage est présenté positivement, Barnabé. Luc en reparlera bientôt, lors de l’annonce aux non-Juifs.
 
Les apôtres, guérisons, enseignements, nouvelle arrestation. 5, 12-42. Faute de pouvoir lire en détail ce récit, portons attention au début et à la fin. Au début, Luc présente l’activité des apôtres semblable à celle de Jésus (Luc 6, 17-19). Quant à la dernière phrase : “Tous les jours, au Temple et dans leurs maisons, sans cesse, ils enseignaient et annonçaient cette Bonne Nouvelle : Jésus est le Messie”, c’est un leitmotiv de Luc dans les Actes, à savoir que la Parole de Dieu est annoncée et progresse (2, 41 ; 4, 31 ; 5, 42 ; 6, 7 ; 8, 4.25.40, etc.). La nouvelle arrestation des apôtres et leur libération mystérieuse est l’occasion d’un nouveau discours envers les autorités… Les apôtres ne faiblissent pas dans leur témoignage : “Nous sommes témoins de ces évènements, nous et l’Esprit Saint…” La figure de Gamaliel apporte la confirmation qu’au sein du Sanhédrin, il n’y avait pas unanimité contre l’enseignement au sujet de Jésus.
 

Prier la Parole

 
Comme Marie, comme le paralysé qui bondit de joie… V 114
 
Le Seigneur a fait pour moi des merveilles.
Il libère son peuple à tout jamais.
Que bondisse mon cœur plein de joie
Et qu'il chante le Seigneur.
 
1 - Le Seigneur a fait en moi de grandes choses.
Il regarde sa petite servante.
Tous les hommes me diront bienheureuse.
 
2 - Il repousse les hommes trop fiers.
Quant aux riches il les renvoie les mains vides.
Il chasse les puissants de la terre.
 
3 - Il regarde avec amour les petits.
Il nourrit tous ceux qui ont faim.
Et les pauvres deviennent ses préférés.
 
4 - Il protège son peuple choisi.
Il tient envers lui ses promesses.
Son amour s'étend d'âge en âge.
 
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Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 6524 visites

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