Fiche 04 Actes 10-12 Maisons d'Evangile

Dispersion et extension en Judée-Samarie. Conversion de Paul. Baptême de Corneille, Pierre s’en explique à Jérusalem.

Introduction

Une nouvelle étape de mission commence avec les ch. 8 à 12 : “Vous serez mes témoins … dans toute la Judée et la Samarie…”. Ce qui était un accident de l’histoire (la persécution) devient cause d’expansion pour l’annonce. Ce qui était espéré et attendu devient réalité : le Dieu d’Israël devient le Dieu de toutes les nations. Ce changement que Luc raconte ne s’est pas opéré sans douleurs ni affrontements ou résistances. Les ch. 8 à 12 présentent l’essor du christianisme jusqu’à Antioche en Syrie. L’Evangile quitte son lieu d’origine. La fin du ch.11, v. 19-25 mérite toute notre attention. Le nom d’Eglise, jusque là réservé à la communauté de Jérusalem est donné aussi pour Antioche, et le nom de chrétiens apparait pour la première fois dans la littérature. Cela est advenu, parce que des graines avaient été semées en terres païennes. Réjouissons-nous avec Luc que “Dieu a donné aux païens la conversion qui mène à la vie”. (11, 18)
 

Lecture d’ensemble.

Philippe. Le deuxième nommé dans la liste des chargés de l’activité caritative (6, 5) annonce la Parole en Samarie. L’ouverture se poursuit avec le baptême d’un dignitaire d’Ethiopie, sur la route de Gaza, en bordure du désert. Ne lisez pas trop vite ces chapitres 8 et 9, faites un arrêt après le ch.8, puis après le ch.9. Prenez le temps de repérer le personnage de Simon, puis les attitudes de la communauté à l’égard de Saul. Voici Barnabé qui vient prendre la main de Saul pour la mettre dans celle de Pierre, etc. Dans le zoom, nous porterons attention à la rencontre de Pierre et Corneille.
 

 

Simon le magicien. Figure étrange que Simon. Il se proclame lui-même comme quelqu’un de grand et profite des sentiments religieux pour en tirer bénéfice. Philippe proclame un autre que lui : la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Pour les habitants, comment différencier l’intérêt du discours de Simon et celui de Philippe ? L’un est tourné vers lui-même, l’autre est témoignage pour un autre, le Christ. Simon a-t-il compris ? “Lui-même se mit à croire ; ayant été baptisé, il suivait fidèlement Philippe ; voyant les signes et les actes de grande puissance qui se produisaient, il était ébloui”. En effet, à l’arrivée de Pierre et Jean, il retourne à son péché de monnayer les dons de Dieu. Pierre est intransigeant. Dieu ne s’achète pas, sous quelque forme que ce soit. Dieu s’offre, se donne gratuitement. Simon reconnaît s’être trompé et demande la prière de l’apôtre.
 
Pierre et Jean visitent les nouvelles communautés. Ces visites ne sont pas une surveillance, mais le signe d’une continuité dans la transmission de la Parole : la chaîne des témoins s’allonge. Pierre et Jean témoignent et proclament la Parole sur leur chemin.
 
Le baptême d’un dignitaire d’Ethiopie. Philippe est le précurseur de l’annonce aux païens. Ce dignitaire dont on ne connaît pas le nom est puissant, riche, cultivé. C’est un “chercheur de Dieu” ; il revient de pèlerinage et lit les Ecritures. Philippe lui ouvre la compréhension des Ecritures en référence à Jésus. Par le baptême il lui ouvre d’entrer dans le peuple de Dieu. Cela était impossible au dignitaire dans la religion juive, parce que étranger et eunuque. Le rédacteur Luc annonce ensuite l’arrivée de Philippe à Césarée (8, 40). La rencontre de Philippe avec l’eunuque, entourée de la présence divine, annonce une autre rencontre autrement importante, celle de Pierre et Corneille. Mais Luc intercale ici un chapitre sur la conversion de Saul, celui que bien plus tard on appellera l’apôtre des nations païennes.
 
Comme pour d'autres vocations, Paul parle de vision. Conversion de Paul  
Comme pour d'autres vocations, Paul parle de vision.
Comme pour d'autres vocations, Paul parle de vision.
La conversion de Paul
. Fraîchement sorti de l’école rabbinique, Paul, technicien de la rhétorique, entend défendre la vraie religion telle qu’il l’a reçue et comprise. Il reçoit mission de contrer les Juifs qui professent Jésus-Christ à Damas, tout comme il a dû le faire à Jérusalem, à coups d’arguments théologiques d’abord et par pressions physiques si nécessaire. Sur le chemin de Damas, il a bien le temps de méditer ses arguments à opposer aux chrétiens. Que s’est-il passé en lui ? Une illumination intérieure qui le renverse…
 
Le Christ avec un colpagnon de route (à gauche). Il s'appuie sur son ami et l'envoie au-devant. Christ et apotre - Icône 7ème siècle  
Le Christ avec un colpagnon de route (à gauche). Il s'appuie sur son ami et l'envoie au-devant.
Le Christ avec un colpagnon de route (à gauche). Il s'appuie sur son ami et l'envoie au-devant.
Beaucoup de convertis ne s’expliquent pas autrement ce moment lumineux où la vie bascule en Christ. C’est le premier temps du récit (1-9). Le second temps (10-19) est celui de la “reconstruction”. Cela passe par le dialogue avec un aîné dans la foi, Ananie, qui ne se précipite pas vers le persécuteur ! Le troisième temps du récit (19b-31) évoque l’hostilité à l’égard de Saul, de la part des chrétiens comme de la part des Juifs. Paul n’est pas converti pour mener une vie tranquille.  Le feu qui le dévore, il lui faut le communiquer autour de lui, et cela ne peut attendre.
 
Grâce à Barnabé, il rencontre les apôtres à Jérusalem. Mais, devant l’hostilité croissante, il se fait oublier à Tarse. C’est là que Barnabé viendra le rechercher (11, 25). De ce récit, reprenons, pour les méditer, les paroles de Dieu qu’Ananie a reçues (9, 15-16) puis les paroles qu’Ananie adresse à Paul en lui imposant les mains et lui donnant le baptême (9, 17). De la proclamation de Paul, Luc retient : “Jésus est Fils de Dieu”. La prédication de Pierre était “Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié” (2, 26). Ce sont des professions de foi différentes et complémentaires.
 
 Pierre et Corneille. Ce récit, sur les chapitres 10 et 11, est un sommet de l’œuvre de Luc, rédigé avec soin. La signification théologique du récit demande du temps pour être comprise. Pierre lui-même ne l’a pas acceptée du premier coup et les chrétiens de Jérusalem encore moins.
En lisant ces deux chapitres, nous avons l’impression d’un doublon.
 
Ruines du palais du gouverneur Césaree  
Ruines du palais du gouverneur
Ruines du palais du gouverneur
C’est une technique d’écriture recommandée chez les anciens : les règles de composition littéraire supposaient qu’un bon écrivain sache reprendre un sujet de plusieurs manières, sans lasser ses lecteurs. Luc respecte la règle. Il fera de même, par trois fois, pour la conversion de Paul. Relevons en 10 et 11, qu’il y a d’abord le récit de la rencontre par Luc, puis le fait que Pierre doive d’en expliquer à Jérusalem auprès des chrétiens, car son geste n’est pas apprécié par les chrétiens d’origine juive (judéo-chrétiens). Corneille est un centurion romain pieux, craignant-Dieu, mais non circoncis. Il nous fait penser au centurion du ch. 7 de Luc. C’est un étranger… Le récit par Pierre ne suffira pas à faire disparaître les tensions chez les chrétiens. Pierre, Paul, Jacques s’expliqueront à nouveau sur cette tension, à l’assemblée de Jérusalem, au ch. 15 (section 5).
 
Après les explications données par Pierre au ch. 11,Luc propose, en forme de conclusion, un tour d’horizon sur la Parole qui franchit les frontières jusqu’à Chypre et Antioche (11, 19-30) ; voir la carte, p. 80.
 

Zoom : Pierre s’explique sur le baptême de Corneille. ch.11, 1 à 18

Pour le zoom, nous avons choisi le second récit où Pierre, à Jérusalem, reprend ce qui s’est passé à Césarée (ch. 10).
 
Pour comprendre la situation, quelques questions
 11, 1-4 : Qui sont les protagonistes de l’affaire (1-2) ? Sur quoi porte la discussion ?
Bapteme de Corneille Bapteme de Corneille  11, 5-18. Quel raisonnement tient Pierre pour s’expliquer ? Comment s’exprime la solution du problème ? (v.17-18). Notez que Pierre signale la présence de six frères. Cela signifie d’une part que la décision ne vient pas de Pierre seul, d’autre part, ces frères sont témoins avec lui de la venue de l’Esprit-Saint. Dans ce récit, quel rôle joue l’Esprit selon Pierre ?
 
Au cœur du débat. Il semble que le baptême d’un païen ait fait difficulté auprès des chrétiens issus du judaïsme, là-haut à Jérusalem, dans l’Eglise-mère. Même Pierre doit justifier de ce qu’il fait. On retiendra cependant que Pierre n’est pas un solitaire ; c’est accompagné de frères qu’il s’est rendu à Césarée et a baptisé le centurion et tous ceux qui avaient écouté la Parole. Pour cela, il a dû briser un tabou : le mur infranchissable entre les purs (les Juifs) et les impurs (les païens). La vision des bêtes dans la nappe signifie que ce n’est pas une décision personnelle, mais le souhait de Dieu de ne déclarer impur aucun homme, contrairement à la Loi en vigueur alors. Notez, ch. 10, 44-48, l’effusion de l’Esprit sur ceux qui ont écouté la Parole, et l’étonnement des chrétiens “circoncis” (Juifs) : l’Esprit ne fait pas de différence entre les circoncis et les nations païennes ! Lors de la première Pentecôte, il semble que tous étaient Juifs… Luc témoigne donc d’un pas décisif dans l’ouverture de la Parole et du don de l’Esprit à tous.
 
La fin du ch.11. Avant la rencontre de Pierre et Corneille, Luc avait inséré le récit de conversion de Saul (ch.9). Après la rencontre à Césarée, voici à nouveau Saul… Ce n’est pas un hasard dans la construction du livre des Actes voulue par Luc : il essaie de faire comprendre que Saul n’est pas un corps étranger dont il faudrait se méfier, mais c’est un « acteur de l’évangélisation tout comme les autres apôtres. Il n’est pas inutile de rappeler les conflits et les partis qui s’opposent dans la deuxième génération, après la mort des apôtres. Dans son œuvre, Luc cherche aussi à apaiser les tensions, à réconcilier les adversaires qui risquent de faire éclater l’Eglise. Le projet de Dieu sur les nations dépasse de beaucoup ce que nous, nous désirons. L’Eglise de Jérusalem autour de Jacques avait une certaine tendance à l’entre-soi. Le geste de Pierre dérange, en même temps ce geste ouvre la voie aux prédicateurs en terres païennes, dont Paul sera le plus connu, mais il est loin d’être le seul.
 
Et aujourd’hui ? Le récit de Pierre et Corneille pourrait s’appeler tout autant “conversion des chrétiens de Jérusalem” que “conversion de Corneille”. C’est un appel aux chrétiens déjà “dans l’Eglise” : qu’ils sachent garder les portes ouvertes à ceux qui sont hors de leurs murs. La tendance à élever des barrières entre les uns et les autres est une tendance bien humaine, mais cela n’est pas œuvre de l’Esprit de Dieu : “Vos pensées ne sont pas mes pensées !” (Isaïe 55,8-9), dont acte !
 
Ch. 12, fin de la section (lecture facultative)
Pierre emprisonné Pierre emprisonné   Chapitre déroutant, où il est question des difficultés subies par l’Eglise de Jérusalem, la mort de Jacques, celle du tyran Hérode. Entre les deux, Pierre emprisonné retrouve la liberté grâce à Dieu. Retenons que Luc fait comprendre que Dieu est du côté de Pierre, tout comme il était du côté des Hébreux lors de la sortie d’Egypte. Pierre réalise que Dieu l’a arraché des mains de Hérode, tout comme Yahvé avait arraché son peuple des mains du pharaon. Quand une femme, Rhodé, annonce la libération de Pierre, les apôtres ne la croient pas, tout comme lorsque les femmes annonçaient la résurrection de Jésus. Luc précise qu’on était dans la semaine de la Pâque (12, 3). Cette allusion n’est pas fortuite. Pour de nombreux commentateurs, l’arrestation et la délivrance de Pierre est à comprendre comme le passage de Pierre, de ce monde au Père, tout comme le Christ.
La place et le temps manquent pour expliquer le ch.12. Notons que Hérode en début de chapitre est présenté en pleine force, à la fin du récit il est mourant. Entre deux, Pierre délivré de manière miraculeuse. Cette construction du récit invite à lire ce passage comme une figure de la première Eglise, aux prises avec le pouvoir... qu'ezlle ne dooute pas, le Seigneur veille sur elle comme sur Pierre. Retenons aussi, en finale du chapitre, le refrain que nous devrions commencer à connaître : “La Parole de Dieu croissait et se multipliait” (12,24).
Quant à Barnabé et Saul ils repartirent… Suite à la prochaine section, ch.13 !
 

Prier la Parole : Faire l’Eglise du Christ

 
Nous aimons notre Eglise, avec ses limites et ses richesses, c'est notre Mère.
C'est pourquoi nous la respectons, tout en rêvant qu'elle soit toujours plus belle:
Une Eglise où il fait bon vivre, où l’on peut respirer,
Dire ce que l'on pense. Une Eglise de liberté.
 
Une Eglise qui écoute avant de parler, qui accueille au lieu de juger,
Qui pardonne sans vouloir condamner, qui annonce plutôt que de dénoncer.
Une Eglise de miséricorde.
 
Une Eglise où le plus simple des frères comprendra ce que l'autre dira,
Où le plus savant des chefs saura qu'il ne sait pas,
Où tout le peuple se manifestera. Une Eglise de sagesse.
 
Une Eglise où l'Esprit-Saint pourra s'inviter parce que tout n'aura pas été prévu,
Réglé et décidé à l'avance. Une Eglise ouverte.
 
Une Eglise où l'audace de faire du neuf
Sera plus forte que l'habitude de faire comme avant.
 
Une Eglise où chacun pourra prier dans sa langue,
S’exprimer dans sa culture, et exister avec son histoire.
 
Une Eglise dont le peuple dira non pas “voyez comme ils sont organisés”,
Mais “voyez comme ils s'aiment”.
Mgr Guy Deroubaix
 
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Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 5464 visites