Des derniers qui seront premiers !

21ème dimanche ordinaire

Isaïe 66 18-21 ; Hébreux, 12, 5-13 ; Luc 13, 22-30

 

Nouvelle étape dans l’évangile de Luc. Luc précise à nouveau que Jésus marche vers Jérusalem. Nouvelle étape dans l’enseignement aux disciples. Jésus répond ici à une question qu’à toute époque les uns et les autres se posent : “qui sera élu, combien seront-ils ?”

 

L’évangile de Luc est appelé l’évangile de la miséricorde’, parce que la plupart des paraboles et les attitudes de Jésus insistent sur la miséricorde de Dieu et sur l’accueil par Jésus de personnes jugés non dignes. Il mange avec les publicains et les pécheurs, fréquente des personnages peu fréquentables (cf. le reproche de Simon le pharisien, ch. 7), etc. La question posée à Jésus lui donne l’occasion de s’expliquer et de mettre les choses au point. Car la question posée est moins innocente qu’il n’y parait, et la réponse de Jésus est avant tout une remise en cause de ceux qui se croient dignes du Royaume (dont son interlocuteur juif) … alors que d’autres (les païens et les pécheurs) le seraient moins ou pas du tout.

 

La dernière phrase du texte est claire : il y aura des premiers qui seront derniers, et des derniers qui seront premiers. On viendra du Nord et du Midi, de l’occident et de l’Orient prendre place. N’est-ce pas une manière de signifier l’accès des étrangers, des païens au Royaume, telle la reine de Saba ou les habitants de Ninive ? Ce ui surprend ce n’est pas le petit nombre d’élus, ce dont le Christ ne parle pas, mais le fait que nous serons surpris de retrouver une compagnie de gens sur lesquels on n’arait pas parié !

 

Jésus (tout comme Dieu son Père) n’est pas des naïf, et il n’apprécie pas ceux qui font semblant : “on a mangé et bu avec toi ! tu ne te souviens pas de nous ?” Le texte de ce dimanche apparait donc comme une mise en garde de Jésus à l’égard de ceux qui se croient justes mais ne pratiquent pas la justice. La vraie question n’est pas tant de savoir combien seront élus, ni si chacun fera partie des élus. Une fois de plus Luc-Jésus insiste sur l’aptitude à la miséricorde de la part de Dieu. Mais ce sera une miséricorde éclairée, comme le confirme la fin du texte.

 

Luc laisse aussi Jésus exprimer ses regrets à l’égard de la nation sainte : "Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants…" Ceux-là feront-ils partie des élus? On ne sait pas car jamais Luc ne ferme la porte, même à la fin du livre des Actes. Si l’on poursuit la lecture des chapitres 13 et 14 de Luc, nous pourrons lire la parabole des invités au festin qui font parvenir leurs excuses, du genre : désolé, j’ai une nouvelle voiture à essayer, un champ à visiter, un départ en lune de miel etc. ... Alors le maitre décide d’inviter chez lui les estropiés et les boiteux pour le festin de l’Agneau, car “aucun des invités ne profitera du repas”.

 

Voilà donc la réponse de Jésus à la question posée. On peut recevoir cette réponse avec admiration de Jésus pour son aptitude à répondre autrement qu’on ne l’attend. On peut aussi se demander comment cette tournure d’esprit de Jésus interroge chacun des baptisés sur la manière dont il met en œuvre le don reçu, le don de l’Esprit qui rend témoignage à Jésus ressuscité et qui brise les barrières que nous établissons entre les gens, entre les bons et les non fréquentables. Au paradis de Dieu, sans doute croiserons-nous des Roms et des migrants qui seront passé avant nous par la porte de saint Pierre. E.H.

 


 

Fermer