Annoncer à frais nouveaux

Edito Eglise d'Arras 17-2010

Annoncer à frais nouveaux

« Malheur à moi, si je n’évangélise ». Ainsi s’exprimait Paul dans une lettre aux Corinthiens. Aux premiers temps de l’Eglise, les apôtres avaient du organiser la vie de l’Eglise pour ne pas délaisser le service de la Parole au bénéfice d’autres tâches (Actes ch.6).

 

Gardienne du dépôt de la foi, l’institution ecclésiale a parfois oublié qu’elle existe avant tout pour ceux qui n’y sont pas. Pourtant le souci de l’annonce de la Bonne Nouvelle a toujours existé en elle, selon des modes variés. Ainsi aux XVII et XVIII siècles on envoyait des personnes “spécialisées” : les religieux missionnaires. Au début du XXème siècle les jocistes chantaient « nous referons chrétiens nos frères ». En 1943 abbés Henri Godin et Yves Daniel secouaient la torpeur de l’Eglise avec leur livre : “France, pays de mission ?”. Puis Vatican II rappelait que tous les baptisés, au titre de leur baptême recevaient la responsabilité d’annoncer, de célébrer et de vivre l’Evangile du Christ.

 

Suffit-il de le dire pour le vivre ? Trop longtemps convaincus que “la foi allait de soi”, les baptisés ont tardé à devenir acteurs d’évangélisation, d’autant plus qu’ils se considéraient en pays de chrétienté alors que les évolutions de la société éloignaient de plus en plus les contemporains du cœur de la foi : il ne suffisait plus d’entretenir la foi. De fait, il ne suffit plus de s’habiller comme nos grands-mères, ni d’observer les rites comme autrefois pour favoriser le dialogue que Dieu veut entretenir avec tous les hommes comme avec des amis. Il faut oser du neuf : Graine de Parole, dimanche : Parole en fête, modules catéchétiques, équipes catéchuménales, etc. L’élan se manifeste aujourd’hui dans la participation nombreuse et active à une catéchèse renouvelée, à tous les âges de la vie ; l’élan se manifeste dans le désir de partager la Parole de Dieu et la foi en maisons d’Evangile.

 

Vatican II a fort justement placé comme première charge ministérielle l’annonce, avant la célébration, quoique l’une soit reliée à l’autre. Mais la pénurie de prêtres risque d’enfermer les prêtres et les diacres dans un ministère de célébrant, à l’intérieur de nos églises. De nombreux chrétiens se sont investis dans l’animation de liturgies où sont présentes des personnes plutôt éloignées de la culture chrétienne, et on ne s’adresse pas à eux comme à une communauté monacale.

 

Au cours de la session de rentrée pour la liturgie, Philippe Barras demandait en quoi la liturgie est un acte d’évangélisation… Cela méritait réflexion, car nous serons toujours invités à ne pas séparer la communion à Dieu de l’union avec les humains nos frères, même et surtout s’ils sont des étrangers. “Pour évangéliser John, il faut apprendre la langue de John !” Cette paraphrase d’un principe pédagogique évident, demeure une invitation à nous pénétrer de la culture d’aujourd’hui, de lui parler dans sa langue, comme le firent Pierre et les Douze au jour de Pentecôte.

 

Les expressions “nouveau”, “renouveau”, “nouvelle annonce” ou “nouvelle orientation” fleurissent dans l’Eglise de France. Au lieu de fermer les yeux ou de se boucher les oreilles, n’est-il pas temps d’entrer dans la dynamique proposée par les évêques, et le diocèse d’Arras en particulier qui se prépare à adopter le nouveau projet diocésain de catéchèse. Que nos inerties et habitudes n’entravent pas le souffle de l’Esprit.
Abbé Emile Hennart.
 

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