Tu es aimé de Dieu

Edito Eglise d'Arras 5 novembre

L’année liturgique, avec la lecture de l’évangile selon Luc, touche à sa fin. Pour ces derniers dimanches, (30 et 31ème dimanches) ordinaires, la liturgie nous donne à entendre l’histoire de deux publicains, collecteurs d’impôts. L’un, personnage d’une parabole, est en prière, plutôt éloigné dans Temple, tandis qu’un pharisien prie bien ostensiblement au devant de tous. Le deuxième publicain s’appelle Zachée, il est chef des publicains. Ni l’un ni l’autre ne reçoivent de la part de Jésus le regard de défiance convenue de la part des Juifs, une sorte de mise à distance. Bien au contraire ! Du premier publicain, Jésus affirme que Dieu lui accorde le pardon et la grâce. Quant à Zachée, il avait en lui le désir de venir à la rencontre de Jésus : il cherchait à voir Jésus, mais sans être vu. De où lui vient ce désir ? Jésus répond à ce désir, et même au-delà, car il s’invite chez lui.

 

Le 10 octobre la foule assemblée dans la cathédrale scandait une certitude de foi : “Dieu aime ce monde”, dont on avait évoqué quelques instants auparavant, par quelques images, les réalités parfois douloureuses. Une personne s’exclamait alors : “il Lui faut bien du courage !” Aller à la rencontre de qui ne le mérite pas, l’apôtre Paul le dit à sa manière dans la lettre aux Philippiens : “il ne revendiqua pas d’être à l’égal de Dieu…. Au contraire il a pris la condition de serviteur… ”. Par sa proximité d’abord, aux malades et aux pécheurs, et par sa parole, Jésus a fait découvrir le visage d’un Dieu qui aime ceux que les autorités religieuses mettaient à distance, les considérant impurs et pécheurs. Par sa présence auprès des derniers de la société, Jésus leur a redonné le désir de Dieu. “Va ta foi t’a sauvé, va en paix tes péchés sont pardonnés…” sont des expressions qui jalonnent les rencontres du Fils de Dieu avec ces fils d’hommes qui s’estiment indignent de le recevoir sous leur toit.

 

Que restera-t-il du passage de Jésus chez nous, que restera-t-il de la fête du 10.10.10., et de la proclamation de l’Evangile ? Le désir d’aller à la rencontre de ce Dieu-là et le désir de le faire connaître. Un Dieu désirable, et non un Dieu dont on a peur. L’enseignement du péché et de la peur* a parfois remplacé l’annonce de la Bonne Nouvelle d’amour d’un Dieu miséricordieux ? Peut-on reprocher à la démarche catéchétique d’avoir modifié son langage, et sa proposition d’un Dieu proche des hommes, humanité dont les bruits résonnent ces jours-ci plus qu’à d’autres moments de la vie sociale. Il vaut la peine de s’intéresser aux propos d’André Fossion, parus dans “Dieu désirable, proposition de la foi et initiation”**.

 

Puissent les chrétiens, qu’ils soient catholiques, orthodoxes, anglicans, orientaux ou occidentaux, devenir annonceurs de Bonne Nouvelle et dire à toute maison : “Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison” ! Cela reste un défi dans les actuelles déchirures de la société et des Eglises.
Abbé Emile Hennart

 

*Jean Delumeau “Le péché et la peur, la culpabilisation en Occident XIIIè-XVIIIè siècles“ Fayard 1983
** André Fossion “Dieu désirable”, Lumen vitae, 2010 ; disponible au service catéchèse.

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