Fiche 06 Actes 15-20

Activités missionnaires en Asie et en Europe.

Section 6, Actes 15, 36 à 20.

Remarque préalable: en raison de la longueur des ch. 15 à 20, on pourrait passer le ch.20 ou, de préférence,  prévoir deux rencontres, l’une, ch. 15, 36 à 17 ; la seconde, ch. 18 à 20

 

Nouveau départ d’Antioche.

 Après un conflit de personnes sur l’appréciation d’un collaborateur, Marc, cousin de Barnabé, et faute de compromis, voici donc deux équipes allant chacune de leur côté. Luc s’attache désormais à la mission d’annonce réalisée par Paul et Silas (appelé aussi Sylvain). Cette progression vers l’Occident va les mettre davantage aux prises avec l’Empire romain et la culture grecque. Ils repassent par les villes précédemment traversées : Derbé, Lystre, Iconium. Antioche de Pisidie est au sud de la région de Galatie, qui s’étend jusqu’au Pont, (rive de la Mer Noire).

 

Le projet initial était d’aller vers l’Ouest, en Asie (Asie mineure, Ephèse). Paul a été contrarié. On ne sait rien de ce que fut l’empêchement, attribué à l’Esprit Saint. Bientôt, une vision présente un Macédonien appelant à passer de l’autre côté, en Macédoine. Comme pour les prophètes de l’Ancien Testament, comme pour Marie ou Zacharie, parler de vision revient à dire que la mission annoncée vient de Dieu : l’évangélisation n’est pas l’affaire d’un homme… parce que ça lui plairait !

 

Lydie, une femme appréciée. (16, 12-16) Lydie fait partie d’un groupe de femmes que Paul rencontre et enseigne à Philippes. Tout comme Jésus (Luc 8, 1-3), Paul ne s’embarrasse pas des préjugés rabbiniques et n’hésite pas à parler à des femmes en public. Lydie est commerçante en pourpre, tissus destinés à l’armée romaine. Le Seigneur lui avait ouvert l’esprit… tout comme il l’avait fait pour les disciples d’Emmaüs (Luc 24, 44). Femme, elle est matrone selon le modèle romain. Même Paul lui cède (16, 15) ! Le fait qu’il n’y ait pas de synagogue à Philippes signifie que la communauté juive y était très petite.

 

Prison et délivrance à Philippes. (16, 16-40) Une jeune femme rapportait gros à ses maîtres par ses prédictions. Ce qu’elle prédit semble juste, à première vue, mais Paul sait qu’on dit la même chose de Zeus, dieu très-haut ; beaucoup de religions se présentaient comme “voie du salut”. Paul craint l’amalgame, le syncrétisme. En la faisant taire, il supprime les bénéfices pour les maîtres. Arrêté et mis en prison, Paul est délivré par un tremblement de terre attribué à Dieu. (Philippes est sur la côte de la mer Egée, aux fréquents tremblements de terre). La conversion du geôlier n’est pas due au tremblement de terre, mais à la parole de Paul. Celui-ci refuse une libération en catimini et exige des excuses de la part de l’autorité !


L’accueil des Juifs de Bérée (17, 10-14) fait exception : ils accueillent Paul et examinent les Ecritures pour vérifier ses dires. Beaucoup deviennent croyants, y compris des femmes de la haute société. Ce n’est pas la seule fois où les Actes signalent leur présence et leur foi. Sans doute ont-elles eu une grande importance pour le développement des communautés, offrant en particulier un toit pour les assemblées, comme Lydie. A Bérée, Paul est poursuivi par des Juifs venus d’ailleurs et doit fuir. Le voici à Athènes.


Athènes (17, 16-34). La ville n’a plus l’influence du grand siècle de Périclès ou d’Aristote, mais elle garde sa réputation. Luc effectue un travail méticuleux pour construire la séquence à Athènes : présentation de la ville et des philosophes, prise de contact, discours. On s’attend à quelque chose de très important. C’est la première confrontation officielle entre la nouvelle religion venue d’Orient et la culture grecque. La Bible a été traduite en grec depuis près de trois siècles.

 

Pourtant, Paul, de culture grecque et juive, ne commence pas son discours en développant ses connaissances bibliques. Il valorise la recherche religieuse des Athéniens, ne dénigre pas leurs croyances. Faut-il parler de mise en appétit, de captatio bénevolentiae (capter la bienveillance) ? Considérons que Paul, dans son souci d’annonce, s’appuie d’abord sur ce que les Athéniens connaissent déjà. Quand il parle du “Dieu du ciel et de la terre qui n’habite pas les temples construits de main d’homme”, il rejoint les aspirations du monde gréco-romain à une religion autre que celle de la Rome antique, avec Jupiter-Zeus, Athéna-Minerve, Mars ou Hermès, Saturne etc. Paul cite même des poètes grecs. Tout va bien jusqu’au moment où il parle de résurrection des morts. Tout le monde lui rit alors au nez : tu repasseras un autre jour !

 

Les Actes ne parlent pas d’échec  Athènes; quelques-uns se sont attachés à Paul. Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul rappelle la leçon qu’il a tirée de cette expérience. (1 Co. 2, 1-5).


La question de la résurrection. Inscrire la foi chrétienne dans une autre culture (inculturation) n’est pas une idée moderne, comme le montre la séquence à Athènes. Cela suppose d’abord que le prédicateur connaisse bien la philosophie et la culture de ses auditeurs. Pour les Grecs, l’homme est composé d’un corps et d’une âme. Leur aspiration était que l’esprit puisse quitter l’enveloppe charnelle du corps pour rejoindre la lumière divine. L’idée que l’esprit revienne dans un corps est donc une sottise à leurs yeux. En monde juif, dans la Bible, l’homme est un.

 

Aujourd’hui, plus du tiers des chrétiens ne croit pas en la résurrection… Croire en la résurrection repose sur la certitude qu’il existe un lien indéfectible entre le Dieu de Jésus-Christ et ce que nous sommes. Il est impossible de vouloir décrire ou prouver la Résurrection. La foi en la Résurrection est incontournable mais il n’est pas simple d’en parler, aujourd’hui comme hier. Paul aura à se bagarrer contre les chrétiens qui doutent de la résurrection (1 Thessaloniciens ; 1 Co. 15, etc.) ; nous-mêmes, nous avons à purifier notre compréhension du Credo.

 

Zoom : Fondation de l’Eglise de Corinthe. Actes 18, 1-11.

 

Les Actes ne rapportent pas le contenu de l’enseignement de Paul à Corinthe. Portons attention à l’environnement dans lequel progresse la Parole.


Corinthe. Paul quitte Athènes, le pays des philosophes pour qui la résurrection est baliverne, pour Corinthe, à 80 km de là. La ville est récente, colonie romaine fondée pour faciliter le transport des marchandises vers Rome. C’est la ville des “moins que rien” (500.000 hb. dont 2/3 d’esclaves). Leur tâche consistait surtout à transporter les bateaux et leurs marchandises du port de Cenchrées (à l’est, en mer Egée), vers le port ouest, côté Méditerranée. Il n’y avait pas encore le canal de Corinthe. Pour ces populations, Paul écrira plusieurs billets, rassemblés sous le nom de 1 et 2 Corinthiens : “Il n'y a pas chez vous beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés. Mais ce qui, dans le monde, est sans naissance et ce que l'on méprise, ce qui n'est pas, voilà ce que Dieu a choisi pour réduire à rien ce qui est,” 1 Corinthiens 1, 26-28. Il serait intéressant d’étudier ces lettres.

 

De qui parle-ton ?


Aquilas et sa femme Priscille, l’empereur Claude, Silas et Timothée, Titius Justus, des Juifs, des païens. L’itinéraire d’Aquilas et Priscille montre qu’eux aussi voyagent beaucoup (voir carte). Ils arrivent de Rome d’où ils ont été expulsés par un édit de l’empereur Claude contre les Juifs, sans doute suite aux troubles occasionnés par les polémiques entre Juifs et chrétiens. Pour la première fois, les Actes parlent de Rome. Tous deux exercent le même métier que Paul. Paul tenait à n’être à charge à personne lors de son activité missionnaire, et le travail sur les toiles de tente pouvait s’exercer en de multiples endroits (fabrication et réparation de toiles et cordages, tissage avec des poils de chèvre,…). Aquilas et Priscille demeureront de fidèles collaborateurs de Paul.

 

Paul, lapidation à Lystres Paul, lapidation à Lystres  Juifs et païens. Paul s’adresse d’abord aux Juifs de la synagogue : rien de nouveau dans ses habitudes. Il proclame que le Christ, c’est Jésus. Là aussi une opposition des Juifs entraîne une double réaction de Paul. D’une part il quitte son hébergement chez les Juifs, d’autre part il explique son geste : désormais c’est aux païens que j’irai ! Et il part habiter chez un non-juif, Titius Justus, après avoir secoué ses vêtements, tout comme il avait secoué ses chaussures pour ne rien garder d’eux, pas même un peu de poussière (13, 51). La traduction approximative « Si cela entraîne votre perte, c’est vous qui serez responsables” ne rend pas compte du texte d’origine : “Que votre sang vous retombe sur la tête”. Peut-être vaut-il la peine de se souvenir qu’un des fils conducteurs de Luc, Evangile et Actes, c’est l’ouverture aux païens et l’attention portée par Dieu aux non-Juifs. Le vieillard Syméon avait déjà proclamé à la naissance de Jésus qu’il était le salut pour toutes les nations, et lumière pour la révélation aux païens (Luc 2, 30-32). Jésus avait évoqué les faveurs de Dieu pour Naaman le syrien et la veuve de Sarepta (Luc 4). Beaucoup de Corinthiens se convertissent, et si certains doutent que ce soit la volonté de Dieu, la vision et la parole viennent confirmer l’œuvre d’évangélisation par Paul.


Quelques dates. L’édit de Claude (+49) et le nom de Gallion (v.12, proconsul entre 52 et 53) permettent de préciser la date du passage de Paul, autour de l’an 50. Paul demeure 18 mois à Corinthe. Ce n’est pas une cabale montée par les Juifs qui le fera partir ! Le proconsul ne se laisse pas impressionner par des conflits de doctrine entre Juifs. Chaque sabbat, Paul poursuit l’évangélisation des Juifs, tout en s’adressant aussi aux païens. La fin du chapitre signale son départ pour Ephèse, puis Césarée, Jérusalem (saluer l’Eglise), enfin le retour à Antioche (18, 18-23). Paul ne s’attarde pas à Antioche. Le conflit du ch. 15 a peut-être laissé des traces chez les uns et les autres. Paul sera plus à l’aise à Ephèse.

 

La fin de la section, à Ephèse

.
 Actes 18, 24 à 19, 40, présente diverses réalités à Ephèse : présence d’Apollos, conflits entre certains Juifs et Paul, émeute contre Paul. A partir de ce que nous avons déjà lu de Luc, Evangile et Actes, nous savons que la foi n’est pas seulement une question d’idées, mais qu’elle implique des conséquences dans le concret de l’existence personnelle, comme dans la société. L’adhésion à la foi chrétienne amène à désacraliser l’argent, à réintégrer les exclus ; elle provoque à un “vivre-ensemble”, elle refuse le monnayage marchand des pratiques religieuses. Cela explique en partie les évènements survenus à Ephèse.


Apollos. Le prédicateur Apollos enseigne, uniquement aux Juifs, pour prouver selon les Ecritures, que Jésus est le Messie. Aquilas et Priscille lui précisent la pensée évangélique, qui est Jésus, qui est Jean-Baptiste.
 

Des différends entre Paul et certains Juifs se reproduisent. Sans doute comme à Antioche, Lystres ou Corinthe, c’est au sujet du rapport avec les non-Juifs. Paul quitte la synagogue pour enseigner dans une officine grecque, l’école de Tyrannos. Fidèle à ses principes, il s’était d’abord adressé aux Juifs dans leur synagogue.


Ephese taureau guirlande Ephese taureau guirlande  Emeute à Ephèse. Ephèse est un centre religieux mondial, lieu du culte d’Artémis, fille de Zeus et sœur d’Apollon. On ne touche pas à ce qui est sacré ! Comme en beaucoup de lieux de pèlerinages, le culte et la vente de souvenirs y ont une grande importance : babioles pour les plus pauvres, statues d’or ou d’argent pour les plus aisés. La confrérie des orfèvres et des boutiquiers fomente une émeute contre Paul et les chrétiens. Le dénouement vient des autorités de la ville qui, ici comme à Corinthe avec Gallion (18, 12-17), refusent d’ouvrir un conflit sur des questions religieuses.

 

Le temps des adieux, ch. 20


Dernier repas eucharistique dans la chambre haute. L’homélie de Paul fut-elle endormante ? La résurrection d’Eutyche est à mettre en parallèle avec Pierre/Tabitha (Ac. 9, 36) ou avec Jésus/Naïm (Luc 7,11). L’Eucharistie apparaît comme lumière qui éclaire la nuit.
Le discours d’adieu en 21, 17-37, mériterait plus de trois lignes. Il est adressé aux responsables (anciens) des communautés. Ils sont tout à la fois gardiens (épiscopes) et bergers (pasteurs). Le discours comporte une part de bilan, mais aussi des exhortations et appels à la vigilance dans les épreuves. Se souvenir que les discours ont été reconstitués par Luc.

 

Prier la Parole. Le Symbole des apôtres.

 

Souvenons-nous de Paul à Athènes, de Pierre, d’Etienne et des autres qui, jusqu’à nous, ont porté la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, annonçant l’amour d’un Dieu Père pour tous les hommes.

 

Je crois en Dieu le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus-Christ son Fils unique notre Seigneur,
Qui a été conçu du Saint Esprit,
Est né de la Vierge Marie,
A souffert sous Ponce Pilate,
A été crucifié, est mort et a été enseveli,
Est descendu aux enfers.
Le troisième jour est ressuscité des morts.
Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
D’où Il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l'Esprit Saint,
À la sainte Eglise catholique,
À la communion des saints,
À la rémission des péchés,
À la résurrection de la chair,
À la vie éternelle. Amen

 

N’oubliez pas de faire parvenir vos questions ou découvertes à :
Lire l’Évangile, Maison diocésaine BP 1016 – 62008 Arras cedex
ou à hennart-eh@orange.fr
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 4107 visites