Fiche 7 Actes 21 + 27-28

De Jérusalem à Rome. Arrestation, naufrage, arrivée à Rome.

Section 7 Actes 21, 1-36, et ch. 27-28. (Les ch. 21, 37 à ch. 26 seront proposés en section 8)

 

Remarque sur les sections 7 et 8


Les chapitres 21 à 28 constituent la troisième partie de ce que Luc avait laissé entendre comme programme au début des Actes : vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre (Ac. 1,8). Rome n’est pas le bout du monde, mais c’est le nouveau centre du monde à partir duquel rayonnent les routes du monde.
Nous avons divisé ces chapitres en deux sections, reportant les ch. 21, 37 à 26, 32 en huitième section, en lecture facultative, car ils sont composés essentiellement de discours et peuvent être de lecture plus difficile. De ce fait, l’importante finale de Luc (ch.27 et 28) se retrouve en fin de la section 7 au lieu de 8. Nous espérons que chacun aura mentalement replacé dans le bon ordre les différents chapitres, et accordé toute leur importance aux versets 28, 27-31, conclusion générale de l’œuvre de Luc.

 

Vue d’ensemble

 

A Jérusalem, un comité d’accueil musclé attend Paul.
Actes 21, 1-36. Au long du chemin vers Jérusalem, des chrétiens mettent en garde Paul devant les risques qu’il court de se rendre à Jérusalem, car les Juifs sont de plus en plus hostiles à lui, à son enseignement et surtout à l’ouverture aux païens. On peut penser à la montée de Jésus vers Jérusalem où l’on voit progressivement s’amplifier une opposition contre Jésus et son enseignement.
L’arrivée de Paul à Jérusalem, dans la communauté chrétienne, semble sereine. Les chrétiens rendent grâce pour l’œuvre d’évangélisation. Ils sont au courant des controverses au sujet de Paul et proposent une certaine conduite vis-à-vis des Juifs, puisqu’il se rend au Temple : montrer qu’il est un Juif de stricte observance (v.23-24), ce que Paul fera. On peut se demander cependant si les chrétiens de Jérusalem ont été vraiment solidaires de Paul, tant ils sont attachés à la Loi de Moïse. Concernant les païens convertis, ils connaissent bien la question (cf. la lettre de Jacques et des frères (Ac. 15) ; ils connaissent tout autant les rumeurs contre Paul.


Paul se conforme aux prescriptions de la Loi, mais cela ne changera rien au projet des Juifs de se débarrasser de Paul. Ils mettent leur plan à exécution au dernier jour de la semaine de purification. Aussitôt Paul arrêté, on l’expulse du Temple et l’on ferme les portes. C’est alors qu’intervient l’autorité romaine qui protègera Paul. La garnison jouxte et surplombe l’esplanade du Temple, ce qui permet aux soldats de surveiller le moindre mouvement ou tentative de révolte. Ils évitent à Paul d’être lapidé sur place. De cet épisode on retiendra l’aspect symbolique de la fermeture des portes du temple : ce faisant, les autorités juives se ferment à la Bonne Nouvelle et refusent aux païens et étrangers l’accès à Dieu présent dans son sanctuaire. En même temps, ce sont les « ennemis », les Romains, qui prennent la défense de Paul.

 

Entre l’arrestation à Jérusalem et l’arrivée à Rome.
 

A cet endroit du récit, 21, 37, nous quittons le déroulement des chapitres pour passer directement à la traversée en bateau vers Rome, avec la tempête et le naufrage (ch. 27 et 28). Les chapitres 21, 37 à ch. 26 seront proposés en section 8. Ce sont essentiellement des discours ou plaidoiries de Paul aux Juifs, au Sanhédrin, aux autorités romaines. On y explique le guet-apens préparé par les Juifs contre Paul, comment il est déjoué, mais surtout on comprend l’appel de Paul à être jugé par le tribunal impérial, à Rome. Voici donc Paul emprisonné, qui a l’occasion de s’expliquer devant le gouverneur Félix, devant Festus puis devant le roi Agrippa et Bérénice. Au cours de cette section 8, dont nous laissons la lecture facultative, on sera invité à entendre et comprendre les arguments des uns et des autres, leur point de vue, leur stratégie. Cela se termine avec l’affirmation du roi Agrippa et de son entourage : “Cet homme ne fait rien qui mérite la mort ou la prison.” On a déjà entendu semblable affirmation dans la bouche de Pilate à propos de Jésus (Luc 23, 4.14.23). Il y a là une modélisation du martyre de Paul sur la Passion de Jésus.

 

 

La navigation, la tempête, le naufrage à Malte. Ch.27.

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   Il suffit de lire ! Nous avons ici un récit de voyage maritime fort détaillé. Les spécialistes de l’Antiquité apprécient la documentation –y compris les termes techniques- que Luc emploie pour rendre compte de cette traversée… Ce n’est pas du roman !


La navigation au temps des Romains.

Elle est avant tout cabotage, de port en port en longeant les côtes, évitant de perdre de vue le continent. Elle était déconseillée (interdite) durant la période d’hiver, de novembre à début mars en raison des intempéries. En 27, 9, Luc signale que la date du Grand Pardon était déjà passée. Cette fête du Yom Kippour se situe à la fin de l’automne. Il n’existait pas de bateaux pour voyageurs. Ceux-ci profitaient des bateaux de marchandises, moyennant quelque accord avec le capitaine (finances et menus services à rendre à bord). Le récit de Luc met en valeur le héros principal, Paul et son Dieu. Le dernier repas sur le bateau évoque l’eucharistie devant tous d’abord (v.35), puis pour tous (v.36).


navigation ancre marine navigation ancre marine  A Malte. Arrivés à terre, les naufragés sont bien accueillis par les indigènes. Il semble que Luc ne veuille pas employer le mot “barbare”, par lequel les gréco-romains désignaient ceux qui ne partageaient pas leur culture. Pour ces indigènes et aussi les autres naufragés, se sortir d’une tempête signifie qu’on est protégé des dieux. Or voici que Paul est aux prises avec une vipère, et aurait dû mourir… Non ! Il échappe à la mort, deux fois de suite. Aux yeux des gens, Paul apparaît donc vraiment “protégé des dieux”, au point de supposer que lui-même était un dieu. (On appelle ordalie la manière d’interpréter un évènement comme jugement de Dieu). Durant l’attente d’un nouveau départ vers Rome, Paul opère des guérisons multiples, prie et impose les mains, comme le Christ (Luc 4, 38-40) ou comme Pierre (Ac. 5, 12-16).

 

Navires dans la  tempête. Marbre 3eme s. Navires dans la tempête. Marbre 3eme s.  

   

Zoom : Conclusion en forme de discussion avec les Juifs de Rome. 28, 16-31.


Du port de Pouzzoles à Rome.
Qui Paul rencontre-t-il sur son chemin ? Quelle décision prend-il une fois arrivé à Rome ? L’écrivain-évangéliste Luc prépare ici sa conclusion et construit les dernières images dont il souhaite que son lecteur se souvienne au moment de refermer le livre. Tout d’abord, la présence chrétienne en Italie et le soutien des uns et des autres à Paul. Ensuite, l’attitude de Paul, de toujours vouloir aller à la rencontre des Juifs, des notables en particulier. Une dernière discussion d’où il découle que Paul n’a pas convaincu le peuple juif, ce qui entraîne une dernière citation de l’Ecriture. Enfin et surtout, sous la plume de Luc, Paul livre sa conviction ultime, celle qui a été défendue tout au long de l’œuvre, Evangile et Actes : l’annonce du salut aux païens, la poursuite de la proclamation du Règne de Dieu et de l’annonce concernant Jésus-Christ.

 

A Rome donc, voici l’ultime entretien (v. 16-22 et 23-28) de Paul avec ses coreligionnaires juifs, qu’il a convoqués dès son arrivée. Il explique d’abord l’itinéraire qui l’a amené là où il se trouve, sa situation d’accusé, par les Juifs devant les Romains. Puis, dans une seconde rencontre, il rend témoignage au Règne de Dieu et à Jésus, à partir de la Loi de Moïse et des prophètes…

 

Les uns se laissaient convaincre, d’autres refusaient de croire… Voici donc que Paul cite intégralement Isaïe (Is 6, 9-10 ; Etienne l’avait partiellement utilisé en 7, 51-52). Par cette citation, Paul renverse les rôles. Il n’est plus l’accusé des Juifs, mais l’accusateur de tous ceux qui refusent. Cependant, ce discours n’est pas une condamnation, mais un constat de surdité et d’aveuglement. La porte reste ouverte... quand vous voudrez. En attendant : “Sachez-le bien : c’est aux païens que le salut de Dieu a été envoyé. Eux, ils écouteront” !

 

Et la mort de Paul ? Il est normal que nous nous posions la question. Luc lui-même connaissait la mort de Paul, comme celle de Pierre (entre 64 et 67, sous Néron) ; mais il fait silence. Ici il faut nous rappeler que le livre des Actes n’est ni une biographie de Paul, ni une biographie de Pierre, mais un récit organisé sur la manière dont la Parole, Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour tous, Juifs et païens, s’est étendue jusqu’aux extrémités de la terre. Cela passe par différents acteurs qui ont posé des actes : Pierre et Jean, Paul, mais aussi Jacques, Barnabé, Etienne, Philippe et bien d’autres nommés ou anonymes. Luc n’a pas tout dit ; il laisse des silences mais aussi et surtout, des visages. Les Actes se terminent sur un dernier trait sur Paul : “il accueillait tous ceux qui venaient chez lui ; il annonçait le règne de Dieu et il enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ avec une assurance totale, et sans rencontrer aucun obstacle.”

 

Conclusion de notre lecture de l’œuvre de Luc en maison d’Evangile.


Lors de l’appel des disciples, de Pierre en particulier au début de l’Evangile, Luc signale : « Jésus dit à Simon : “Avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la pêche”. Simon et les autres n’avaient rien pris et hésitaient à repartir… “nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, disait-il, mais sur ta parole je vais lâcher les filets” » (Luc, 5, 4-5). Ainsi va l’annonce de la Bonne nouvelle : en eau profonde, au large, en terre inconnue, au milieu des tempêtes, parfois sans rien prendre. La Parole retentit encore pour chacun de nous : “Avance au large !”

 

Prier la Parole.

Pour l'Eglise du XXIe siècle


Seigneur Jésus, viens à notre aide.
Que ton Eglise sache réduire la faille
Qui s'est creusée entre les aspirations
Des hommes et des femmes du XXIème siècle
Et le trésor de Ta Parole.

 

D'un côté tant de personnes blessées, en crise,
Avides de se trouver elles-mêmes, de s'épanouir
Et qui se croient jugées, voire condamnées par l'Eglise.


De l'autre, Seigneur Jésus, tes Paroles
Qui rendent libre, et qui font vraiment vivre.

Esprit Saint, fais de nous de vrais disciples,
Qui, en suivant le Christ,
Se mettent à l'écoute de ceux qui ont faim de pain,
De compassion, de parole.

 

Des disciples qui pardonnent sans jamais condamner,
Qui soulagent les corps et les cœurs paralysés.
Christ, donne-nous de vivre ton unique commandement,
Celui de cet amour qui, par Toi, descend du Père et se diffuse vers tous les frères.

 

Père, aide-nous, hommes et femmes,
Ensemble à ton image, à traduire la Parole
Par des mots et des gestes
Audibles à l'intelligence et au cœur de nos contemporains.
Monique Hébrard.

 

Journaliste, auteur de nombreux ouvrages sur les courants sociétaires et religieux des 30 dernières années (Les femmes dans l’Eglise, Centurion-Cerf; Entre nouvel âge et christianisme, DDB; Les nouveaux convertis, Presse de ta Renaissance...), Monique Hébrard propose ici sa prière pour l’Eglise, pour que la Parole vivifiante du Christ rejoigne les aspirations des femmes et des hommes de ce siècle. Prier, Juin 2005

 

N’oubliez pas de faire parvenir vos questions ou découvertes à :
Lire l’Évangile, Maison diocésaine BP 1016 – 62008 Arras cedex
ou à hennart-eh@orange.fr
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3060 visites