FAQ-2b Ananie et Saphire çà ne passe pas

Pour essayer de comprendre le récit choquant d'Ananie et Saphire

Accepter un lent apprentissage pour discerner.

 

Ca ne passe pas…! Il est important de relever les expressions et récits qui font difficulté… car il ne faut pas lire l’Ecriture en aveugle, et récemment encore Benoit XVI rappelle la nécessité de lire en Eglise, à plusieurs et avec discernement les textes de l’Ecriture. [Avant de lire la suite de cette page, on peut aussi lire une approche plus générale: Les Actes, étonnés, surpris, désarçonnés].

 

Ceci dit, le choix de parcourir l’ensemble des Actes en 8 rencontres de 1h30 ne permet pas de faire toute la formation ni de donner toutes les explications nécessaires. Si une difficulté nous arrête, -ce qui est normal-, cela risque de nous bloquer dans la lecture de l’ensemble. Relire dans la fiche 00 les remarques sur les questions rencontrées. Une première lecture en 8 rencontres ne peut pas remplacer des études bibliques qui durent plusieurs années. Lisons l'ensemble, allons à la découverte de ces communautés, acceptons et repérons les questions sans avoir de suite réponse à tout. N’est-ce pas le risque que court votre maison d'évangile? La fiche 1, la fiche 2 sont une aide pour parcourir la section proposée dans son ensemble, et dépasser “un peu” les lieux difficiles. Le récit a été écrit par des hommes dans un contexte précis dont nous n'avons plus tous les éléments. Aujourd'hui nous le lisons et essayons de comprendre ce que Luc a voulu dire, et en quoi il peut être utile pour nous aujourd'hui au XXIème siècle. 

 

 Le texte d’Ananie et Saphire a toujours fait difficulté.

Il est possible que cela se soit passé tel que c'est écrit ! Il est possible aussi que Luc veuille donner “une mise en garde” à ceux qui entrent dans la communauté, par le baptême sans en mesurer les exigences. Sur quoi insiste Pierre, sur quoi insiste Luc, sur quoi nous, nous insistons ? De nombreuses explications ont été données au cours des siècles pour essayer de comprendre comment Luc, l’évangéliste qui parle le plus de la miséricorde, de la conversion et du pardon, a pu rédiger un tel texte. Aurait-il oublié tout ce qu'il a écrit dans son évangile? Ce n'est pas possible. Si nous voyons punition de Dieu ou de Pierre, est-ce la bonne lecture ? Quel est le péché du couple ? Mentir à la communauté" des baptisés, c'est s'exclure de cette communauté de vie, c'est mourir à la vie avec Dieu. 


Ceci n'est qu'un résumé l'interprétation donnée par Daniel Marguerat, chapitre 5, de son livre « première histoire du christianisme ». Vous pourriez y lire les différentes interprétations avancées, mais aussi et surtout, le chemin que Marguerat propose, dans une lecture narrative, une lecture continue des Actes, ch. 1 à 7.

 

Actes, ch. 1 à 7, sont à lire comme une continuité.

 

Une continuité où Luc présente différentes facettes de la vie de la première communauté, avec ses bons et mauvais aspects, sans rien cacher, ni des faiblesses de la première communauté, ni des conflits avec les juifs, ni de ce qui les dynamise au service de l'annonce de Jésus mort et ressuscité (=le kérygme). Avec Marguerat, je pense que Luc décrit des étapes de l’annonce, "sous forme de flashs" présentant la première communauté.

 

Maison diocésaine de Raismes Les disciples d'Emmaüs  
Maison diocésaine de Raismes
Maison diocésaine de Raismes
Vocation de Matthias.
 Luc commence par présenter la communauté des 12, reconstituée, signe que Jésus-Christ  sauve tout le monde et non les 11/12ème (c'est un rappel du passage du Jourdain par Josué, Josué ch.4). Ensuite, cette communauté est bousculée par l’Esprit pour oser parler aux gens de toutes les nations… ce qui entraîne baptême et conséquence immédiate : une nouvelle vie où les baptisés vivent en communion/communauté. Ils inventent un modèle de vivre-ensemble par le partage des biens (2,42-46), l'écoute des enseignements, le partage du pain (eucharistie…). Ceci dit, ils reçoivent bon accueil de la part du peuple.

 

Flash suivant: Pierre et Jean commencent à enseigner au Temple, et ils sont arrêtés (accueil moins idyllique que ce qui est raconté au ch.2). Mais ils sont libérés. Tout va très bien, et nouvelle pentecôte (?) où à réception de l’Esprit se produit. Ils se mettent à annoncer la Parole (4,32). Tout va donc très bien et la communauté continue son expansion et pratique le partage des biens.

 

Ainsi fait Barnabé… mais il y en a qui jouent un double jeu: Ananie et Saphire. Ce que Pierre fait comprendre c’est bien le mensonge : mensonge à la communauté et à  l'Esprit-Saint. Se dire membre d’une communauté et mentir à cette même communauté est contradictoire. Par le mensonge, on se coupe de cette communauté. Aujourd'hui encore, à un jeune qui triche au jeu les copains s'écrient : “t’es mort !” parce qu'il n’a pas respecté la règle  Encore aujourd’hui, quelqu’un qui ment à sa communauté ne peut plus appartenir à cette communauté. On ne peut lui faire confiance etc.

 

Luc continue les flashes sur ces premières communautés : Pierre et Jean une nouvelle fois arrêté (ils ne sont donc pas aussi bien reçus qu’on le dit !). Mais même dans le grand tribunal appelé sanhédrin, il y a des sympathisants.

 

Suite au ch. 6 : les veuves. Tout va très bien et l’on partage, sauf que les veuves d’origine étrangère manifestent parce qu'elles sont moins bien traitées que les veuves d’origine juive. On invente donc une structure pour pouvoir honorer l’annonce de la Parole, la prière, sans négliger le service des pauvres. Et voici ces nouveaux serviteurs des tables (le groupe des 7) qui se mettent à annoncer aussi la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Ce n'était poourtant pas la mission qui leur était confiée... mais on ne peut taire l'annonce de la Parole!!!

 

Tout va très bien, la Parole croissait et le nombre des disciples augmentait (6,7) et même de nombreux prêtres et serviteurs du Temple de Jérusalem deviennent membres de la communauté. Or voici que l'un de ces serviteurs se fait interpeller et lapider par des Juifs intransigeants. Une persécution se déclanche et les membres de la communauté s’enfuit ! Voici Philippe qui annonce, au nord de Jérusalem en Samarie, puis au Sud, sur la route de Gaza. Les chapitres 1 à 8 sont une succession de flashs sur la première communauté où tout n’est pas roses et violettes, comme on le pense quand on ne lit pas tout, mais seulement quelques lignes: 2, 42-46.


Le récit d’Ananie et Saphire est donc à lire dans cet ensemble de flash comme un épisode négatif dans la vie des communautés, à propos duquel Luc fait comprendre le danger de mentir à la communauté. Est-ce à dire que Luc présente un Dieu qui punit ? Ce n’est pas dit. C’est nous qui interprétons la mort de l’un et l’autre comme voulue par Dieu et Pierre. Certains se demandent même s'ils ne faut pas comprendre la mort dont parle Luc comme une exclusion définitive de la communauté (mort à la communauté de vie), en faisant le parallèle avec l'expression "mort au péché" lors du cérémonial du baptême, plutôt qu'une mort physique, qui est notre interprétation habituelle.

 

Aujourd'hui encore dans les communautés chrétiennes, comme dans toute communauté humaine, le mensonge  au groupe entraine le malaise et l'exclusion: on ne peut plus faire confiance à celui qui ment. Il est mort à la communauté à laquelle il appartenait.

 

J’ai bien conscience de résumer de manière imparfaite. Excusez si c’est un peu abrupt ! 

 

Pourquoi mettre l’argent en commun ?

N’étaient-ils pas attachés (comme nous) aux biens matériels, est-il vrai que la fin du monde leur étant annoncée, ils s’allégeaient ? 

 

Plusieurs explications s’ajoutent, qui permettent de comprendre le comportement des premiers chrétiens. Tout d’abord il existait des courants (religieux et philosophiques) dans le monde du premier siècle qui prônaient une vie communautaire. Les esséniens en sont une illustration. Il y a une seconde explication : c’est que les baptisés prennent au sérieux leur baptême : si on est tous frères, un autre mode de vie doit se mettre en place où règne la fraternité y compris le partage des biens. Ils ont essayé… sachant que le Christ reviendrait bientôt.

 

A court terme, l’expérience était jouable. Cependant l’exemple d’Ananie montre que ce n’était pas aussi simple ! Or, le retour du Seigneur se fait attendre, et donc ils sont amenés à vivre autrement la fraternité. Ce n’est que plusieurs siècles plus tard que naitra dans l’occident chrétiens des groupes où l’on met tout en commun, ce sont d’une part les chanoines autour d‘un évêque et les religieux rassemblées en communautés monastiques. Ils ne disaient pas “la fin du monde” mais “le retour du Seigneur” (de la même manière qu’il est parti-ascension-, de même il reviendra).

 

 


 

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